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Yémen

Abs, reflet de la crise au Yémen

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    Médecins Sans Frontières (MSF) a commencé à soutenir l'hôpital rural d'Abs en juillet 2015. Le 15 août 2016, une attaque aérienne avait détruit une partie de l'établissement, blessant 24 personnes et en tuant 19 autres, dont un membre du personnel de MSF. Peu de temps après, MSF avait suspendu ses activités dans plusieurs établissements du nord du Yémen.

    En novembre dernier, l'organisation décide d’apporter à nouveau son soutien à l'hôpital après sa reconstruction. Environ 200 travailleurs nationaux et une douzaine de professionnels internationaux travaillent aujourd'hui dans le centre. À l'hôpital, MSF assure des services d'urgence, une unité pédiatrique, une maternité, un centre de nutrition, un service de clinique mobile et des séances de suivi psychosocial, entre autres.

    1 | Le Centre de traitement du choléra (CTC) de la ville d'Abs, dans le gouvernorat de Hajjah au Yémen

    À la fin du mois de mars, lorsque l'épidémie de choléra et de diarrhée aqueuse aiguë a débuté, MSF a mis en place deux salles d'isolement dans l'hôpital rural d'Abs. Celles-ci étaient suffisantes au début de l'épidémie, mais elles ont très vite été débordées. À la suite de la propagation rapide de la maladie en mai, l'équipe a décidé d'étendre ses actions et d'ouvrir un CTC dans une école accolée à l'hôpital.

    2 | Saleh Mohammed et sa fille

    Saleh Mohammed, âgé de 57 ans, vient de Sa'ada mais vit désormais dans un camp pour personnes déplacées près d'Abs, dans le gouvernorat de Hajjah. Il se trouve au centre de santé d'Al Khamees avec sa fille de deux ans. Née en janvier 2015, elle a été exposée à la guerre pendant la plus grande partie de sa vie. La plupart de ses frères et sœurs sont morts.

    3 | Clinique mobile à Al Khamees

    Une fois par semaine, MSF met à disposition les services d'une clinique mobile dans le centre de santé d'Al Khamees, afin de fournir des services médicaux aux personnes déplacées et aux communautés d'accueil de la région. Les équipes offrent des consultations et des traitements gratuits pour les maladies telles que le paludisme, la santé sexuelle et reproductive, la santé mentale, ainsi que le dépistage et l'orientation des cas de malnutrition, en renvoyant les cas les plus graves à l'hôpital rural d'Abs. La photo montre un groupe de femmes enceintes en attente de leur check-up (qui se fait dans la petite cabane à l'arrière, côté droit).

    4 | Un père et sa fille, tous deux atteints du choléra, à l'hôpital d'Abs, fin avril 2017

    La mère et trois autres frères et sœurs sont également malades. Sévèrement déshydratés à leur arrivée, ils ont été amenés par un homme de leur village, situé à 3 heures et demie de route. Ils ont été parmi les premiers cas identifiés dans la région, tous ont survécu. Le choléra peut tuer très rapidement, mais c'est une maladie facilement curable si elle est diagnostiquée et traitée à temps, grâce à des solutions de réhydratation orales, des intraveineuses et des antibiotiques, selon l'état du patient. Une personne malade peut cependant perdre jusqu'à 20 litres d’eau à cause de diarrhées et de vomissements, et un cas sévère sur deux peut conduire à la mort sans prise en charge médicale.

    5 | Salle d'attente de la clinique mobile de MSF, dans le centre de santé d'Al Khamees

    Selon l'évaluation rapide conduite par nos équipes, en décembre dernier, la mortalité était inférieure aux seuils d'urgence, excepté pour les enfants déplacés et âgés de moins de cinq ans, pour qui elle était légèrement élevée. Nous avons fourni des services de santé deux fois par semaine dans cette région depuis février, la malnutrition étant un sujet de préoccupation majeur, en particulier pendant le pic de paludisme.

    6 | L’«or bleu», une ressource de plus en plus rare au Yémen

    Les ânes sont essentiels dans les zones rurales, en particulier comme moyen de transport et/ou d'approvisionnement en eau. L’«or bleu» est de plus en plus rare au Yémen, et le district d'Abs ne fait pas exception. Les systèmes d'eau gratuits fonctionnent à peine, et l’approvisionnent par camion est actuellement limitée, ce qui conduit les populations les plus vulnérables à boire des eaux possiblement contaminées pour survivre.

    7 | Un infirmier MSF dispense une consultation à Al Khamees

    L’hôpital rural d’Abs est la principale structure de santé opérationnelle pour plus de 150 000 personnes, dans le nord du gouvernorat de Hajjah. Cependant, en raison notamment de la distance et des coûts de transport, les personnes ne peuvent pas toujours l'atteindre facilement. MSF exploite donc des cliniques mobiles dans la région. Celles-ci rapprochent les services médicaux des plus vulnérables, et ont fourni près de 12 000 consultations entre janvier et juillet 2016. En août dernier, tout cela a été interrompu par le bombardement de l'hôpital rural d’Abs. Ce n'est qu'en février de cette année que nos équipes ont pu reprendre leurs activités.

