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Haïti

Dix ans après le séisme, les structures de santé sont au bord de l'effondrement

Un patient se repose dans la cour intérieure de l’hôpital de Tabarre, spécialisé dans les urgences traumatologiques. Décembre 2019. Haïti. © Leonora Baumann
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Dix ans après le tremblement de terre qui a dévasté Haïti, MSF publie un rapport soulignant la détérioration des installations médicales dans un système de santé au bord du gouffre.

    Dix ans après le tremblement de terre qui a dévasté Haïti, l'organisation médicale humanitaire internationale MSF publie un rapport soulignant la détérioration des installations médicales dans un système de santé au bord du gouffre.

     « Ce tremblement de terre catastrophique a tué des milliers de personnes, déplacé des millions d’hommes, de femmes, d’enfants et détruit 60% du système de santé haïtien qui était déjà en difficulté avant le séisme, a déclaré Hassan Issa, chef de mission de MSF en Haïti. Dix ans plus tard, la majorité des décombres ont été nettoyés, la population a pu rentrer chez elle, de nouveaux hôpitaux ont pu être construits et la plupart des acteurs humanitaires médicaux ont quitté le pays. Mais le système sanitaire haïtien est à nouveau au bord de l'effondrement pris au piège d'une crise politique et économique croissante. Il faut agir pour donner la priorité aux soins. »

    Le 12 janvier 2010, le tremblement de terre de magnitude 7,0 qui a frappé Haïti, a fait des milliers de morts et de blessés, laissé des millions de personnes sans-abri et décimé de nombreuses infrastructures dans le pays.

    MSF, qui était présente en Haïti depuis 1991, n'a pas été épargnée: 12 employés ont été tués et deux des trois centres médicaux soutenus par MSF ont été gravement endommagés.

    En réponse aux besoins urgents et immenses de la population, MSF a organisé l'une de ses opérations d'urgence les plus importantes jamais réalisées, prenant en charge plus de 350 000 personnes impactées par le tremblement de terre en seulement 10 mois.

    Le rapport, Haïti 10 ans après, met en évidence les difficultés de fonctionnement des installations médicales dans un contexte de conflit politique et économique qui ont touché le pays.

    Depuis une hausse du prix du carburant en juillet 2018 qui a déclenché la crise, les installations médicales peinent à fournir des services de base en raison de pénuries de médicaments, d'oxygène, de sang, de carburant ou encore de personnel.

    « Le soutien international que le pays a reçu ou qui a été promis à la suite du tremblement de terre a maintenant pratiquement disparu ou ne s'est jamais concrétisé, a déclaré Sandra Lamarque. L'attention médiatique s'est aussi détournée alors que la vie quotidienne de la plupart des Haïtiens devient de plus en plus précaire en raison de l'inflation galopante, du manque de perspectives économiques et des flambées de violence régulières. »

    En 2019, le pays est resté bloqué à plusieurs reprises pendant plusieurs semaines (situation qualifiée localement de «peyi lok»). Les rues ont été fermées par des barricades faites de pneus et de câbles, constituant de véritables murs construits pendant la nuit.

    Ces manifestations ont entravé le mouvement des ambulances, des travailleurs de santé, des fournitures médicales et des patients.

    Alors que les troubles économiques et les tensions politiques se sont intensifiés, les installations médicales - y compris celles gérées par MSF - ont eu des difficultés à répondre aux besoins des patients.

    En 2019, le centre de stabilisation d'urgence de MSF dans la région de Martissant à Port-au-Prince a reçu en moyenne 2 450 patients par mois, dont 10% avec des blessures par balle, des lacérations ou d'autres blessures dues à la violence.

    L'hôpital de MSF dans le quartier Drouillard de Port-au-Prince, seule structure de prise en charge dans le pays pour les grands brûlés, a connu un pic d'activité en septembre, lorsqu'il a admis un total de 141 patients souffrant de brûlures graves, principalement causées par des accidents.

    À Delmas, où MSF gère un programme pour les victimes de violences sexuelle, le nombre de patients a diminué pendant cette période de violence accrue, tout simplement parce qu'il était trop difficile d'accéder à l'établissement.

    Dans les zones rurales, comme Port-à-Piment dans le sud-ouest d'Haïti où MSF soutient depuis longtemps les services d'urgence et de santé maternelle dans la région, l'effet de la crise sur le système de santé haïtien est aussi évident.

    Dans les cas graves, lorsque l'hospitalisation est nécessaire, MSF a du mal à trouver un établissement ouvert où elle peut référer ses patients. L'hôpital de référence et la banque de sang du département du Sud ont fermé en octobre dernier après avoir été pillés. Ils ne sont toujours pas pleinement fonctionnels.

