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Madagascar

«Les gens ont si peur que dialoguer avec eux est essentiel»

Témoignages 
Emmanuelle Bricq - Superviseure de la promotion de la santé
Comment informer la population de ce qu’est la peste ? Quels sont les symptômes à détecter ? Et comment dissiper les rumeurs selon lesquelles la peste n’existerait pas ? S'assurer que les gens sont bien informés est l’un des grands défis de l’intervention MSF à Madagascar.

    Emmanuelle Bricq est superviseure de la promotion de la santé pour MSF à Madagascar. Elle a travaillé lors d’autres épidémies avec MSF et elle nous explique l’importance du travail de sensibilisation auprès de la population. 

    En quoi consiste le travail des promoteurs de la santé sur cette épidémie de peste ?

    Nous sommes le lien entre la population et les services de traitement de la peste d'MSF. On peut distinguer deux grands volets dans nos activités.

    D'un côté nous travaillons sur l’aspect social de l'épidémie et le bien-être des patients dans le centre de traitement en nous assurant qu'ils disposent des informations correctes et en les préparant à leur sortie, afin d'éviter la stigmatisation.

    Ensuite, nous travaillons avec la communauté pour améliorer la compréhension de l'épidémie. En fonction de la provenance des personnes qui arrivent au centre, nous contactons les autorités de quartiers pour les sensibiliser : leur expliquer ce qu'est la peste, comment la prévenir, quels sont les symptômes, que faire en cas de signes alarmants, etc. Nous répondons à beaucoup de questions afin d’éclaircir certaines idées reçues et de les rassurer.

    Quelles sont les difficultés auxquelles vous et votre équipe êtes confrontés ?

    Sur cette épidémie, beaucoup de rumeurs ont circulé dans la ville de Tamatave, et la population est très méfiantes vis-à-vis du personnel médical. La principale rumeur à laquelle on fait face est l'idée que la peste n’existe pas, que c’est une invention. Certaines personnes pensent aussi que la peste peut être attrapée dans la rue, même sans contact avec une personne. Lorsque nous entrons dans une nouvelle zone, nous sommes obligés de passer par les autorités de quartier avant d’avoir un contact direct avec la population. Cela ralentit énormément le travail communautaire.

    La principale rumeur à laquelle on fait face est l'idée que la peste n’existe pas.

    Dans quelle mesure le travail des promoteurs de la santé est-il essentiel lors d’une épidémie de peste ?

    Le travail de promotion de la santé est nécessaire dans toute épidémie, pas uniquement pour la peste. C’est important que les gens sachent à quel moment il faut réagir et qu'il y a des soins médicaux gratuits à leur disposition.

    C’est important que les gens sachent à quel moment il faut réagir et qu'il y a des soins médicaux gratuits à leur disposition.

    Dans le cas d’une épidémie de peste, les gens ont si peur, même peur de se rendre à l’hôpital pour une autre maladie, que dialoguer avec la communauté et répondre à leurs questions est essentiel.

    Tu es intervenue précédemment lors d’une épidémie de fièvre jaune en République démocratique du Congo. Peut-on comparer ton travail dans ce cadre à cette épidémie de peste ?

    Le travail en lui-même est similaire : informer les gens et dissiper leurs peurs. En RDC, il y avait beaucoup de rumeurs et c’est pareil avec la peste. Cependant, ici à Madagascar, MSF n'est pas du tout connue, contrairement à la RDC. La population nous confond avec le gouvernement, donc nous devons travailler pour être mieux reconnus et acceptés. Du coup, le travail est plus difficile, nous n’avons pas la confiance a priori des autorités de quartiers. Par contre, quand on les rencontre et qu’on répond à leurs questions, on arrive à communiquer efficacement.