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Le service hospitalier de l'hôpital de Doro au Soudan du Sud

République du Soudan du Sud

Tessy Fautsch, infirmière luxembourgeoise entre deux missions MSF au Soudan du Sud

Témoignages 
Tessy Fautsch - Infirmière MSF
Tessy Fautsch raconte son expérience vécue dans les camps de réfugiés de Batil et de Doro au Soudan du Sud.

    Plus de 170.000 Soudanais ont fui leur pays vers le Soudan du Sud pour se mettre à l’abri de la violence des combats et de l’insécurité alimentaire dans les États du Nil Bleu et du Sud Kordofan. L’intervention humanitaire massive mise en place par MSF pour accueillir les réfugiés dans les cinq camps des États du Nil Supérieur et d’Unity au Soudan du Sud a permis d’améliorer les taux de mortalité catastrophiques au cours des derniers mois pour les réfugiés soudanais. Mais la situation reste mauvaise. Elle est encore particulièrement critique pour les réfugiés, qui dépendent toujours à 100% de l’assistance humanitaire. 

    Par conséquent, aucun répit ne peut être admis dans la réponse humanitaire, sans quoi une détérioration rapide de la situation pourrait survenir. Au cours des derniers mois, au vu des chiffres concernant le taux de mortalité, la situation dans les camps s’est améliorée et n’est plus catastrophique, alors qu’elle l’a été. À Batil, entre juin et juillet, le taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans était deux fois supérieur au seuil d’urgence (4.2/10.000 par jour) et la moitié des enfants de moins de deux ans étaient sous-alimentés. En août, MSF annonçait que la situation sanitaire des réfugiés était réellement catastrophique.

    Depuis, la forte implication de MSF dans les camps a porté ses fruits : la mortalité a baissé et s’est stabilisée. Mais la vigilance reste de mise pour améliorer les conditions de vie des réfugiés et continuer à lutter contre la forte prévalence des maladies. Les principales causes de mortalité sont les mêmes que début juillet, quand la situation avait largement dépassé un seuil critique. Si l’activité déployée par MSF a un réel impact sur la santé, il est nécessaire de poursuivre les efforts menés. Les réfugiés sont complètement dépendants de l’aide humanitaire, une diminution de la réponse pourrait avoir des conséquences terribles.

    Les plus grandes inquiétudes demeurent la diarrhée, les maladies respiratoires, le paludisme, toutes de plus en plus liées à la malnutrition. Ce sont des maladies tueuses. Tout foyer dans un camp doit être pris très au sérieux et combattu rapidement. D’autant plus que la saison des pluies a rendu l’acheminement de l’aide humanitaire (matériel, médicaments, nourriture) extrêmement compliqué. L’approvisionnement ne pouvant se faire que par voie aérienne.

    Tessy Fautsch a commencé sa mission au camp de Batil comme infirmière au centre de nutrition thérapeutique ambulatoire qui prenait en charge les enfants malnutris sévères, avant de poursuivre au camp de Doro, comme responsable médicale. En presque trois mois, elle a pu observer l’impact du travail déployé par MSF dans les camps de réfugiés.«Quand je suis arrivée à Batil, le taux de mortalité était deux fois supérieur au seuil d’urgence pour les enfants de moins de cinq ans. 1.500 enfants malnutris sévères étaient dans notre programme ambulatoire. 6 semaines après, ils ne restaient que 800 enfants dans le programme et la mortalité avait baissé. Comme le programme de santé nutritionnelle offrait une prise en charge complète de la malnutrition, les enfants venaient, étaient traités, puis quelques semaines plus tard sortaient du programme guéris. Quelle joie de voir ces enfants aller mieux et sourire à nouveau ! MSF a vraiment besoin d’être au Soudan du Sud. Dans ces régions, il n’y a pas grand-chose.

    Sans les structures de MSF, tous nos patients qui en profitent seraient condamnés à une mort certaine. On comprend tout de suite pourquoi on travaille. Nous travaillons toute la journée et la nuit quand nous sommes de garde, mais nous savons pourquoi nous travaillons».

    Depuis l’arrivée des premiers réfugiés en novembre 2011, MSF est le principal prestataire de soins médicaux dans les camps. L’intervention dans les camps a permis de réduire de manière significative le taux de mortalité. Toutefois, l’urgence reste malheureusement de mise. C’est la raison pour laquelle les équipes de MSF continuent à travailler jour et nuit pour sauver des vies. Tessy Fautsch repart mardi prochain au Soudan du Sud poursuivre sa mission.

    Les activités de MSF
    MSF fournit une aide aux réfugiés dans l’État du Nil Supérieur depuis novembre 2011. L'organisation gère des services médicaux dans les quatre camps : Jamam, Doro, Batil et Gendrassa et a fourni des cliniques mobiles pour les réfugiés dans les camps de transit et aux réfugiés nouvellement arrivés. Elle gère aussi trois hôpitaux de campagne dans les camps de Jamam, Doro et  Batil: soins ambulatoires, hospitalisation, maternité, CRENA (centre de récupération nutritionnelle ambulatoire), des services CRENI (centre de réhabilitation nutritionnel intensif). À Jamam, MSF a aussi une salle d'opération, surtout pour les césariennes. Dans les quatre camps, MSF mène diverses activités d'éducation et de sensibilisation à la santé. Elle soutient la fourniture d'eau dans les camps, y compris la gestion des forages, pompes manuelles et la mise en place de PRO (points de réhydratation orale) et surveille la région frontalière dans le cas où un autre afflux de réfugiés se produirait. Estimation du nombre de réfugiés: 167.000 personnes.