× Fermer
Inde. Leishmaniose. Maladies tropicales négligées.

5 maladies dont vous n'avez peut-être jamais entendu parler (mais que vous devriez absolument connaître)

Ranjit, 10 ans, est traité pour une leishmaniose viscérale par les équipes MSF à l'hôpital Hajipur dans le district de Vaishali, dans l'État de Bihar, au nord de l'Inde. Juin 2015. © Bernat Parera/MSF
Toutes les actualités 

    Les maladies tropicales négligées touchent plus d'un milliard de personnes et en tuent des dizaines de milliers chaque année.

    Malgré cela, l'attention des industries pharmaceutiques, des décideurs politiques et des médias a souvent été dirigée ailleurs.

    Nos équipes traitent les maladies tropicales depuis des décennies, en se concentrant sur les plus négligées et les plus mortelles.

    Alors que le Covid-19 fait la une des journaux, nous nous penchons sur cinq maladies qui n'ont pas toujours reçu l'attention dont elles auraient besoin, et sur les progrès étonnants qui peuvent se produire lorsqu'elles sont prises au sérieux...

    Ouvrons les yeux sur 5 maladies négligées.

    Ouvrons les yeux sur ceux que personne ne regarde.
     

    1) Kala-azar

    En terme de mortalité dans le monde dûe aux maladies parasitaires, le kala-azar arrive en seconde position. Seul le paludisme entraîne plus de décès. 

    Également connu sous le nom de « leishmaniose viscérale », le kala-azar est présent dans 76 pays, avec des centaines de millions de personnes exposées au risque d'infection (environ 200 millions de personnes).

    C'est une maladie parasitaire tropicale transmise par la piqûre de certains types de phlébotomes (des insectes plus petits qu’un moustique). La leishmaniose viscérale est une maladie qui peut être mortelle ; les autres formes de leishmaniose, comme la leishmaniose cutanée, n’affectent que les muqueuses et/ou la peau et ne sont pas fatales.

    Entre 50.000 à 90.000
    cas de kala-azar par an

    Selon les estimations, il y aurait de 50 000 à 90 000 cas par an de kala-azar, dont 90% se concentrent au Brésil, en Éthiopie, en Inde, au Kenya, en Somalie, au Soudan du Sud et au Soudan, où cette maladie est endémique. Le kala-azar se caractérise par de la fièvre, une perte de poids, une hypertrophie du foie et de la rate, de l’anémie et des déficiences du système immunitaire.

    Les équipes MSF ont rencontré la maladie pour la première fois alors qu'elles travaillaient dans des camps de personnes déplacées au Soudan.

    « Nos équipes ont vu de nombreux patients très faibles et gravement sous-alimentés qui venaient de la région occidentale du Nil supérieur, explique le Dr Koert Ritmeijer, qui dirige nos travaux dans ce domaine. Ils souffraient d'une fièvre persistante, d'un système immunitaire affaibli et d'une hypertrophie de la rate. La plupart d'entre eux sont morts, généralement à cause d'infections opportunistes. »

    Au fil du temps, l'accès au traitement s'est amélioré et de nouveaux outils permettant de mieux gérer la maladie sont devenus disponibles.

    « Aujourd'hui, lorsque des patients atteints du kala-azar arrivent dans les structures de santé MSF, ils sont souvent dans un état très grave, explique le Dr Ritmeijer. Mais avec un traitement et des soins appropriés, ils se rétablissent presque miraculeusement. »

     

    2) Leishmaniose cutanée

    La leishmaniose cutanée est l'une des maladies tropicales les plus répandues et les plus négligées au monde. Elle n’engage pas le pronostic vital du patient, mais peut causer d’importantes lésions défigurantes sur le corps.

    Plus d'un million de cas ont été signalés entre 2014 et 2018, mais il est probable que ce chiffre soit inférieur à la réalité. Certaines estimations précisent qu'il y aurait entre 600 000 et 1 million de nouveaux cas chaque année dans le monde.

    Entre 600.000 à 1 million
    de nouveaux cas de leishmaniose cutanée chaque année dans le monde, selon certaines estimations

    La leishmaniose cutanée est causée par la piqure d'une petite mouche phlébotome. Ces phlébotomes sont porteurs d’un parasite qu’ils transmettent dans la peau par la morsure. Le parasite contamine alors les cellules et s’étend dans l’organisme. Il contrôle les cellules et cause des dommages à la peau. Le système immunitaire peut détruire le parasite par lui-même, mais cela laisse souvent une importante lésion, ou des cicatrices même après le traitement.

