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Pakistan

Leishmaniose cutanée : «Tout commence avec un bouton…»

Témoignages 
Suzette Kämink - Expert de MSF en maladie tropicale
Saviez-vous que la petite mouche qui transmet la leishmaniose cutanée est invisible à l’œil nu et assez petite pour passer au travers des trous d’une moustiquaire? L’expert de MSF en maladie tropicale, Suzette Kämink, explique pourquoi cette maladie négligée est si difficile à diagnostiquer et à traiter au Pakistan.
    Comment décririez-vous la leishmaniose cutanée ?

    La leishmaniose est une maladie tropicale parasitaire contagieuse causée par la piqure d’une petite mouche appelée phlébotome. Il existe plusieurs formes de leishmaniose : viscérale, muco-cutanée, disséminée et cutanée. La leishmaniose viscérale, également connue sous le nom de kala-azar, est une maladie qui peut être mortelle ; toutefois, les autres formes de leishmaniose n’affectent que les muqueuses et/ou la peau et ne sont pas fatales.

    La leishmaniose cutanée est la forme la plus répandue de la maladie, et est endémique au Pakistan. Elle commence généralement par un bouton ou un nodule qui évolue lentement en ulcère. Elle n’engage pas le pronostic vital du patient, mais peut causer d’importantes lésions défigurantes sur le corps.

    La leishmaniose cutanée est causée par deux espèces différentes de parasites, à savoir la leishmania major et la leishmania tropica. La leishmania major est endémique dans les provinces du sud-est du Pakistan : le Sind et le Pendjab, et les zones rurales du Baloutchistan et de Khyber Pakhtunkhwa. Elle guérit par elle-même en huit mois. La leishmania tropica est endémique dans les zones urbaines du Baloutchistan et de Khyber Pakhtunkhwa. Elle peut s’avérer plus difficile à soigner et a tendance à devenir chronique.

    Quelles sont les causes de la leishmaniose cutanée ?

    La leishmaniose cutanée est causée par la piqure de phlébotome - un insecte plus petit qu’un moustique. Ces phlébotomes sont porteurs d’un parasite qu’ils transmettent dans la peau par la morsure. Le parasite contamine alors les cellules et s’étend dans l’organisme. Il contrôle les cellules et cause des dommages à la peau. Le système immunitaire peut détruire le parasite par lui-même, mais cela laisse souvent une importante lésion, ou des cicatrices même après le traitement.

    Comment soigne-t-on la leishmaniose cutanée ?

    Le traitement de première intention contre la leishmaniose cutanée est l’antimoniate de méglumine. Ce traitement n’est pas produit au Pakistan et les médicaments doivent donc être importés.

    Au Pakistan, l’antimoniate de méglumine n’est pas disponible en quantités suffisantes, notamment dans de nombreux hôpitaux publics. Ainsi, les patients diagnostiqués sont souvent contraints de se tourner vers le marché noir pour se procurer leur propre traitement. Or, la qualité de ces médicaments n’est pas garantie, ils sont souvent inefficaces, mais aussi potentiellement dangereux pour le patient. Le coût des injections sur le marché noir est également prohibitif : mille roupies pour une ampoule de cinq millilitres. Or un patient adulte peut nécessiter vingt millilitres par jour, et le traitement peut durer deux à trois semaines. Cela signifie que si un patient peut se procurer le traitement, il devra tout de même dépenser 60 à 80 000 roupies ($500-600), ce qui est hors de portée pour nombre d’entre eux.

    Quel est le niveau de sensibilisation à la leishmaniose cutanée au Pakistan ?

    Très faible. Même les médecins ne connaissent pas toujours la maladie, elle nécessite un spécialiste pour être diagnostiquée. Au Baloutchistan et en Khyber Pakhtunkhwa, les gens l’appellent « saal dana » ou « kaal dana » - lésion d’un an. Étant donné que la leishmaniose cutanée cause des lésions défigurantes, les malades sont souvent stigmatisés. Les gens pensent qu’il s’agit d’un cancer, d’une maladie mortelle ou d’une infection contagieuse qui se transmet par le toucher. De plus, les jeunes femmes malades et leurs familles craignent souvent que personne ne veuille les épouser, car elles présentent des cicatrices sur le visage. Tout cela entraine des traumatismes psychologiques pour les patients.

    Comment peut-on prévenir la leishmaniose cutanée ?

    La seule façon de prévenir la leishmaniose cutanée est de se protéger contre les piqures de phlébotomes. Ces insectes vivent et se reproduisent dans des environnements semi-humides et secs. En raison de leur petite taille, on ne peut les voir, et contrairement aux moustiques, les phlébotomes ne font pas de bruit en volant. Il faut que les gens dorment entourés de moustiquaires imprégnées d’insecticides ou d’anti-moustiques, car les phlébotomes sont si petits qu’ils peuvent passer à travers les trous des moustiquaires normales. Les phlébotomes piquent habituellement au petit matin et à la tombée de la nuit. Ils ne volent pas très haut, généralement pas plus haut qu’un mètre au-dessus du sol. Donc en dormant sur un lit surélevé, vous serez déjà mieux protégé.

    Comment faire pour réduire l’impact de la leishmaniose cutanée sur le système de santé publique ?

    La sensibilisation est clé. Il faut sensibiliser à l’importance de la prévention et de la détection précoce pour permettre un diagnostic et un traitement à temps. Il est nécessaire d’organiser davantage de campagnes de santé autour de la maladie pour expliquer comment la prévenir et l’importance d’un traitement précoce. Plus la maladie est diagnostiquée et soignée tôt, moins le traitement coûte cher, et moins les lésions sur la peau sont importantes. Il faut que le traitement soit disponible, abordable et adapté aux besoins de la population. Il est également important de chercher d’autres modes de traitement plus efficaces.

    Quelles sont les mesures mises en place par MSF pour aider les patients atteints de leishmaniose cutanée?

    L’intervention médicale de MSF au Pakistan permet d’accueillir les patients atteints de leishmaniose cutanée dans des structures spécialisées qui garantissent un approvisionnement régulier en médicaments sûrs et efficaces, proposent un soutien psychologique et sensibilisent à l’importance du traitement et de la prévention. MSF compte divers programmes de traitement de la leishmaniose cutanée à Quetta et à Kuchlak dans la province du Baloutchistan, et à Peshawar dans la province de Khyber Pakhtunkhwa. En 2017, MSF a soigné près de 4 000 patients atteints de leishmaniose cutanée. En 2018, ce chiffre devrait dépasser les 5 000.

    Photo principale : une patiente vivant à Peshawar, photographiée au centre de traitement MSF de la leishmaniose cutanée à Peshawar en mai 2018. Pakistan. © Nasir Ghafoor/MSF