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Niger, MSF, paludisme, malnutrition

Niger

15 ans de lutte contre la malnutrition et le paludisme

Lorsque Mohammed Sani, trois ans, est arrivé à l'hôpital du district de Magaria, il souffrait de Kwashiorkor, une forme de malnutrition aiguë sévère caractérisée par un visage et des membres enflés. Mai 2019. Niger. © MSF/Ainhoa Larrea
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Chaque année, la période de soudure alimentaire et la saison des pluies provoquent une flambée de la malnutrition et du paludisme au Niger, en particulier de juillet à octobre dans le sud du pays.

    Depuis l'importante crise alimentaire de 2005, la prévention et le traitement des maladies infantiles ont considérablement progressé : des aliments thérapeutiques prêts à l'emploi aux approches plus décentralisées, globales et centrées sur le patient.

    Des centaines de milliers d'enfants continuent pourtant d'être touchés par cette urgence chronique et ont besoin de soins de santé de qualité et gratuits, notamment durant le pic saisonnier.

    Quand Mohammed Sani, âgé de 3 ans, est arrivé à l'hôpital de district de Magaria dans la région de Zinder, il était à peine capable d'ouvrir les yeux à cause des œdèmes. Il souffrait du Kwashiorkor, une forme de malnutrition aiguë sévère caractérisée par un gonflement du visage et des membres, parmi d'autres symptômes.

    Il est impératif de veiller à ce que les enfants les plus vulnérables aient rapidement accès à des soins gratuits et de qualité dans les meilleurs délais.
    Dalil Mahamat Adji, Chef de Mission de MSF au Niger

    Les complications associées à cela sont fréquentes et potentiellement mortelles, avec des chances très faibles de s’en sortir, en l'absence de traitement adéquat.

    Mais avec des soins appropriés, le petit Mohammed s’est rétabli. Lorsqu’il a commencé à se nourrir avec une cuillère, regardant autour de lui avec curiosité, il avait retrouvé suffisamment de forces pour quitter l’hôpital. À partir de ce moment-là, son traitement allait être à domicile : sa mère n'aurait plus qu'à lui donner des sachets d'aliments prêts à l'emploi et l'amener au centre nutritionnel le plus proche chaque semaine pour un suivi.

    Au cours des 15 dernières années, l'organisation internationale MSF a collaboré avec le ministère de la Santé publique du Niger pour offrir aux enfants comme Mohammed Sani le meilleur traitement possible.

    La première étape historique à cet égard a été l’introduction des aliments thérapeutiques prêts à l’emploi, suivie par d’autres innovations.

    Une période charnière entre 2005 et 2019

    En juillet 2005, la sécheresse, une invasion de criquets et des facteurs structurels aggravés par la pauvreté ont entraîné une crise alimentaire de grande ampleur.

    Des mesures novatrices ont été prises pour répondre à une situation nutritionnelle critique. Le Gouvernement a approuvé un protocole national introduisant les aliments thérapeutiques prêts à l’emploi à l’échelle du pays, ce qui a permis une extension massive du traitement ambulatoire chez les enfants atteints de malnutrition aiguë sévère.

    Près de 70 000 enfants ont ainsi été traités à travers le pays cette année-là ; 60 % d'entre eux, avec le soutien des équipes de MSF.

    La situation en 2019 est différente. Des hôpitaux dotés d'un personnel qualifié, de médicaments, d'équipements et d'infrastructures adéquats sont toujours nécessaires et jouent un rôle clé dans la lutte contre la malnutrition et le paludisme, mais ils restent à la fin du processus.

    De nombreux enfants admis dans les salles d'urgence y sont emmenés lorsque leur état s’est considérablement détérioré et qu’ils risquent de mourir ou d’avoir des effets négatifs durables. La distance, les coûts de transport et les facteurs socioculturels sont souvent les causes de ces arrivées tardives et dans un état critique à l’hôpital.

    Le jeune Mohammed Sani à Magaria fait partie des plus de 300 000 enfants pris en charge au Niger par MSF de janvier à octobre 2019 en partenariat avec le ministère de la Santé publique.

    Comme dans d'autres pays du Sahel, les principales causes de mortalité chez les enfants de moins de 5 ans au Niger sont le paludisme, les infections des voies respiratoires et les diarrhées.

    Toutefois, on estime que la malnutrition est un facteur contributif sous-jacent à près de la moitié de ces décès – et peut entraver gravement le développement de ceux qui survivent.

    Une approche de santé publique

    Selon le Gouvernement nigérien, plus de 2,75 millions de cas de paludisme ont été enregistrés l’année dernière, principalement pendant le pic saisonnier, et 3 331 personnes en sont décédées ; les enfants de moins de 5 ans étant les plus touchés et représentant la moitié des décès.

    De même, une enquête nationale menée par les autorités en octobre et novembre 2018 a révélé que la prévalence de la malnutrition aiguë sévère atteignait des niveaux toujours inquiétants : 3,2 %, lorsque le seuil d'urgence est de 2 %.

