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Italie

Perdus en italie : évaluation des besoins des migrants pendant leur transit

Recherche opérationnelle 
Emilie Venables - Anthropologiste
Emilie Venables est une anthropologue basée à Johannesburg en Afrique du Sud.

    Elle a mené une recherche qualitative dans des programmes médicaux dans des pays tels que l’Afrique du Sud, le Libéria, le Kenya, le Mozambique et le Sénégal. Elle travaille pour MSF depuis mai 2015 en tant que responsable de l’implémentation mobile de la recherche qualitative.

    En quoi consiste le travail de chercheur qualitatif chez MSF et quels sont les défis auxquels vous faites face ?

    Mon travail est très diversifié et demande beaucoup de temps sur le terrain en plus de l’aide à distance que je fournis aux projets lorsque c’est nécessaire. Parfois mon travail m’amènera à soutenir les équipes de promotion de la santé dans leurs activités en les aidant à fournir des services qui soient culturellement pertinents et acceptables pour les populations locales. D’autres fois, je rassemblerai des données et ferai des recherches pour documenter ou évaluer les projets, généralement au travers d’interviews, en me basant sur des groupes cibles et l’observation de participants dans des communautés ou des établissements de soins. Les personnes qui font de la recherche qualitative s’intéressent à la question « pourquoi » quelque chose se produit plutôt que « combien  de fois » elle se produit et même si nous utilisons souvent les mêmes outils méthodologiques dans notre travail, les mettre en œuvre dans des contextes différents peut être stimulant …et passionnant !

    Quelle a été votre dernière mission ?

    Je viens juste de passer trois semaines à Rome pour évaluer les besoins des migrants qui transitent par l’Italie, en route vers d’autres pays en Europe, et voir comment MSF peut les aider. MSF fournit une aide psycho-sociale aux migrants dans deux centres à Rome et j’ai passé une bonne partie de mon temps avec l’équipe en place à observer leurs activités et à parler aux personnes en transit. La plupart des gens ne restent que quelques jours dans l’un des centres avant de reprendre leur route.

    Nous avons besoin de comprendre ce que racontent ces personnes, leur voyage et leurs besoins afin de leur fournir une aide adaptée et des soins dans cet environnement changeant, difficile et en constante évolution. Il est délicat de collecter des données dans un environnement de passage avec des personnes qui ont souvent peur, sont réticentes à parler à des étrangers et qui sont concentrées sur la prochaine étape de leur voyage à travers l’Europe. La confiance est essentielle pour beaucoup d’entre eux qui ont dû affronter des voyages dans des conditions atroces depuis leur pays d’origine, et le fait de ne pas savoir à qui faire confiance ni où trouver de l’aide les rend extrêmement vulnérables.

    Qu’avez-vous retiré des interviews ?

    La plupart des personnes à qui j’ai parlé étaient des Érythréens, mais il y avait également quelques Soudanais et Libyens dans les centres. Il était évident que beaucoup de gens se sentaient perdus dans l'environnement inconnu d'un nouveau pays : ils ne connaissaient pas leurs droits, ne parlaient pas la langue et craignaient en permanence qu’on prenne leurs empreintes digitales, qu'on les empêche de poursuivre leur voyage. Ils ont beaucoup apprécié les informations données par MSF, car pour certaines personnes, il s’agissait de la première fois qu’elles pouvaient poser des questions et recevoir de l’aide depuis leur arrivée.

    Les personnes en transit ont de grands besoins psycho-sociaux, même si ceux-ci ne sont pas toujours reconnus. C’est un énorme soulagement pour eux de rencontrer des personnes qui parlent leur langue (MSF travaille avec des médiateurs culturels) et qui peuvent les écouter. Beaucoup ont apprécié la chance d’avoir pu parler à un psychologue après l’expérience traumatisante de leur voyage. J’ai également vu des gens qui étaient réticents à l’idée de recourir à des soins médicaux car ils craignaient de devoir fournir une pièce d’identité et ne voulaient pas se soumettre à de longs rendez-vous de suivi médical qui auraient pu les empêcher de poursuivre leur voyage.

    Toutes les personnes à qui j’ai parlé avaient fait l’expérience d’un voyage atroce et terrifiant. Elles avaient été battues et violentées, eu des accidents de voiture, perdu des membres de leur famille et certaines avaient été emprisonnées. Elles avaient voyagé pendant de nombreux mois pour traverser le Sahara depuis l’Erythrée et avaient été forcées d’attendre en Libye – parfois pendant de nombreux mois – avant de pouvoir traverser la Méditerranée.

    Qu’avez-vous appris de vos expériences ?

    Comme c’est le cas dans beaucoup de contextes MSF, faire preuve d’ingéniosité était essentiel à Rome. Il n’y avait pas de petites pièces dans les centres pour mener des interviews privés, donc nous sortions pour trouver un endroit tranquille, ce qui était difficile quand il pleuvait ! Il était également important de respecter le fait que la priorité principale de ces personnes était la poursuite de leur voyage et si lors d’une interview leur téléphone sonnait avec des nouvelles de chez eux ou s’ils devaient partir, il était important de les laisser aller s’ils avaient à le faire !