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Cameroun, Niger, Nigeria, Tchad

Lac Tchad : apporter des soins en santé mentale aux communautés touchées par le conflit et lutter contre les peurs psychologiques

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    Environ 17 millions de personnes vivent dans les zones touchées par les violences du conflit entre les groupes armés non étatiques et les forces militaires, dans la région du lac Tchad couvrant le Cameroun, le Niger, le Nigéria et le Tchad. Plus de 2,3 millions de personnes ont été chassées de leurs foyers et sont aujourd’hui déplacées. Le conflit a eu des conséquences particulièrement lourdes sur la santé mentale de ces personnes déplacées, mais aussi de celles qui vivent encore au cœur des violences. Pour les équipes de MSF présentes sur place, les besoins en soins de santé mentale apparaissent de plus en plus pressants. Les conséquences des déplacements et le désespoir affectent aussi la vie des personnes qui vivent dans les zones où la violence a diminué, pouvant conduire à des problèmes chroniques de santé mentale.

    Une grande partie des activités MSF dans la région vise à réduire les souffrances psychologiques des personnes prises au piège par le conflit du Lac Tchad. Qu’elles soient déplacées, réfugiées ou demeurant dans les communautés locales, une grande majorité de ces personnes ont été victimes de violences, ou témoins d’atrocités. D’autres ont perdu des membres de leur famille et des proches. Beaucoup ont aujourd’hui besoin d’un soutien psychologique.

    Le Nigéria a particulièrement fait les frais du conflit du Lac Tchad. Près de 8 millions de personnes vivant dans le nord-est du Nigéria sont aujourd’hui dépendantes de l’aide humanitaire pour leur survie. Parmi elles, 1,6 million de personnes sont déplacées.

    Dans les villes de Pulka et Gwoza, où MSF intervient principalement dans les camps de transit, nos équipes offrent une première aide psychologique pour les nouveaux arrivés. Les patients sont souvent des femmes, dont les maris sont absents ou disparus. Ceux-ci ont pu être tués, ou sont soit soupçonnés d’appartenir à des groupes armés, soit effectivement partis combattre avec ces groupes. Ces femmes n’ont donc pas eu d’autre choix que de quitter leur foyer avec leurs enfants, pour trouver plus de sécurité et une aide humanitaire. Nos équipes traitent également un nombre croissant d’enfants et d’adolescents. Les soins de santé mentale sont particulièrement importants pour ces jeunes patients, afin de leur éviter de futures complications psychologiques.

    À Diffa, de l’autre côté de la frontière avec le Niger, MSF fournit des soins en santé mentale depuis juillet 2015. L’équipe intervenant dans cette zone y partage les mêmes préoccupations. Les gens vivent dans un état permanent d’insécurité et de détresse, en raison du conflit et de la détérioration des conditions de vie. De ce fait, beaucoup de nos patients présentent des symptômes de dépression, d’anxiété ou de stress post-traumatique. Les adultes ressentent notamment une certaine culpabilité ou un manque d’estime personnelle et peuvent avoir tendance à s’isoler. Les enfants, quant à eux, peuvent présenter des comportements régressifs, tandis que les adolescents adoptent davantage de comportements à risque, tels que l’abus de drogues et d’alcool.

    Face à l’exil, les individus perdent leurs repères physiques, sociaux et matériels.

    «Être contraint de quitter son foyer et de s’installer dans un nouvel environnement, sans avoir aucune idée de combien de temps cela va durer, est très déstabilisant. Face à l’exil, les individus perdent leurs repères physiques, sociaux et matériels. Ils ont besoin de reconstruire leur vie à partir de zéro et doivent tout réapprendre», explique Yacouba Harouna, un psychologue nigérien qui travaille pour MSF à Diffa. C’est un long processus, pour lequel les individus peuvent avoir besoin de soutien psychosocial.