    « La bonne nouvelle est que les solutions médicales pour améliorer cette situation sont connues, explique la coordinatrice médicale de MSF au Niger, Rilia Bazil. Un long chemin a été parcouru depuis l'introduction des aliments prêts à l'emploi : des critères plus inclusifs pour définir la malnutrition, des progrès dans les pratiques d'alimentation des enfants, le dépistage à domicile et au niveau communautaire des enfants potentiellement malnutris avec des bracelets rouges, jaunes et verts qui mesurent le périmètre brachial, des tests de diagnostic rapides et simples à utiliser pour le paludisme, des campagnes de chimio prévention du paludisme, des distributions régulières de moustiquaires imprégnées d’insecticide, et des améliorations des traitements ambulatoire et hospitalier, entre autres. »

    Une approche de santé publique renforcée et qui mette l’accent sur les soins au niveau communautaire contribue à réduire la prévalence et la mortalité liées au paludisme et à la malnutrition dans les zones les plus touchées.

    Ainsi, la promotion de la santé et le programme national de prise en charge communautaire intégrée des cas de maladies infantiles (PCIME) sont devenus un instrument crucial pour lutter contre ces affections au Niger, en particulier dans les zones rurales.

    Ce programme consiste à mettre en place un réseau de personnes dites « relais communautaires » qui sont choisies par leurs propres voisins, et qui sont ensuite formées et équipées pour diagnostiquer et traiter des maladies simples, ce qui améliore les chances de survie et de rétablissement total des jeunes patient dans leurs villages.

    La prévention sauve des vies, et cela passe aussi par rapprocher les possibilités de traitement le plus près possible du domicile des personnes malades.
    Dalil Mahamat Adji, Chef de Mission de MSF au Niger

    Un grand arbre, une tente ou un petit hangar peuvent être désignés comme de petits établissements de santé gérés par ces relais communautaires.

    Ils constituent le premier contact médical pour les enfants malades et grâce à un diagnostic et un traitement immédiats ou un renvoi vers le centre de santé, davantage de vies peuvent être sauvées.

    Dans les districts de Magaria à Zinder et de Madarounfa à Maradi, par exemple, 172 relais communautaires ont mené 39 015 consultations de juillet à septembre.

    Il vaut mieux prévenir que guérir

    « La prévention sauve des vies, et cela passe aussi par rapprocher les possibilités de traitement le plus près possible du domicile des personnes malades. Les maladies infantiles doivent être abordées de manière multidisciplinaire. Il est impératif de veiller à ce que les enfants les plus vulnérables aient rapidement accès à des soins gratuits et de qualité dans les meilleurs délais – dans leurs propres communautés s’il s’agit de cas simples, ou dans les structures de santé pour les cas compliqués, déclare Dalil Mahamat Adji, Chef de Mission de MSF au Niger. En période de pic saisonnier, nous devons espérer le meilleur des scénarios, mais toujours planifier pour le pire, en renforçant notre soutien pour prévenir les décès et les souffrances liés au paludisme et à la malnutrition. »

    Cette année, MSF a doublé et même triplé les capacités d'hospitalisation dans les structures appuyées pour faire face au pic saisonnier de paludisme et de malnutrition dans les régions les plus touchées.

    Nous avons également renforcé la prévention et le traitement communautaires des maladies infantiles. Ceci comprend un large éventail d’activités : de la sensibilisation sur les questions de santé et d’hygiène aux initiatives communautaires, en passant par le soutien à la chimio prévention du paludisme saisonnier ou aux campagnes de vaccination pour protéger les enfants contre les maladies qui peuvent affaiblir leur système immunitaire.

    Réduire la prévalence et la mortalité des maladies infantiles est une responsabilité partagée qui exige des efforts continus de la part des acteurs humanitaires et de développement dans le secteur de la santé, mais également dans des domaines tels que la sécurité alimentaire, l'éducation et les moyens de subsistance dans les régions les plus vulnérables.

    Dans un contexte où les besoins augmentent en raison des conflits armés et de l’insécurité, il est de la plus haute importance de continuer à travailler pour que le paludisme et la malnutrition ne fassent plus de victimes et pour que tous les enfants puissent grandir en bonne santé.

    MSF au Niger

    MSF a travaillé pour la première fois au Niger en 1985.

    Guidés par l'éthique médicale et les principes humanitaires de neutralité et d'impartialité, nous gérons des projets dans les régions de Zinder, Maradi, Diffa, Tillabéry, Agadez et Tahoua, avec plus de 1 660 employés en moyenne et 360 staffs supplémentaires lors du pic saisonnier de malnutrition et de paludisme.

    Nos principaux objectifs sont de réduire la mortalité infantile, d’améliorer la qualité des soins pédiatriques et maternels, d’aider les victimes de violences et de déplacement forcé, et d’aider les personnes en mouvement et les communautés locales.

    Nous répondons également aux épidémies, et nous soutenons aussi le ministère de la Santé publique dans l’expansion de la couverture vaccinale contre des maladies telles que le choléra, la rougeole et la méningite.

    En 2018, nos équipes ont traité plus de 443 000 enfants touchés par le paludisme, la malnutrition et d'autres maladies.

    En outre, le centre de recherche Épicentre mène des études et des enquêtes sur le terrain dans le pays depuis 2005, pour améliorer la réponse globale aux crises nutritionnelles et aux épidémies.