    Pour certains patients dans un état critique, il faut parfois 5 heures de route pour trouver un hôpital pouvant accepter de tels cas. Au nord du pays où MSF s’apprêtait à ouvrir 2 structures de prises en charge pour les victimes de violences sexuelles, les activités n’ont pas pu démarrer à cause du manque de carburants et des difficultés d’accès.

    Le système sanitaire haïtien est à nouveau au bord de l'effondrement pris au piège d'une crise politique et économique croissante. Il faut agir pour donner la priorité aux soins.
    Hassan Issa, chef de mission de MSF en Haïti

    En réponse à l'aggravation de cette crise, MSF a démarré de nouveaux projets pour soigner les patients que le système médical haïtien ne peut pas prendre en charge.

    En novembre 2019, MSF a rouvert un centre de traumatologie de 50 lits dans le quartier de Tabarre à Port-au-Prince. Au cours des cinq premières semaines, le centre de traumatologie a accueilli 574 patients dont plus de la moitié étaient blessés par balle. Cent cinquante personnes souffrant de blessures mettant leur vie en danger ont été admis.

    L'organisation a également renforcé son aide au ministère de la Santé par des dons d'équipements et de matériel médicaux, en réhabilitant des installations, en formant le personnel du principal hôpital public de Port-au-Prince, ainsi qu'en soutenant un hôpital à Port Salut dans le département du Sud et 10 centres de santé dans tout le pays.

    Dix ans après le tremblement de terre, la plupart des acteurs médicaux ont quitté le pays alors que les Haïtiens peinent à accéder aux soins de santé de base.

    « Nous savions que nous répondions à un besoin pour les cas graves et urgents, mais la situation est encore pire que ce que nous imaginions. Il est nécessaire que d'autres acteurs se mobilisent pour répondre aux besoins médicaux actuels », conclut Hassan Issa.

    Rapport : Haïti 10 ans après

    Alors que nous mettons en lumière les défis médicaux et l’étendue de l’intervention menée en Haïti il y a 10 ans, ...

    Être au mauvais endroit au mauvais moment : témoignage de Anderson Alexandre, patient MSF

    Jeune père de famille de 30 ans vivant avec sa femme et deux enfants, Anderson Alexandre a été blessé par balle le samedi 21 décembre 2019 au quartier Delmas à Port-au-Prince alors qu’il allait uniquement acheter de l’eau.

    « Je suis entré chez moi. Il était environ 11h du soir. Puisqu’il n’avait pas d’eau à la maison, je suis sorti pour aller en acheter. Je ne voulais pas dormir à la maison sans avoir de l’eau disponible. Alors que j’attendais la monnaie, j’entends des rafales de tirs. Une voiture passait dans la rue et tirait sur des personnes. Malgré mon reflexe de me coucher au sol en entendant les tirs, j’ai été blessé par deux balles au pied droit. »

    Plusieurs personnes ont été blessées. Quelqu’un, criblée de balle, est même décédé tout près de lui.

    « J’ai l’impression qu’on a voulu nous tuer tous. Moi, je fais semblant de mourir de peur que les tireurs voient que je suis encore en vie et décident de mettre fin complètement à ma vie. Les tirs ont continué alors que j’étais encore allongé au sol. Le corps de la personne décédée m’a un peu protégé contre de nouvelles balles. Sinon, je serais blessé plus gravement. »

    MSF, hôpital, blessures traumatiques, Port-au-Prince, Haïti, témoignageAnderson Alexandre se souvient des détails de la fusillade qui l'a envoyé à l'hôpital Tabarre de MSF. Décembre 2019. Haïti. © Nico D’Auterive / MSF

    Résident du quartier, la femme d’Anderson a été vite informée de la situation. On a appelé une ambulance.

    « Intuitivement, j’ai demandé à ce qu’on emmène à l’hôpital de MSF. Heureusement pour moi, il y avait des médecins. J’ai été opéré dans la même soirée. Au départ, c’était très difficile pour moi parce que l’évènement a été traumatisant. Je n’ai pas mangé pendant près de cinq jours. Mais avec le support des autres patients, je commence à surmonter les difficultés. On rigole et se soutient mutuellement. »

    Anderson travaille comme agent de sécurité dans une compagnie. Il dit craindre les jours à venir puisqu’il ne pourra subvenir aux besoins de sa famille.

    « On va surement me révoquer dans mon travail. Ma fille est très jeune. Et maintenant, je n’ai plus toute ma mobilité pour satisfaire aux besoins de ma fille. C’est un gros choc sur ma santé et pour ma famille. »

    Malgré tout, Anderson ne demande que la paix pour que tout le monde puisse circuler librement sans avoir peur. Il invite les autres personnes à envoyer des messages de paix pour qu’on trouve une solution aux problèmes du pays.