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Niger

Tillabéri : « La majorité de ces déplacés vivent dans un sentiment de peur d’être attaqués à tout moment »

Nos équipes ont assisté plus de 1 280 personnes déplacées, victimes de doubles violences: les conflits communautaires et la menace de groupes armés considérés comme djihadistes. Niger, janvier 2019. © Boulama Elhadji Gori/MSF
Témoignages 
Entretien avec Boulama Elhadji Gori, chef de mission adjoint de MSF au Niger. Boulama faisait partie de l'équipe qui a mené une intervention d'urgence dans la région de Tillabéri, pour faire face à une nouvelle vague de population déplacée la semaine dernière, provoquée par une insécurité accrue dans la région.

    MSF a mené une intervention d’urgence dans la zone rurale de Dessa, dans la région de Tillabéri, la semaine dernière. Pourquoi ? 

    Dessa est située dans le département de Tillabéri, dans la région du même nom. Récemment déclaré en état d’urgence, ce département – comme plusieurs autres départements de la région – fait face à de nombreux défis sécuritaires.

    La population qui habite sur cette zone frontalière entre le Mali et le Niger se trouve prise au piège d’une violence à deux faces : d’un côté, le conflit communautaire et, de l’autre, les activités de groupes armés non étatiques.

    Après avoir reçu des informations sur un déplacement de population dans la région, une équipe de MSF a organisé une visite d’investigation lors de laquelle ils ont constaté la situation précaire de personnes déplacées, déjà vulnérables car certaines ont connu plusieurs déplacements. On parle au total de 1 287 individus, répartis sur trois sites, dans un rayon de cinq kilomètres.

    Quels étaient les besoins les plus importants de cette population ?

    Ces personnes ont été obligées de quitter leur maison, leurs champs et souvent leurs animaux, pour se mettre à l’abri des violences orchestrées par les groupes armés. En raison de l’hostilité de l’environnement, plusieurs structures de base se sont également vues fermées, il s’agit des écoles et centres de santé.

    Les déplacés souffrent du manque d’abris, de nourriture, de soins de santé et de protection. Il faut aussi souligner que la population consomme l’eau du fleuve qui n’est pas traitée, ce qui les expose à de nombreuses maladies.

    Étant donné l’urgence des besoins vitaux de ces personnes déplacées et en l’absence d’autres acteurs humanitaires sur place, une intervention ponctuelle a été décidée par l’équipe MSF.

    En quoi l’intervention a-t-elle consisté ?

    Notre équipe médicale a réalisé 170 consultations de santé primaire, principalement pour des cas d’infections respiratoires, paludisme, dermatose et malnutrition sévère, ainsi que 20 consultations prénatales. Nous avons également évalué la situation nutritionnelle des enfants et vacciné près de 130 enfants contre la rougeole. Cinq séances de promotion de la santé mentale ont enfin été organisées pour environ 160 personnes.  

    Plusieurs patients ont été référés vers le centre de santé pour un suivi médical, auxquels MSF a aussi effectué un don d’intrants médicaux. Des articles de première nécessité (couvertures, ustensiles de cuisine et de toilettes, moustiquaires et bidons d'eau) ont été distribués à 220 familles.

    Enfin, afin d’assurer que l'eau soit potable, 4 000 comprimés ont été distribués aux personnes déplacées, parallèlement à des séances de communications sur leur utilisation.

    Quel est le profil de ces personnes qui ont fui ?

    Ces personnes, qui fuient la violence, sont surtout des femmes, des enfants et des personnes âgées, de différentes origines ethniques, vivant dans la zone frontalière entre le Mali et le Niger. On observe aussi souvent des jeunes gens qui rejettent la violence et préfèrent s’enfuir vers les endroits considérés comme plus sécurisés, afin de se mettre à l’abri.

    Parmi ces déplacés, il y a des réfugiés maliens  et des déplacés internes nigériens. Malheureusement, la majorité de ces déplacés vivent dans la peur d’être attaqués à tout moment, à cause de ce qu’ils ont déjà vécu et qui a été la cause de leurs déplacements (villages attaqués, assassinats,  marchés incendiés, enlèvements des animaux et menaces de mort).

    En dehors de cette intervention d’urgence, que fait MSF actuellement dans la région de Tillabéri ? Depuis quand MSF est-elle présente dans cette zone ?

    MSF est  présente dans le département de Banibangou, près de la frontière avec le Mali depuis novembre 2018. Bien avant l’instauration de l’état d’urgence dans la zone, la plupart des structures de base, comme les écoles et les centres de santé, étaient fermées à cause des violences.

    MSF intervient dans la zone pour garantir l’accès aux soins de qualité et gratuit aux personnes déplacées et aux communautés locales. Nous appuyons 2 centres de santé et 5 cases de santé.

    Nous continuons par ailleurs à explorer des nouveaux endroits, qui pourraient potentiellement être des sites d’accueil des déplacés dans la région, là où il existe des besoins qui ne sont pas déjà couverts par d'autres acteurs, en particulier dans la zone d’Innates.

    MSF supporte aussi les références médicales des cases de santé vers les hôpitaux de Banibangou et Ouallam. Nous travaillons en collaboration avec le ministère de la Santé.

    Pour le mois de décembre 2018, nos équipes ont consulté et traité 4 599 personnes, ont reçu 452 consultations prénatales et ont assisté 22 accouchements. En outre, 588 enfants âgés de 0 à 23 mois ont été vaccinés selon le calendrier de vaccination de routine, et 34 femmes en âge de procréer ont été vaccinées contre le tétanos. Nous avons aussi référé en urgence 7 cas ayant besoin d’assistance en soins de santé secondaire.

    Quels sont les besoins de base de la population dans cette région ? Et à quels défis faites-vous face pour y répondre ?

    Cette population a besoin de nourriture, d’articles de première nécessité, de soins de santé physique et mentale, d’eau, d’hygiène et assainissement, et de protection.

    Le principal défi auxquel nous devons faire face pour assister la population, c’est avant tout le climat d’insécurité qui sévit dans la région qui ne facilite l’accès dans la zone.