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Gaza "marche du retour" MSF Jabalia

Palestine

Sous blocus et en isolement, le quotidien des blessés souffrant d’infections à Gaza

Le personnel de MSF dans le bloc opératoire d'un hôpital de Jabalia, à Gaza, alors qu'il opère un patient blessé par l'armée israélienne lors des manifestations du 16 août 2019. Palestine. © Jacob Burns/MSF
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Plus de mille personnes blessées par des tirs israéliens lors des manifestations de la grande marche du retour souffrent d’infections osseuses, souvent résistantes aux antibiotiques. Leurs blessures nécessitent des mois, voire des années de traitements et d'opérations chirurgicales. Les équipes MSF soignent ces patients et ont ouvert le premier laboratoire d’analyses d'échantillons osseux à Gaza, qui permet de lutter contre l'antibiorésistance.

    Quand Ayman s’est réveillé, la pièce dans laquelle il se trouvait était vide et l'infirmière devant lui portait une étrange blouse bleue et des gants. « Je n’étais pas au courant que j’avais une infection osseuse avant de venir ici », raconte le jeune homme. « Je suis sorti du bloc opératoire et je me suis retrouvé en isolement. »

    Selon MSF, plus de mille personnes comme Ayman souffrent aujourd’hui d’infection osseuse sévère, contractée après avoir été blessé par les tirs de l'armée israélienne lors des manifestations de la grande « marche du retour ». Plus de 7 400 Palestiniens ont été blessés par balles réelles, et la moitié souffrent de fractures ouvertes.

    « Lorsque vous avez une fracture ouverte, vous avez besoin de différents types de chirurgie, de physiothérapie et surtout d’éviter que la plaie ne s'infecte, ce qui est fréquent avec ce type de fracture », explique Aulio Castillo, responsable de l'équipe médicale de MSF à Gaza. « Malheureusement, pour beaucoup de nos patients qui ont été blessés par balle, la gravité et la complexité de leurs blessures - combinées à la pénurie de traitements pour eux à Gaza - ont pour conséquence le développement d’infections chroniques. Les tests préliminaires révèlent que beaucoup de ces personnes sont infectées par une bactérie résistante aux antibiotiques, ce qui est inquiétant », détaille Aulio Castillo. 

    L'antibiorésistance, un problème grandissant

    Les blessures par balle, de par leur nature même, sont un terreau fertile pour les infections. Les os sont éclatés, les plaies sont importantes et restent ouvertes longtemps après la blessure, d'où un risque d'infection considérablement plus élevé. La situation est d’autant plus compliquée à Gaza que l’on constate un taux très élevé d’infections résistantes aux antibiotiques. Cela se produit souvent dans des contextes où les antibiotiques sont surconsommés par la population.

    L'antibiorésistance complique les traitements des personnes comme Ayman. Pour guérir, il a besoin d’antibiotiques puissants qui comportent un risque plus élevé d’effets secondaires et qui sont également beaucoup plus chers.

    Malheureusement, pour beaucoup de nos patients qui ont été blessés par balle, la gravité et la complexité de leurs blessures [...] ont pour conséquence le développement d’infections chroniques.
    Aulio Castillo, responsable de l'équipe médicale de MSF à Gaza

    Pour éviter la propagation des bactéries résistantes au sein de l'hôpital et protéger les autres patients, Ayman est isolé dans une pièce pendant le traitement. Toute personne entrant dans la pièce doit porter des vêtements de protection et se laver les mains. Cette période d'isolement dure six semaines.

    Bien que les patients isolés ne soient pas enfermés - ils peuvent quitter la salle s’ils portent une blouse de protection - l’expérience est extrêmement éprouvante. « Je me sens en prison », confie Ayman. « Je n’aime pas être seul. Je pourrais rester un an dans une salle commune, mais ici… Je ne pense qu'à partir. » 

    MSF fait appel à des travailleurs sociaux et des conseillers qui accompagnent les patients hospitalisés pendant leur traitement. « Lorsque les gens apprennent qu'ils doivent être isolés, ils sont sous le choc », raconte Amal Abed, assistante sociale. « Ils pensent que l’infection osseuse est forcément synonyme d’amputation. »
     

    Un laboratoire unique à Gaza

    Traiter ces infections est d’autant plus compliqué à Gaza : dix années de blocus israélien associées aux luttes politiques palestiniennes et aux restrictions de mouvement imposées par l’Egypte ont réduit drastiquement l’accès aux soins des Gazaouis et mis à genou le système de santé. Les équipes MSF continuent de fournir des soins qui seraient autrement indisponibles. 

    « Nous avons travaillé avec le ministère de la Santé pour moderniser un laboratoire afin d’analyser des échantillons osseux, un élément crucial pour diagnostiquer correctement ces infections et savoir quels antibiotiques utiliser », explique Aulio Castillo. Il s'agit du premier laboratoire d’analyse de ce type à Gaza : avant, chaque échantillon devait être envoyé en Israël pour y être testé.

    « Traiter ces infections demande des exigences considérables, il faut du personnel spécialisé, des médicaments spécifiques que nous devons fournir et des espaces isolés. C’est difficile, mais nous faisons de notre mieux pour offrir à ces personnes l’opération et le traitement dont elles ont besoin. »

    Ayman prend tous les jours ses antibiotiques par voie intraveineuse, le traitement dure quatre heures. Il se rappelle avec émotion comment ses amis et lui avaient l'habitude de sortir ensemble la nuit pour aller danser et écouter de la musique. « Je veux reprendre mon travail de pâtissier », dit-il. Pour cela, il a besoin d'une intervention chirurgicale supplémentaire, qui devra attendre que son infection soit complètement guérie.