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Zimbabwe

Un ensemble d’outils WASH (eau, assainissement et hygiène) pour lutter contre le choléra et la fièvre typhoïde

À Harare, capitale du Zimbabwe, les épidémies fréquentes de maladies infectieuses hydriques constituent un problème sanitaire majeur. © Samuel Sieber/MSF
Recherche opérationnelle 
Samuel Sieber - Policy, Practice & Communication Advisor
À Harare, capitale du Zimbabwe, les épidémies fréquentes de maladies infectieuses hydriques constituent un problème sanitaire majeur. Tandis que la fièvre typhoïde demeure une maladie endémique dans plusieurs quartiers de la ville, ce sont près de 10 000 personnes qui sont récemment tombées malades lors d’une épidémie de choléra. Les habitants des zones fortement peuplées de la capitale se mettent en danger en buvant l’eau contaminée du robinet, de puits creusés à la main ou de forages. À l’aide d’un ensemble innovant d’outils WASH (eau, assainissement et hygiène) et d’une approche exhaustive en matière de santé environnementale, MSF s’emploie à fournir de l’eau potable et à prévenir les épidémies.

    Qu'est-ce que l'ensemble innovant d’outils WASH, utilisé pour restaurer des forages endommagés ou contaminés, comprend ?
    -Le véhicule de diagnostic et de réhabilitation des forages
    -L'approche du centre de santé communautaire
    -Des techniques améliorées de forage et d’étanchéification
    -Une meilleure localisation des forages et une technologie d'étude géophysique améliorée

    « Plus de 200 personnes viennent chercher ici de l’eau potable chaque jour moyennant une modeste participation d’un dollar par mois, une somme qui nous sert à entretenir le système de chloration du forage, à protéger le site à l’aide de barrières et à développer les activités de la communauté. » Hlemina Silver et ses collègues du centre de santé communautaire Kuwirirana Community Health Club de Glen View sont particulièrement fiers de diriger l’un des quelque 70 forages construits ou réhabilités par MSF à Harare depuis 2015. Lors de la récente épidémie de choléra, seuls deux cas ont été signalés dans les communautés vivant aux alentours de ces points d’eau.

    Le forage de Glen View, l’un des quartiers les plus pauvres d’Harare, capitale du Zimbabwe, a été inspecté et réhabilité à l’aide d’un véhicule spécialement aménagé par MSF. Il est en effet possible de rénover des forages contaminés ou endommagés en utilisant une caméra submersible, une sonde de collecte d'échantillons d’eau, différentes brosses et du matériel de désinfection. « Nous inspectons les forages, identifions les sources de contamination, réparons les dommages et installons un système de ligne de chloration pour la désinfection de l’eau. Nous transférons ensuite la gestion du point d’eau fonctionnel à un centre de santé communautaire », explique Danish Malik, spécialiste WASH (eau, assainissement et hygiène) de MSF au Zimbabwe.

    Former les responsables des centres de santé communautaires à la gestion d'un point d’eau, à l’assainissement, à l’hygiène personnelle ainsi qu’aux stratégies permettant d’endiguer les épidémies de maladies infectieuses et leur apporter un soutien à cet égard constituent le second pilier de l’ensemble innovant d’outils WASH de MSF. Les agents de promotion de la santé locaux impliquent des groupes de membres de la communauté dans une approche de formation pratique. Après seulement huit semaines, le centre de santé communautaire est en mesure d’assumer la gestion d’un point d’eau fonctionnel et de fournir de l’eau potable à tous les habitants d’un quartier. « Le sentiment d’appartenance et de responsabilité communautaire revêt une grande importance dans le succès de cette approche, souligne Kudakwashe Sigobodhla, agent de promotion de la santé pour MSF. Après quelque temps, les individus impliqués améliorent ou décorent leur point d’eau, sont en mesure de financer eux-mêmes les réparations nécessaires, et ne se tournent plus que rarement vers MSF pour obtenir des conseils. »

    L’ensemble d’outils intègre par ailleurs les toutes dernières technologies de construction de forages ainsi que des techniques performantes de forage et d’étanchéification. Le lieu le plus indiqué pour la construction d'un nouveau forage est identifié à l’aide d’une technologie d'étude géophysique. Les images souterraines permettent de visualiser les formations rocheuses et les écoulements d’eau à différentes profondeurs, et de sélectionner le lieu de forage qui permettra de trouver de l’eau potable à des profondeurs plus importantes.

    Compte tenu du mauvais état des canalisations d’eau et d'évacuation d’Harare et de la proximité entre les latrines ou les décharges et les sources d’eau, les bactéries peuvent contaminer les eaux souterraines situées à faible profondeur et, de là, infiltrer les forages. « Il est donc indispensable d’appliquer les bonnes techniques de forage et de réaliser une étanchéification sanitaire adéquate tout autour du coffrage pour ne pas risquer une contamination des eaux souterraines potables plus profondes », précise Danish Malik.

    Des études menées dans différents contextes de revenus faibles ou moyens prouvent clairement le rôle essentiel joué par l’eau potable, l’assainissement et l’hygiène en matière de santé publique. Au Zimbabwe comme dans d’autres pays africains,

    l’unité de recherche opérationnelle LuxOR de MSF supporte des études visant à évaluer la pertinence et l’applicabilité de son ensemble d’outils WASH. Au Niger, la réhabilitation des forages à l’aide du véhicule spécialement aménagé de MSF s’est avérée bien plus rentable que la construction de nouveaux ouvrages. Une analyse de la qualité de l’eau de plusieurs forages des alentours des quartiers Budiriro et Glen View, à Harare, a permis d'établir que les sites étaient contaminés par la salmonelle, et d’identifier un lien probable avec une épidémie de fièvre typhoïde en cours. Toutefois, des données concernant la dernière épidémie de choléra ayant frappé Harare ont permis de constater que seules deux personnes sur les 8 000 consommant l’eau des forages gérés par les centres de santé avaient été contaminées par la maladie.

    S’appuyant sur les éléments probants et les conclusions encourageantes liés à l'utilisation de l'ensemble des outils WASH au Zimbabwe, MSF est en train de les déployer dans des pays limitrophes (Malawi et Mozambique) et également de transférer des technologies, compétences et supports de formation pour les missions de ces pays. Par ailleurs, des partenariats avec des universités locales et le réseau régional de recherche et de formation WaterNet ont été instaurés.

    L’ensemble d’outils devrait être davantage développé à Harare, contribuant ainsi à la sensibilisation à la santé environnementale. « Nous cherchons à développer le recyclage des déchets solides dans certains quartiers de la ville, à améliorer les installations d’assainissement afin de réduire la défécation en plein air, et à évaluer les stratégies de vaccination préventive », ajoute Bjorn Nissen, Chef de mission. MSF collabore par ailleurs étroitement avec les autorités sanitaires et environnementales du Zimbabwe et examine actuellement les normes nationales de construction de forages afin de formuler des recommandations d’améliorations. Les innovations dont les tests s’avèreront concluants à Harare seront intégrées à l’ensemble d’outils WASH existant, et progressivement mises en œuvre dans la région.