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Syrie

"Il est né. J'étais triste. Pouvais-je lui offrir un monde pareil?"

Témoignages 
Umm Leen est une mère de sept enfants et a vécu à Alep-Est toute sa vie. Elle a un petit garçon de trois mois, né sous le poids du siège et des bombardements.

    Mon nom est Umm Leen. Je ne suis jamais sortie d'Alep-Est depuis que je suis née. Ma plus grande fille a 16 ans. J’avais un fils de 12 ans mais il a été tué par un obus, ça m’a brisé le cœur. Mon plus jeune fils est né il y a trois mois dans un hôpital soutenu par MSF. Je lui ai donné naissance durant le siège, un mois trop tôt à cause des crises de panique et des bombardements incessants.

    Une grossesse compliquée

    À cause du siège, il y a des pénuries de toutes sortes d’aliments. Il y a un grand nombre d’enfants sous-alimentés à cause des régimes de leurs mères.

    Durant les deux dernières années, j’ai fait fausse couche sur fausse couche et cette grossesse a été pleine de problèmes. J’ai eu des contractions durant le deuxième et troisième mois et j’ai dû me rendre à l’hôpital tous les dix jours. J’avais une pression sanguine basse, une anémie sévère et un taux bas de calcium. J’étais exténuée et étourdie.

    La première semaine d’août, la sage-femme m’a dit de me préparer à donner naissance et a acheté les médicaments dont j’avais besoin. J’ai reçu les médicaments de pharmacies car ils n’étaient pas disponibles dans les hôpitaux.

    Parcours du combattant pour atteindre l’hôpital

    Deux jours plus tard, à 5h du matin, j’ai perdu les eaux. Il n’y avait personne pour m’amener à l’hôpital, il n’y avait pas de transports en commun. Nous ne pouvions pas appeler d’ambulance. Finalement, mon mari a arrêté une voiture sur la route et a supplié le chauffeur de nous emmener à n’importe quel hôpital.

    Il a conduit à une vitesse inouïe à cause du bombardement – nous sommes arrivés en moins de 12 minutes. Ma plus grande peur c’était qu’on tombe en panne d’essence au milieu de la route et que les bombes pleuvent tout autour de nous. Cinq heures plus tard, j’ai donné naissance à mon enfant.

    J’ai fait de mon mieux pour allaiter mon fils malgré le fait que je n’avais rien à manger et que j’étais sous-alimentée. J’ai été libérée le même jour car les bombardements étaient trop intenses et l’hôpital n’était pas protégé. Après avoir quitté l’hôpital, quatre missiles ont explosés à l’entrée du bâtiment.

    Mon enfant est resté 15 jours de plus à l’hôpital. Il pesait à peine 1,2 kilo. Je m’attendais à ce qu’il meure mais il s’est accroché. 

    Nous n’avons presque rien à manger

    En août, pendant les premiers mois du siège, les choses étaient aussi dramatiques que maintenant. Ils avaient du lait en poudre dans les hôpitaux, ils ont nourri mon enfant. 

    Mais maintenant, il n’y a plus de lait en poudre, je broie du riz afin de le nourrir à la place du lait. Il perd du poids et il est très faible. Suis-je supposée rester assise et le regarder mourir en face de moi ? Mes autres enfants sont très maigres également car nous n’avons rien à manger. 

    Je ne sais pas si nous allons survivre

    Après avoir donné naissance à mon enfant, j’étais très triste. Lui ai-je donné naissance pour le voir vivre ainsi? Je ne sais pas si nous allons survivre à tout cela. Les enfants sont effrayés quand ils entendent un avion – ils courent vers moi. Ça me brise le cœur.