    8 | Aire de triage de l'hôpital d'Abs

    En août 2016, une attaque aérienne a frappé un véhicule garé à côté de la structure, faisant de lourds dégâts matériels et humains, tuant 19 personnes, toutes des civils. Ahmed, le superviseur de la salle d'urgence, en bas à gauche de l'image, était présent ce jour-là: «Il est impossible d'imaginer qu'ils nous ont bombardé. [...] Lorsque j'ai vu l'incendie, j’ai couru vers la maternité. J'étais en état de choc, toute mon équipe était peut-être morte. Je me suis approché de la salle d'urgence à plusieurs reprises, mais c'était trop difficile. Des tissus mous, des corps amputés ... c'était terrible. "

    9 | Rencontre sur le trajet vers la clinique mobile, dans le district d'Abs

    Une équipe de MSF est en route vers une clinique mobile dans le district d'Abs, tandis que quatre enfants sur leurs ânes vont chercher de l'eau. L'eau est l'un des besoins les plus urgents pour les personnes déplacées, ainsi que l’accès à la nourriture, aux médicaments, à des abris et à des zones protégées. La pluie est considérée comme un facteur aggravant, car elle inonde les tentes et les maisons rudimentaires.

    10 | María José Quesé Blanco

    María José Quesé Blanco est une infirmière espagnole responsable des activités de sensibilisation de MSF à Abs. Elle travaille au Yémen depuis novembre 2016, dans quatre zones différentes. Les cliniques mobiles fournissent des services ambulatoires aux personnes déplacées à l'intérieur du pays ainsi qu’aux communautés d'accueil dans l'ensemble du district, y compris des consultations régulières, des transferts d'urgence vers l'hôpital de référence, des soins prénataux et des soins de santé mentale.

    11 | Les populations cherchent de l'eau à Abs

    Abs reflète tous les effets directs et indirects de la guerre au Yémen: près de la ligne de front, la région est soumise à des affrontements armés constants, ainsi qu'à de graves violations du droit international humanitaire. Elle abrite un grand nombre de personnes déracinées. Les soins médicaux et les autres services sociaux de base sont majoritairement indisponibles et l'aide humanitaire pour les plus vulnérables reste insuffisante. Il n'est pas surprenant que l'épidémie de choléra et de diarrhée aqueuse aiguë ait un large impact sur ces zones rurales, où des milliers de personnes ont contracté la maladie et des dizaines en sont mortes.

    12 | Une tente médicale au sein du Centre de Traitement du Choléra (CTC) MSF installé dans une école, à côté de l'hôpital d'Abs

    Hajjah est l'un des gouvernorats les plus touchés par l'épidémie actuelle de choléra, car les personnes vulnérables sont souvent confrontées à de sérieux obstacles lorsqu’elles tombent malades et qu’elles essaient de rejoindre un centre de santé pour se soigner: distance, rareté des structures fonctionnelles, coût des frais de transport ou de service ajouté à la pauvreté croissante, ainsi que la peur de traverser les lignes de front actives ou les points de contrôle où le passage est difficile.

    13 | Conditions de vie des personnes déplacées à Abs

    Contrairement à d'autres endroits, il n'y a pas de camps vastes et structurés à Abs pour les personnes déplacées à l'intérieur du pays: ils vivent généralement dans des camps informels, parfois proches des villages et des villes, parfois éloignés. Habituellement dans la région, on retrouve des familles dans des logements rudimentaires répartis à proximité des routes principales ou des zones désertes. Beaucoup de personnes sont prêtes à sacrifier leur bien-être et leur accès aux services pour être le plus loin possible des combats au sol et des attaques aériennes.

    14 | La pénurie d'eau, un problème préoccupant pour la propagation de l'épidémie

    La pénurie d'eau est l'un des problèmes les plus graves au Yémen, et à Abs en particulier. La situation dans les zones de déplacement est particulièrement préoccupante, parce qu'elles sont totalement négligées et beaucoup plus vulnérables. L'assainissement est un autre problème critique, car de nombreux ménages n'ont pas de latrines à proximité et la défécation en plein air est fréquente. Les mauvaises conditions d'hygiène contribuent ainsi à ce que ces endroits deviennent des terrains d'élevage pour les épidémies de choléra et de diarrhée aqueuse aiguë, comme c'est le cas actuellement.

    15 | Salle d'opération de l'hôpital d'Abs

    En 2016, plus de 1 000 interventions chirurgicales ont été réalisées au sein de la structure médicale. Chaque mois, environ un tiers des interventions sont liées à des traumatismes sans lien avec le conflit, principalement des accidents de la route et des cas de brûlures. Les blessés de guerre avec des blessures graves causées par des explosions ou des fusillades sont également traités ici.

    16 | L'hôpital rural d'Abs

    MSF travaille dans cet établissement depuis 2015, au moment où les affrontements armés ont déclenché de vastes déplacements de population dans la région et que nos équipes ont décidé d'intervenir compte-tenu des besoins immenses et de la capacité limitée du système de santé publique à y répondre. En août 2016, une bombe a frappé une voiture garée dans l'établissement, tuant 19 personnes et en blessant 24 autres. MSF a été obligée de retirer son personnel pour des raisons de sécurité, ce qui a privé des milliers de personnes de services médicaux gratuits pendant près de trois mois.

    17 | Les jumeaux Anas et Taibah, Centre d'alimentation thérapeutique de l'hôpital d'Abs, décembre 2016

    Anas souffrait d'une diarrhée sévère, tandis que Taibah souffrait d'anémie. Leur mère, enceinte, s’était rendue à l’hôpital avec sa soeur et ses quatres autres enfants. "Notre vie était meilleure avant la guerre", explique-t-elle. "Nos maris pouvaient travailler en Arabie Saoudite, mais maintenant ils ne peuvent plus. Désormais nous sommes pauvres, et nous avons moins de nourriture."

    *Image principale: une mère et ses deux enfants dans le département pédiatrique de l'hôpital d'Abs. © MSF