× Fermer
Mali, Niger, personnes déplacées, réfugiés

Mali, Niger

Fuyant les violences au Niger, les réfugiés au Mali restent démunis

Des milliers de personnes ont fui les violences dans le nord du Niger ces dernières semaines pour aller se réfugier à Anderamboukane où elles vivent dans des tentes de fortune. Mali, mars 2020. © MSF
Toutes les actualités 
Suite à la persistance des vagues de violences dans la région dite des « trois frontières » où des groupes armés du Mali, du Niger et du Burkina Faso se font face, des milliers de personnes ont dû fuir leur village au Niger. Dans la région de Ménaka, zone très instable, 2 900 familles de réfugiés ou de personnes déplacées se sont installées dans des villages où les populations locales peinent à survivre.

    « Nous vivons dans des conditions indignes. Nous manquons de vivres, d’abris, d’assistance et nous continuons d'avoir peur », explique Issouf, chef de la communauté des personnes déplacées. Comme beaucoup d'autres, il a fui avec sa famille les affrontements entre les groupes armés et les forces nigériennes, au nord du Niger, pour se réfugier au Mali, de l'autre côté de la frontière.

    C'est dans la ville frontalière d’Anderamboukane et dans ses environs que les équipes MSF ont engagé des activités de réponse d’urgence dans le but d’assurer des soins de santé et un support psychologique.

    Vous voulez installer des latrines, mais les latrines, pour les utiliser, il faut avoir quelque chose dans le ventre.
    Issouf, chef de la communauté des personnes réfugiées

    Toutefois, cette intervention est temporaire et ne peut répondre à elle seule aux besoins croissants des populations dans la région de Ménaka, le village d’Anderamboukane, mais aussi dans les autres villages environnants. 

    « Alors que la situation pourrait encore s'aggraver - du fait des violences contre les civils dans le nord du Niger, les poussant, toujours plus nombreux, à fuir- la réponse humanitaire est quasi-inexistante. Nos équipes médicales contribuent à fournir des soins de santé d'urgence », déclare Mohamed Ag Bazet, coordinateur de projet pour MSF.

    Malgré les efforts des autorités locales, des agences onusiennes et des ONG ayant participé à des missions d’évaluation, la réponse reste insuffisante et les besoins persistent.

    Ailleurs, dans d'autres villages de la région de Ménaka, les équipes de MSF ont visité Tamalate et Insinanane, deux hameaux isolés, qui ont accueilli plusieurs centaines de familles. Alors que les services sanitaires y sont très faibles, les besoins des populations sont grandissants. 

    « Ces personnes, qui vivent sous des abris de fortune, sont arrivées totalement démunies, emportant avec elles un peu de nourriture qu´elles ont consommé en quelques jours et quelques têtes de bétail, raconte Mohamed Ag Bazet. La population d’accueil a déjà du mal à survivre et ne peut supporter le poids de besoins aussi importants. »

    Les premiers jours les femmes devaient accoucher à même le sol, parce qu’il n’y avait pas de lit dans le centre de santé. C’était choquant.
    Mohamed Ag Bazet, coordinateur de projet MSF

    L’instabilité perdure dans cette région depuis 2012 et la menace persistante pousse les gens à fuir continuellement : une grande partie des nouveaux arrivants sont en effet des Maliens originaires de la région de Ménaka qui s’étaient réfugiés au Niger auparavant. 

    À Anderamboukane, la plupart des réfugiés se sont installés dans des maisons qui ont été au fur et à mesure abandonnées par leurs résidents. La dernière vague de départs remonte à décembre 2019 quand les forces armées maliennes ont quitté la ville et avec elles les acteurs humanitaires.

    De nombreuses structures administratives du gouvernement local ont également évacué leur personnel. Parmi la population, ceux qui en avaient les moyens sont partis s’installer à Ménaka ou à Gao, laissant les maisons vides.

    D'autres déplacés n’ont pas trouvé de logement et ont dû monter des abris eux-mêmes à l’aide de bois récupéré, de bâches, de tissus. Durant la journée, les températures peuvent atteindre les 40 degrés et les nuits sont extrêmement fraîches. À ces températures rudes s'ajoutent les tempêtes de vent, très fréquentes à cette période de l'année. Dans leurs abris de fortune, les familles peinent à se protéger des éléments et des regards extérieurs.

    « Certains se sont installés non loin d'un étang afin de pouvoir s'approvisionner en eau qui n'est même pas potable, s'exposant par conséquent aux moustiques, constate le coordinateur du projet. Cela explique le nombre important de diarrhées et de cas de paludisme observés en consultation par nos équipes médicales. »

    Dans la première semaine d’intervention, 832 consultations ont été menées dans le centre de santé communautaire d’Anderamboukane par les équipes MSF. Outre le paludisme et les cas de diarrhées, les infections cutanées et respiratoires figurent parmi les pathologies les plus récurrentes.

    « Nos équipes assistent jusqu’à deux accouchements par jour. Les premiers jours les femmes devaient accoucher à même le sol, parce qu’il n’y avait pas de lit dans le centre de santé. C’était choquant, raconte Mohamed Ag Bazet, le coordinateur de projet MSF. On s’est donc activé pour installer un lit chirurgical comme table d’accouchement. On a pris des lits à l’hôpital et on est partis acheter des matelas au marché. »

    Parmi les membres de l’équipe, Dodo Ilunga est spécialiste des soins de santé mentale. Son rôle est d'apporter un soutien psychologique à des patients souvent traumatisés. « Tout le monde est en état de choc, explique-t-il. Beaucoup souffrent de flashback, d’hyper vigilance et ont développé des problèmes de sommeil. » 

    « Une femme, séparée de son enfant pendant la fuite, ne pouvait retenir ses larmes bien qu’elle ait fini par retrouver son fils après deux semaines de recherches dans un village à 50 kilomètres de Anderamboukane. Les gens ont un grand besoin de support psychologique, ce sont souvent des personnes qui ont fui la violence à plusieurs reprises et qui ont tout perdu, leur maison, leur travail, leurs animaux. Ces gens sont désespérés. »

    À Anderamboukane, Issouf, le chef de la communauté de personnes réfugiées, interpelle nos équipes venues évaluer avec lui les besoins sanitaires : « Vous voulez installer des latrines, mais les latrines, pour les utiliser, il faut avoir quelque chose dans le ventre ».

    En plus des soins de santé primaires décentralisés, le renforcement de la vaccination de routine et des services de santé mentale à Anderamboukane, Insinanane et Talamate, l’intervention d’urgence MSF prévoit aussi la distribution de kits non alimentaires, des interventions d’assainissement et de distribution d'eau. L’intervention ciblera d’autres villages dans la zone.