× Fermer
MSF RDC Ebola

RD Congo

Ebola en RDC : « il est temps d’étendre l’accès aux vaccins »

Un membre du personnel médical s'habille pour entrer dans la zone à haut risque du centre de transit Ebola de Bunia, en RDC. Juin 2019. © Pablo Garrigos/MSF
Témoignages 
Les acteurs de santé sur le terrain n’arrivent pas encore à maîtriser l’épidémie de fièvre hémorragique Ebola, qui sévit depuis presque un an en République démocratique du Congo. Isabelle Defourny, directrice des opérations de MSF, répond à trois questions sur l’importance de la vaccination pendant une épidémie d’Ebola.

    Où en est la riposte à l’épidémie d’Ebola en RDC?

    L'épidémie d'Ebola dans l'est de la République démocratique du Congo n'est pas maîtrisée, avec plus de 1 600 décès liés au virus Ebola signalés depuis la déclaration de l'épidémie le 1er août 2018. Au cours des sept premiers mois de l'épidémie [d'août 2018 à mars 2019], plus de 1 000 cas (confirmés et probables) ont été signalés. Cependant, entre mars et juin 2019, ce nombre a doublé avec 1 000 nouveaux cas supplémentaires au cours de cette courte période avec un pic fin avril avec plus de 120 cas par semaine. Le nombre de nouveaux cas reste très élevé, avec entre 75 et 100 patients par semaine. Dans ce contexte, il est très difficile de retracer précisément les chaînes de transmission de cette épidémie.

    C’est la première fois qu’une vaccination à cette échelle est mise en place et c’est un élément très positif.
    Isabelle Defourny, directrice des opérations de MSF

    Lors de l’épidémie en 2014, les seules solutions disponibles étaient d’isoler les patients, puis de les prendre en charge sans traitement adéquat. En 2019, avec les vaccins et les traitements expérimentaux qui sont à notre disposition, nous pouvons offrir la possibilité aux personnes de se protéger individuellement et d’avoir accès à des traitements prometteurs.

    Selon les données communiquées, au début de l’épidémie, la plupart des proches des cas confirmés étaient vaccinés et suivis par les équipes du ministère de la Santé, ce qui a sans doute participé à contrôler l’épidémie pendant quelques temps. C’est la première fois qu’une vaccination à cette échelle est mise en place et c’est un élément très positif. 

    Cette approche est-elle encore possible aujourd’hui?

    Disons qu’elle doit être adaptée et renforcée. Actuellement, la vaccination s’organise « en anneau ». Ceci implique de vacciner toutes les personnes ayant été en contact avec un cas d’infection à virus Ebola, ainsi que tous leurs contacts. Cette logique n’est pas mauvaise en soi. Mais la mise en œuvre opérationnelle reste longue et difficile (identification compliquée de tous les contacts individuellement), peu adaptée à l’insécurité qui sévit au Nord Kivu et finalement, le nombre de personnes vaccinées est trop faible pour limiter la propagation de l’épidémie. Les équipes rencontrent également des difficultés à acheminer les vaccins depuis Kinshasa qui doivent être conservés à une température constante de -60°C. 

    Il faudrait donc changer de stratégie pour venir à bout de l’épidémie…

    Tout à fait et d’ailleurs, au mois de mai, les experts du groupe SAGE ont recommandé un changement de stratégie vaccinale en RDC afin que plus de personnes soient vaccinées. Jusqu’à présent, le principal obstacle à la mise en place d’une vaccination élargie était le stock limité du vaccin Merck (seul vaccin ayant démontré une efficacité en cas d'épidémie). Aujourd’hui, selon les dernières informations transmises par l’OMS – il semblerait qu’il y ait 600 000 doses du vaccin Merck. Si tel est le cas, il n’existe plus de raison valable pour ne pas renforcer en urgence la vaccination.

    La population a compris l’utilité de la vaccination et demande à y avoir accès. Cependant, aujourd’hui, avec une cinquantaine des personnes vaccinées autour d’un cas confirmé, on peut estimer qu’environ 1/4 à 1/3 des personnes à risque sont vaccinées. Le stock de vaccins présent en RDC est extrêmement faible, régulièrement inférieur à 1 000 vaccins. Avec un approvisionnement au compte-gouttes et une recherche de cas complexe, nous ne sommes toujours pas dans une stratégie de réponse d’urgence.

    D’autres vaccins existent et devraient être testés en zone épidémique afin d’être prêt si cette épidémie s’étend.
    Isabelle Defourny, directrice des opérations de MSF

    Certains prédisent une fin rapide de l’épidémie pourtant aucun signe ne permet aujourd’hui de tirer une telle conclusion, au contraire! Nous avons récemment vu des alertes en Ouganda et à proximité de la frontière sud-soudanaise.

    D’autres vaccins existent et devraient être testés en zone épidémique afin d’être prêt si cette épidémie s’étend, mais aussi d’avoir un choix de vaccins plus large pour de prochaines épidémies.