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RD Congo

Nouvelle stratégie de vaccination pour lutter contre une épidémie de rougeole

Témoignages 
Tessy Fautsch - Infirmière MSF
Tessy Fautsch, infirmière luxembourgeoise, est partie en mission pour MSF en tant que responsable médical d’une campagne de vaccination contre la rougeole en République démocratique du Congo (RDC) pendant deux mois, de juin à août. Elle témoigne.

    Depuis 2010, une épidémie de rougeole frappe le pays : 200 000 personnes ont été touchées, 4 500 sont mortes, dont la plupart étaient des enfants. Depuis 2 ans, 4 millions de personnes ont pu être vaccinées grâce au travail de MSF et à la bonne collaboration avec les autorités sanitaires locales.

    La rougeole est potentiellement mortelle et extrêmement contagieuse

    Le projet de vaccination auquel Tessy a participé a été mis en place en Province Orientale et dans la province de l’Equateur. Les deux provinces du nord de la RDC les plus touchées par l’épidémie de rougeole. « Il faut toujours avoir à l’esprit que la rougeole est une maladie potentiellement mortelle et qu’elle est extrêmement contagieuse. Quand on observe la propagation d’une telle épidémie dans une zone, il faut parvenir à vacciner le plus d’enfants possibles, même si cette zone est difficilement accessible. Aller soigner les populations là où elles vivent est primordial pour réussir une campagne de vaccination. Or les deux provinces au nord de la RDC sont très difficiles d’accès. Dans ces régions, il y a très peu de routes car la forêt équatoriale est dense. Ces routes n’étant pas entretenues, elles sont en très mauvais état. Avant la saison des pluies, il nous a fallu deux jours pour parcourir 450 km de Kisangani jusqu’à Wamba, mais au retour cela a été encore plus compliqué car les voitures et les camions se sont embourbés. »

    Il faut parfois une semaine pour atteindre certains sites de vaccination. «Dans ces régions enclavées, la couverture vaccinale n’est pas bonne et  la rougeole cause de nombreux décès d’enfants de moins de 5 ans. Mais on observe également beaucoup de cas chez les adolescents et les adultes. Nous avons donc décidé de vacciner les populations de 6 mois à 15 ans et certains adultes pour limiter la transmission. En vaccinant au moins 95% de la population cible,  cela limite la circulation du virus et par conséquent les risques pour les populations non protégées

     

    Tessy est partie avec deux autres volontaires du pool d’urgence de Bruxelles, une coordinatrice et un logisticien, pour relever ce défi. Ensemble, ils ont coordonné une équipe d’une trentaine de personnes. «En tant que responsable médicale, j’étais chargée de définir la stratégie de vaccination, de la gestion des commandes puis du recrutement du personnel médical sur place. Je devais également gérer les relations avec les autorités locales pour obtenir le droit d’accéder aux zones à vacciner. En résumé, je devais superviser l’ensemble des activités médicales liées à cette campagne

    Explorer des stratégies innovantes

    MSF développe ce nouveau projet pour explorer des stratégies innovantes et qui pourraient être reprises par le gouvernement congolais. «L’idée est d’arriver à vacciner le plus d’enfants possible, dans des zones reculées, mais avec des moyens limités afin que cette approche light puisse être reprise au niveau national par les autorités».

    Pour diminuer la mortalité liée à la rougeole, une stratégie en deux phases a été mise en place. «Dans un premier temps nous concentrons nos moyens dans les zones les plus touchées pour répondre à l’urgence.  Nous prenons en charge les cas déclarés en appuyant l’hôpital général de référence et les centres de santé de la zone, et vaccinons la population pour enrayer la transmission. Celle-ci dure entre 3 et 4 jours et 400 à 500 enfants peuvent être vaccinés en 24 heures dans les zones rurales. Enfin dans un second temps nous couvrons l’ensemble de la région.  Le but étant d’économiser les moyens et d’aller en priorité là où il y avait des cas pour enrayer le plus rapidement possible l’épidémie, de façon ciblée. On s’adaptait au fur et à mesure en fonction des données disponibles, quitte à changer l’ordre de vaccination prévu au départ. La durée d’une campagne de vaccination doit être rapide afin d’enrayer la propagation de la maladie
     

    La chaîne du froid : l'un des enjeux d'une campagne de vaccination

    «Au niveau technique, l’un des enjeux d’une telle campagne de vaccination est la chaîne de froid permettant la bonne conservation des vaccins. Nous disposions donc d’une chaine de froid centralisée afin de pouvoir conserver les vaccins entre 2 et 8° C. Lors des campagnes de vaccination dans les zones reculées, nous n’avions pas besoin d’électricité sur place car nos glacières tenaient jusqu’à 5 jours. On a donc essayé d’agir le plus possible sans frigo pour montrer que l’on peut mener des campagnes de vaccination avec des moyens limités dans les zones les plus reculées. En utilisant des boîtes isothermes pour transporter les vaccins du lieu de stockage aux sites de vaccination, nous pouvions aller dans les zones les plus reculées

    Mais il a souvent été très difficile de transporter ces boîtes isothermes jusqu’à leur destination. «Nous devions traverser une rivière alors qu’il n’y avait pas de pont ou de bac. Nous avons donc dû laisser les voitures et utiliser des pirogues puis des motos. Parfois nous devions patienter pendant des heures car des véhicules étaient embourbés. Dans ces cas-là, il faut s’armer de patience. Même si on sait qu’il faut agir vite pour vacciner le plus d’enfants possibles afin de limiter la propagation du virus

    Pendant deux mois, les journées de Tessy ont été bien remplies. «Je me levais à 5h et je faisais un premier point avec le médecin congolais de l’hôpital, puis les équipes arrivaient pour récupérer le matériel des sites de vaccination. A partir de 7h, les premières mamans venaient faire vacciner leurs enfants, cela durait jusqu’à 17h. Un jour, j’ai rencontré une dame qui avait sept enfants, dont deux paires de jumeaux, et toute la famille avait marché deux heures pour venir se faire vacciner !  Le soir, je devais encore avoir toutes les équipes dispersées dans la région au téléphone pour recueillir les chiffres de la vaccination car nous avions des objectifs bien définis à atteindre. Vers 22h, après une dernière réunion avec le personnel, je pouvais enfin aller me coucher

    Quant aux conditions de vie, elles étaient très basiques. «C’était vraiment du camping : les latrines sont à l’extérieur, nous utilisions un seau en plastique pour la douche... On dormait dans une école, un bâtiment en bambou, au sol en terre battue et toit de taule, ce qui finalement n’était pas si mal. On a rajouté du plastique pour se protéger de la pluie. On dormait sur un matelas par terre et on avait des moustiquaires. Comme c’était la saison des pluies, les habits n’étaient jamais vraiment secs, tout étaient toujours un peu humide dans le sac. La nourriture n’était pas très variée : pâte de manioc, feuille de manioc, riz, viande de chèvre et de bœuf, mais heureusement c’était la saison des ananas et des cacahuètes

    Mais même si le confort était des plus rudimentaires, Tessy est prête à repartir. «Sur le terrain, on découvre toujours quelque chose de nouveau. C’était ma 4ème mission en RDC et j’ai pu observer des évolutions positives. De plus, la motivation des populations et leur accueil sont inoubliables, on voit que l’on est vraiment les bienvenus et, malgré leurs moyens limités, elles essaient d’améliorer leur situation