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République centrafricaine

Violences à Bambari : Quelles conséquences pour la population ?

Témoignages 
Paul Brockman - Chef de mission pour MSF
Paul Brockman, chef de mission pour MSF, est de retour de République centrafricaine (RCA). Il est extrêmement préoccupé par le niveau des violences dont il a été témoin pendant ses quatre mois passés dans le pays, et notamment par les conséquences des affrontements qui se sont déroulés à Bambari.

    Après une année de calme relatif, cette ville située dans le centre du pays a de nouveau rejoint la liste des communes en proie à des violences et des attaques brutales, menées par des groupes armés. De nombreux habitants ont fui la ville et sont privés d’accès aux soins de santé. MSF soutient les activités de chirurgie et de pédiatrie de l’hôpital régional de Bambari.

    Que s’est-il passé à Bambari à la mi-mai ?

    Cette nouvelle vague d’affrontements et de combats a commencé à Bambari le matin du 15 mai. La veille, les cadavres de deux hommes avaient été retrouvés sur une route au sud de Bambari. Cet événement a poussé près de 300 personnes à se réfugier dans l’hôpital de la ville, en pensant que cet endroit pourrait leur servir d’abri pour échapper aux violences et aux représailles.

    Puis, le matin du 15 mai, nous avons entendu des coups de feu dans toute la ville et les blessés ont commencé à arriver à l’hôpital. Des familles entières ont été blessées par balles. Pendant une semaine, Bambari était en état de guerre. De la mi-mai à la mi-juin, 36 personnes ont été blessées, mais nous pensons que le nombre de victimes est bien plus élevé, car de nombreuses personnes n’ont pas pu atteindre l’hôpital.

    Peut-on encore parler de conflit entre musulmans et chrétiens ?

    Non, car le conflit en République centrafricaine est beaucoup plus compliqué que cela. Il y a beaucoup plus de groupes armés aujourd’hui qu’il n’y en avait durant le conflit entre 2013 et 2014 ; et les alliances entre ces groupes peuvent changer très rapidement.
    Ces conflits sont liés au contrôle des ressources et aux luttes de pouvoir. Les premiers à souffrir de tels conflits sont les populations civiles, abandonnées à leur sort.

    Bambari a été déclarée «ville sans armes» en 2017. Pourquoi une telle explosion de violence ?

    Bambari était calme, mais entourée par les combats et les affrontements. Cette nouvelle vague de violence n’est pas sortie de nulle part. La ville semblait tranquille car la MINUSCA (Mission des Nations unies pour la stabilisation en Centrafrique) a repoussé les groupes armés en dehors de la ville il y a un an et déclaré que la ville était «libérée des armes».

    Mais ces groupes armés se sont simplement déplacés vers les villages autour de Bambari. Ils sont restés là, en essayant de trouver de nouveaux moyens de se faire de l’argent, comme taxer ou voler les habitants de la région : les communautés locales et les personnes déplacées originaires d’autres provinces du pays. Puis le 15 mai, les coups de feu ont de nouveau atteint la ville.

    Quels sont les principaux besoins médicaux à Bambari ?

    De nombreuses personnes ont fui la ville. Les déplacements de populations sont problématiques, car ils exposent ces personnes à de nombreux risques. Le fait de dormir dehors augmente, par exemple, les risques d’être piqué par un moustique porteur du paludisme. Cette maladie, qui peut être mortelle, est celle que nous traitons le plus en RCA.

    Suite aux combats de la mi-mai, les équipes de MSF ont déployé des cliniques mobiles à 8 kilomètres à l’ouest de la ville, là où les habitants de Bambari s’étaient déplacés pour trouver refuge. Le premier jour, 120 personnes sur 165 ont été testées positives lors d’un dépistage contre le paludisme. Deux cas de méningite ont également été confirmés.

    Est-ce que MSF est en mesure de travailler à Bambari ?

    C’est très difficile. La situation a empiré le 30 mai lorsque la maison de MSF à Bambari a été dévalisée par des hommes armés au milieu de la nuit. Heureusement, nos équipes sur place n’ont pas eu de blessures graves. Après cet incident, nous avons décidé d’évacuer une grande partie de notre équipe vers Bangui, la capitale du pays. Deux incursions violentes ont eu lieu depuis à l’hôpital de Bambari : des hommes armés sont entrés à la recherche d’ennemis parmi les patients, ou pour évacuer des membres de leurs groupes avant que d’autres ne viennent les tuer.

    Une équipe réduite de MSF travaillait encore dans l’hôpital et après une analyse de la situation sécuritaire, nous avons décidé de lui adjoindre une équipe médicale et chirurgicale pour la soutenir dans la prise en charge des blessés. Ainsi, depuis le 15 juin, nous pouvons de nouveau proposer des soins chirurgicaux aux patients. Mais de nombreux services de santé sont encore défaillants.