    La leishmaniose cutanée n'étant pas une maladie mortelle, les décideurs politiques ne la considérent pas, le plus souvent, comme une priorité. Toutefois, les conséquences peuvent être graves et peuvent même durer toute la vie, car les patients présentant des lésions défigurantes sont souvent confrontés à la stigmatisation sociale et à la discrimination. 

    Entre 2009 et 2019, MSF a traité environ 25 000 patients souffrant de leishmaniose cutanée. Cette maladie est endémique au Pakistan.
     

    3) La maladie du sommeil

    La maladie du sommeil, ou « trypanosomiase humaine africaine », est une infection parasitaire mortelle.

    L'infection attaque le système nerveux central, provoquant de graves troubles neurologiques et la mort, si elle n'est pas traitée.

    977
    cas de maladie du sommeil recensés en 2018

    La maladie du sommeil est transmise par la mouche tsé-tsé, présente dans 36 pays africains. Entre 1986 et 2018, MSF a dépisté près de 3,5 millions de personnes et traité plus de 50 000 patients atteints de la maladie du sommeil dans sept pays différents.

    La maladie du sommeil était autrefois l'une des maladies tropicales les plus négligées, mais après des interventions très réussies, notamment de nouveaux traitements et une surveillance accrue, le nombre de cas signalés n'a cessé de diminuer. 

    La maladie est désormais en voie d'élimination au niveau mondial, avec moins de 1 000 cas signalés en 2018.

     

    4) La maladie de Chagas

    6 à 7
    millions de personnes infectées par la maladie de Chagas dans le monde

    La maladie de Chagas est la maladie parasitaire la plus répandue en Amérique latine. Dans les pays où elle est endémique, c'est une des principales causes d'insuffisance cardiaque. 

    Depuis que MSF a commencé à traiter la maladie de Chagas dans les années 1990, les efforts pour la combattre se sont multipliés.

    Des institutions, des groupes de patients, des ONG et d'autres acteurs prennent des initiatives, tout autant au niveau local qu'international, afin de rendre possible la sensibilisation, le diagnostic, le traitement et la prévention de la maladie de Chagas.

    Cependant, on estime que 99 % des personnes atteintes de la maladie de Chagas n'ont pas été diagnostiqués, et que moins de 0,2 % reçoivent le traitement dont elles ont besoin.
     

    5) Les morsures de serpent

    Chaque année, on estime que 2,7 millions de personnes sont mordues par des serpents venimeux, et que 100 000 personnes en meurent. 

    À titre indicatif : les morsures de serpents venimeux tuent chaque année 40 fois plus de personnes que les mines terrestres.

    Les enfants sont très vulnérables aux morsures de serpents, car ils ont de petits corps et une plus petite quantité de poison est nécessaire avant que la morsure ne devienne mortelle. Ils sont encore davantage exposés que les adultes car ils marchent souvent pieds nus, jouent dans les buissons. Ils sont aussi plus souvent mordus au visage, au cou, à la tête et aux mains, où il y a plus de circulation sanguine.

    2,7
    millions de cas d'envenimement par an

    MSF mène une campagne pour améliorer l'accès à un antivenin plus efficace et plus abordable - un obstacle majeur quant à l'amélioration des taux de survie des victimes de morsures de serpent.

    La bonne nouvelle, c'est que le Département des Maladies Tropicales Négligées de l'Organisation mondiale de la Santé s'intéresse désormais à un plus grand nombre de pathologies qui affectent régulièrement les communautés rurales pauvres ; comme les morsures de serpents venimeux.

    « Dans les hôpitaux MSF, presque toutes les victimes de morsures de serpent survivent, ce qui démontre l'importance cruciale d'un personnel bien formé, d'un accès immédiat à des soins de qualité, ainsi que de la disponibilité d'antivenins de qualité », déclare le Dr Ritmeijer.



    Le combat n'est pas terminé

    Si les équipes MSF s'engagent à fournir les meilleurs soins possibles aux patients atteints de maladies tropicales négligées, il reste encore beaucoup de chemin à parcourir avant que ces maladies négligées ne deviennent qu'un souvenir du passé.

    Il est urgent d'améliorer l'accès aux tests de diagnostic déjà existants et de développer de nouveaux tests améliorés, ainsi que d'augmenter les fonds destinés au contrôle de ces maladies.

    Mais il y a de l'espoir. Depuis que MSF a commencé à traiter ces maladies, c'est-à-dire une vingtaine d'années, il y a eu de réelles avancées en termes de traitements innovants et une augmentation du nombre de patients qui y ont accès.

    Il est maintenant temps que les décideurs politiques, les bailleurs de fonds et les chercheurs concentrent leur attention et donnent la priorité aux besoins des « plus vulnérables ».

    Il est temps d'ouvrir les yeux sur ceux que personne ne regarde.