    La lumière au bout du tunnel

    De nombreux anciens pêcheurs ou bergers, originaires des îles du lac Tchad, sont venus à Diffa. Alors qu’ils étaient parmi les leaders économiques de leur communauté, socialement et politiquement influents, ils peinent aujourd’hui à trouver le moyen de faire face à leur nouveau statut de personnes déplacées. Ils doivent apprendre à gagner leur vie en faisant du petit commerce ou en faisant travailler leurs enfants afin de pouvoir subvenir aux besoins alimentaires quotidiens.

    «Lorsque les gens se déplacent, ils finissent par trouver les mécanismes d’adaptation qui leur permettent de reprendre une routine et de retrouver le sentiment d’avoir le contrôle sur leur vie», dit Ana-Maria Tijerino, référente psychologue MSF à Genève. «Ce n’est pas forcément parfait, ni ce que c’était initialement, mais c’est cette capacité d’adaptation que nous recherchons dans beaucoup de ces communautés».

    À Diffa, les équipes de MSF ont adopté une approche communautaire pour mieux cerner et répondre aux besoins en santé mentale des communautés qu’elles soutiennent, en particulier chez les jeunes. Des agents communautaires en santé mentale visitent régulièrement les espaces communautaires, tels que les camps pour personnes déplacées, les points d’eau et les écoles, pour chercher notamment les enfants et les adolescents qui ont besoin de soins. Selon leur âge et leurs problèmes de santé mentale, les patients sont référés vers des classes de psycho-stimulation (dessin, danse, contes, etc.), des consultations familiales ou des groupes de paroles. Les agents communautaires organisent aussi des sessions d’information pour les parents, les autres éducateurs ou les leaders communautaires, afin de renforcer leurs capacités à identifier les signes symptomatiques chez les jeunes.

    Au nord du Cameroun, une partie des activités de MSF se concentre sur les soins de santé mentale pour les patients convalescents après avoir été blessés, ainsi que ceux qui souffrent de malnutrition. Il n’est certes pas certain que les enfants soient susceptibles d’être mal nourris si la personne qui s’en occupe (habituellement leur mère) souffre de troubles mentaux. On constate toutefois une nette amélioration de la santé de l’enfant, lorsque les besoins en santé mentale de la personne responsable de l’enfant sont pris en charge. Nos équipes de santé mentale travaillent donc à renforcer les liens entre la personne en charge et l’enfant, encourageant les séances de psycho-stimulation pour lutter contre les conséquences de la malnutrition sur le développement de l’enfant. Un espace sécurisant est également proposé aux personnes en charge, pour leur permettre de discuter de leurs inquiétudes et leurs symptômes, car la plupart d'entre elles ont été victimes du conflit.

    À Mora, dans le nord du Cameroun, les psychologues MSF ont entendu beaucoup de femmes raconter leurs peurs. Elles craignent de dormir dans les maisons, après avoir passé de nombreuses nuits de sommeil dans la brousse avec leurs enfants, pour se cacher des attaques nocturnes. À force d’avoir passé des nuits entières sans faire un bruit ou un mouvement, elles allument désormais les lumières pendant la nuit. Ici, le soutien psychologique apporté par les équipes MSF change directement la manière dont les mères construisent leurs relations avec leurs enfants.

    MSF dans la région du lac Tchad

    MSF est présente dans la région du lac Tchad depuis le début du conflit au Nigéria en 2009 et s’est installée dans les pays voisins lorsque le conflit s’est étendu en 2014. En 2017, MSF menait près de 25 projets dans la région du lac Tchad, avec plus de 150 personnels internationaux et plus de 2 000 agents nationaux, dont des médecins, des infirmiers, des psychologues et des conseillers. Les équipes ont mené 400 000 consultations externes dans l’est du Nord du Nigéria, 300 000 dans la région de Diffa, au Niger, et 76 000 au nord du Cameroun. Encore beaucoup de gens vivent dans des zones précaires et provisoires, comme c’est le cas dans les camps au Nigéria, où ils sont dans l’impossibilité de se déplacer ou de développer des mécanismes d’adaptation. Beaucoup vivent également dans des zones où MSF n’a pas d’accès, en raison du manque de sécurité.