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Accès aux médicaments pour les personnes vivant avec le VIH : Gilead Sciences se défile

Un patient de 40 ans atteint du VIH depuis 2009. Il a déjà été admis à l'hôpital à plusieurs reprises à cause de diverses co-infections. Kenya. Juillet 2017. © Patrick Meinhardt
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L'inaction de la société pharmaceutique américaine Gilead concernant sa propre « initiative d'accès » empêche les personnes d'obtenir un médicament vital pour traiter une infection mortelle.

    La société pharmaceutique Gilead Sciences n'a pas respecté son engagement à rendre disponible un important médicament contre un type d'infection qui touche les personnes porteuses de VIH, a annoncé aujourd'hui MSF. Il y a près d'un an, Gilead avait lancé son « initiative d'accès », qui promettait de réduire le prix de l'amphotéricine B liposomale (L-AmB) dans 116 pays en développement, mais à ce jour, le médicament est toujours largement inaccessible. Gilead a enregistré le médicament dans seulement 6 des 116 pays et, même là où il est enregistré, le médicament n’est pas pour autant disponible à un prix abordable, tant pour MSF que pour d’autres organisations.

    L'amphotéricine B liposomale (L-Amb) est très efficace lorsqu'elle est utilisée en association avec d'autres médicaments pour traiter la méningite cryptococcique, qui est la deuxième cause de mortalité chez les personnes vivant avec le VIH, après la tuberculose. La méningite cryptococcique est une infection du cerveau qui, si elle n'est pas traitée, entraîne une mort agonisante chez les personnes vivant avec le VIH.

    Il y a un peu plus d'un an, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) recommandait le recours à ce médicament plutôt qu'au désoxycholate d'AmB, un traitement sous-optimal et plus toxique. Les avantages en termes d'innocuité et de réduction des effets secondaires associés à la L-AmB permettent d'améliorer les résultats thérapeutiques et la prise en charge des patients dans les environnements à faibles ressources où la plupart des cas de méningite cryptococcique surviennent. L'OMS a toutefois reconnu que les prix élevés et l'absence d'enregistrement de la L-AmB créaient des obstacles majeurs à l'accès à ce médicament dans les pays en développement.

    Bien que Gilead ait publiquement exprimé sa volonté d'offrir le médicament au prix « sans marge de profit » de 16,25 $US le flacon en septembre 2018, le prix de la L-AmB reste hors de portée dans de nombreux pays en développement. Par exemple, en Afrique du Sud, le prix du médicament atteint les 200 $US le flacon (au moins 4 200 $US pour le traitement complet). En Inde, le prix est de 45 $US le flacon (près de 1 000 $US pour le traitement complet). Les programmes nationaux et les fournisseurs de services ne sont toujours pas en mesure d'acheter le médicament au prix réduit que la société avait promis. Pendant ce temps, Gilead continue d'engranger chaque année des milliards de dollars grâce aux ventes mondiales de médicaments antirétroviraux – pour preuve, la société a déclaré des ventes mondiales de 14,6 milliards de dollars pour ses médicaments antirétroviraux rien que pour l'année 2018. 

    Nous sommes scandalisés de constater que l'annonce de Gilead sur la réduction du prix de ce médicament capable de sauver des vies et l'accélération de son enregistrement n'était probablement rien d'autre qu'un numéro de relations publiques.
    Jessica Burry,  pharmacienne pour la Campagne d'accès MSF

    « La société avait promis d'en faire plus pour aider à assurer la survie des personnes vivant avec le VIH qui sont touchées par cette maladie mortelle. Il est déplorable qu'elle continue de traîner des pieds au détriment de la vie des patients. Gilead doit honorer de toute urgence son engagement à rendre la L-AmB disponible pour tous ceux qui en ont besoin et enregistrer rapidement le médicament dans des pays fortement touchés par le VIH », continue Jessica Burry.

    Gilead a enregistré la L-AmB dans de nombreux pays à revenu élevé, où elle peut demander un prix élevé pour le médicament, notamment aux États-Unis (son utilisation y est approuvée depuis plus de 20 ans). Cependant, contrairement à l'annonce faite par Gilead en 2018 selon laquelle elle travaillait à « élargir l'accès à la [L-AmB] pour la méningite cryptococcique dans les pays à forte charge, et à accélérer son enregistrement », le médicament est actuellement enregistré dans seulement 6 des 116 pays à revenu faible ou intermédiaire où il devait être offert à prix « sans marge de profit », dont seulement deux en Afrique subsaharienne. 

    Gilead détient le monopole de la L-AmB. Bien que ce médicament ne soit plus sous brevet, la société a refusé d'accorder des licences pour sa technologie et ses méthodes de fabrication à des fabricants génériques potentiels, retardant ainsi la disponibilité de produits moins coûteux. 

    Nous sommes alarmés de voir que les personnes vivant avec le VIH en Inde aujourd'hui continuent de souffrir de méningite cryptococcique tout comme au plus fort de l’épidémie mondiale de sida il y a près de vingt ans, alors même qu’il existe une prophylaxie et un traitement efficaces pour cette infection.
    Dr Amit Harshana, coordinateur médical MSF en Inde

    « Il est inacceptable que des personnes continuent de mourir parce que les outils pour prévenir, traiter et guérir la méningite cryptococcique ne sont pas disponibles là où elles vivent. Vu l'inaction de Gilead à rendre ce médicament largement accessible, nous sommes obligés de l'acheter sur le marché privé et nous devrons continuer à le faire, à un prix presque trois fois supérieur au prix annoncé par la société l'an dernier », poursuit le Dr Amit Harshana.

    La méningite cryptococcique cause la mort de plus de 180 000 personnes chaque année – 75 % d’entre elles en Afrique subsaharienne. Elle touche particulièrement les personnes vivant avec le VIH : leur système immunitaire est gravement affaibli, ce qui les rend vulnérables à de telles infections opportunistes et mortelles. MSF traite l'infection dans tous ses programmes de lutte contre le VIH, notamment en République démocratique du Congo, en Inde, au Malawi, au Myanmar et en Afrique du Sud.