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Acte chirurgicale dans un hôpital gonflable MSF en Syrie.

Syrie

Sauver des vies sous les bombardements syriens

Myriam Welliong, infirmière luxembourgeoise
Témoignages 
Myriam Welliong - Infirmière
Témoignage de Myriam Welliong, infirmière luxembourgeoise de retour de Syrie.

    Malgré le refus des autorités officielles syriennes de permettre aux organisations humanitaires indépendantes d’intervenir sur son territoire, Médecins Sans Frontières a décidé, fin juin, d’intervenir directement en Syrie pour porter secours aux populations vulnérables et complètement délaissées sur le plan médical. Cette guerre est d’une violence extrême. Elle affecte fortement les populations civiles et la destruction des structures médicales est considérée comme une arme de guerre.

    Ce contexte particulier de guerre met constamment les activités et les équipes de MSF en péril ; notamment à cause de l’évolution constante de la ligne de front et de l’imprévisibilité des zones de combats, des difficultés d’approvisionnement et des entraves subies par les blessés pour rejoindre les centres de soins.

    La situation des populations continue de s'aggraver

    Soigner les populations est devenu très difficile en Syrie, car l’approvisionnement en médicaments et en matériel médical n’est tout simplement plus possible depuis Damas et les voies d’acheminement depuis les pays limitrophes sont très restreintes en raison de l’insécurité, des difficultés pour passer les frontières et des distances à parcourir pour accéder aux centres de soins.

    La situation des populations continue de s'aggraver à mesure que la guerre s'intensifie et que les attaques contre les établissements de santé se poursuivent. De plus en plus d’habitants refusent de se faire soigner dans les hôpitaux par peur des raids aériens et cherchent refuge dans des structures médicales clandestines. Les violences frappent une population rendue vulnérable par un accès de plus en plus limité aux soins, au personnel médical et à la nourriture. La flambée des prix des produits de première nécessité, comme le pain, le bois et les vêtements altère encore plus les conditions de vie de ces populations. Plus de 2,5 millions de personnes ont été déplacées à l’intérieur du pays. Le nombre de Syriens qui cherchent refuge dans les pays voisins est en hausse et s’élève à plus de 500 000, alors que la réponse humanitaire a jusqu’ici été incapable de répondre à leurs besoins. Les conditions hivernales ne font qu’aggraver les conditions de vies difficiles des réfugiés syriens et du reste de la population dans le pays.

    Augmentation des besoins humanitaires

    L’ampleur des besoins humanitaires s’accroît de jour en jour, et cependant, les autorités syriennes continuent d’interdire le déploiement des secours médicaux internationaux. Pour répondre à cette situation inacceptable, MSF s’efforce par tous les moyens d’accroître sa présence et son aide dans la région auprès des réfugiés syriens et dans le pays. Dans le nord et le nord-ouest de la Syrie, MSF a ouvert trois hôpitaux clandestins situés dans des zones contrôlées par l’opposition et par ailleurs, MSF continue d’insister auprès du gouvernement syrien, en vain jusqu’à présent, pour pouvoir accéder aux zones qu'il contrôle afin d’y prodiguer aussi des soins.

    Depuis juin, plus de 10 000 patients ont reçu des soins médicaux dans les trois hôpitaux clandestins, notamment pour des blessures de guerre, comme des blessures par balles, des éclats d'obus, des fractures ouvertes et des blessures dues aux explosions. Plus de 900 interventions chirurgicales ont été réalisées.

    « Les actes de barbarie me donnaient la nausée »

    Myriam Welliong a travaillé dans l’un de ces hôpitaux du 18 novembre au 18 décembre 2012. «J’étais infirmière en bloc opératoire, c’est-à-dire que j’assistais le chirurgien, je faisais des anesthésies, je m’occupais de la stérilisation du matériel nécessaire pour les opérations, etc. Et je faisais aussi le plan de travail de nos collègues syriens du staff national employés par MSF et bien d’autres choses encore que je ne fais pas dans mon quotidien d’infirmière au Luxembourg. Les civils savaient qu’on était là, même si nous ne pouvions pas nous identifier, alors ils venaient pour toutes sortes de consultations, des plus banales, jusqu’aux soins d’urgence liés au contexte de guerre».

    Depuis des mois, la région subit des bombardements quasi quotidiens. Alors que de nombreuses localités se sont vidées de leurs habitants, ceux qui sont restés survivent dans la peur des barils d’explosifs largués par les hélicoptères de l’armée syrienne. «Les soldats de l’armée loyaliste remplissent de grands barils avec tout ce qu’ils trouvent : des clous, des vis, du métal, des restes de motos et ajoute quelques charges d’explosifs. Ils les larguent d’un hélicoptère sur les civils, les maisons, parfois dans une zone très proche de l’hôpital. Là où les barils explosent, les éclats volent dans tous les sens et blessent, mutilent les personnes, les femmes, les enfants, sans distinction. Après nous devions soigner tous ceux qui avaient été blessés par ces éclats. A un moment donné, j’étais tellement fatiguée et révoltée par les souffrances endurées par la population syrienne que ces actes de barbarie me donnaient la nausée. Lâcher ces barils du haut d’un hélicoptère, c’est vraiment vouloir blesser les personnes pour qu’elles souffrent. C’est vraiment difficile d’accepter que des êtres humains fassent cela à d’autres humains», précise Myriam Welliong.

    L’hôpital dans lequel a travaillé Myriam Welliong dans le nord du pays a fermé au moment de la fin de sa mission pour des raisons de sécurité. «En partant, la fermeture de l’hôpital m’a attristé. Laisser des personnes à leur propre sort est très difficile. Mais le travail effectué avec les moyens dont nous disposions était de bonne qualité. Les chirurgiens de guerre que j’assistais étaient très expérimentés. Leur capacité à fournir des soins de bonne qualité dans ce contexte est impressionnante : ils savent tout faire, amputer une jambe, opérer des personnes âgées, des enfants, faire des césariennes, etc.», ajoute Myriam Welliong. Cinq jours plus tard, l’hôpital a réouvert et accueille aujourd’hui en moyenne 500 patients par semaine.

    Au fil de l’évolution du conflit, les activités dans les hôpitaux de MSF fluctuent, essentiellement en fonction des possibilités pour les patients d’accéder à nos structures de santé. Les admissions sont irrégulières, en fonction des lignes de front changeantes et de la possibilité de référer les blessés aux hôpitaux.

    L'accès universel aux services de santé reste très limité pour la population, en particulier pour les personnes souffrant de maladies chroniques. Un nombre important de patients que soignent MSF ont besoin de médicaments pour traiter leur maladie chronique, d’être soigné pour un traumatisme accidentel ou encore d'une assistance pour accoucher. Plus le conflit avance, plus MSF constate que les besoins de santé ne sont pas tous liés à des traumatismes violents.

    MSF reste particulièrement préoccupée par le sort des personnes déplacées à l’intérieur de la Syrie. L'accès à une grande partie de la Syrie reste extrêmement difficile et empêche le déploiement à grande échelle des secours humanitaires pour les 2,5 millions de personnes qui ont été déplacées à l'intérieur du pays.

    Dans les pays limitrophes comme la Jordanie, le Liban, la Turquie ou l’Irak, les équipes MSF interviennent également auprès des réfugiés syriens par des programmes de soins médicaux et chirurgicaux.
     

    Myriam Welliong est infirmière anesthésiste et travaille actuellement au CHEM, au Centre Hospitalier Emile Mayrisch à Esch/Alzette, dans le service Anesthésie. Sa mission en Syrie (comme infirmière en bloc opératoire, assistante du chirurgien) du 16/11 au 18/12 2012 était sa troisième mission pour MSF, après la RDC en 2007 et Haïti en 2010.