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Latrines au Malawi et hygiène menstruelle au Bhoutan: la recherche dans le domaine de l’eau, de l’assainissement et de l’hygiène (WASH)

Recherche opérationnelle 
Au centre de Recherche Opérationnelle MSF au Luxembourg, une équipe de spécialistes de l’eau, de l’assainissement et de l’hygiène (WASH) a lancé une ambitieuse initiative de recherche. Dans le cadre de huit études consacrées à différents sujets, ils s’intéressent à la qualité de l’eau, aux conditions sanitaires, aux normes d’hygiène et à la lutte contre les infections. Prévoyant des améliorations dans le domaine des programmes de santé et des interventions humanitaires dans le monde entier, les conclusions seront publiées dans des revues scientifiques.

    C’est une semaine bien chargée pour Grace Funsani du Malawi et Tashi Tshomo du Bhoutan, qui participent toutes les deux au cours WASH du programme de recherche et de formation Structured Operational Research Training Initiative (SORT-IT) dans les bureaux de MSF au Luxembourg. «J’ai affiné mon sujet de recherche en élaborant un protocole d’étude, en procédant à une analyse documentaire et en demandant à mes collègues au Malawi des données concernant les normes d’assainissement – le tout pendant les quatre derniers jours», déclare Grace en quittant brièvement son ordinateur portable. «Mais je suis à présent presque prête à présenter mon protocole d’étude demain lors de la séance plénière».

    Grace Funsani cherche à analyser une question ponctuelle mais importante concernant les latrines en zone rurale au Malawi. Agent  principal d’hygiène du milieu au ministère de la Santé, elle travaille à l’amélioration de la couverture sanitaire et à l’élimination de la défécation en plein air dans tout le pays. En visitant un certain nombre de communautés, Grace et ses collègues ont constaté que, souvent, les trous des latrines n’avaient pas de couvercle. «L’absence de couvercle permet aux insectes d’entrer dans la fosse, entraînant ainsi un risque de propagation de maladies fécales», déclare Grace.

    Dans le cadre de son projet de recherche, elle s’est proposé d’aller au fond du problème. «Dans certaines communautés, il semble que les enfants omettent de fermer le couvercle des latrines, mais nous avons également vu des couvercles mal adaptés au trou, voire des latrines sans couvercle», ajoute-t-elle. À travers l’analyse des données collectées, Grace espère pouvoir mieux former les gens en vue de la construction et d’un entretien appropriés des latrines dans un proche avenir.

    Dans le cadre des cours SORT-IT, les participants apprennent à mener des recherches en vue d’apporter à des questions opérationnelles des réponses basées sur leur travail quotidien. Grâce à un encadrement efficace et un atelier de suivi consacré à la rédaction des articles scientifiques organisé quelques mois plus tard, la quasi-totalité des études sera publiée dans des revues scientifiques. Les conclusions serviront ensuite à améliorer les programmes de santé et à fournir des preuves pour plaider en faveur de mesures appropriées auprès des décideurs économiques et politiques.

    Développée par Médecins sans Frontières et L’Union contre la tuberculose et les maladies respiratoires (The Union Against Tuberculosis and Lung Disease), l’approche SORT-IT a été adaptée par la suite par l’Organisation mondiale de la Santé en portant sur différentes priorités thématiques dans le monde entier. Cependant, c’est la première fois qu’un cours entier est consacré aux questions WASH.

    La lutte contre le paludisme ou contre les épidémies de choléra et d’Ebola, la salubrité de l’eau, la prise de mesures adéquates en matière d’assainissement et d’hygiène sont des facteurs clés bien connus. Il n’en reste pas moins que dans d’autres domaines, comme la nutrition, la santé maternelle et infantile ou le VIH/sida, les questions WASH sont toujours trop peu étudiées. «Avec nos formations spécifiques destinées aux spécialistes WASH, nous voulons que l’eau, l’assainissement et l’hygiène soient davantage pris en compte dans le cadre des interventions médicales d’organisations comme MSF», a déclaré Peter Maes, responsable du groupe de travail WATSAN de MSF et membre du corps enseignant du cours.

    Le projet de recherche de Tashi Tshomo est également un exemple intéressant. Administratrice de programme travaillant pour le ministère de la Santé du Bhoutan, elle est chargée de l’évaluation des connaissances, des attitudes et des pratiques des femmes en âge de fréquenter l’enseignement supérieur, en matière de gestion de l’hygiène menstruelle.

    Idées fausses et tabous persistants font de la menstruation un sujet délicat et rarement abordé dans les pays à bas revenus à travers le monde. «Au Bhoutan, les jeunes filles et les femmes qui ont leurs règles sont souvent insuffisamment informées sur la façon de gérer celles-ci sans prendre de risque et la manière de jeter les articles d’hygiène», déclare Tashi. «En évaluant les infrastructures existantes et les mesures d’hygiène dans les établissements d’enseignement supérieur, nous espérons parvenir finalement à mieux sensibiliser les femmes et les filles et à améliorer les équipements sanitaires», ajoute-t-elle.

    À la fin de la première semaine du cours WASH, Grace et Tashi se préparent avec les autres participants à la deuxième semaine, consacrée à la gestion des données. Au terme de celle-ci, les participants regagneront leurs lieux de travail en Afrique, en Asie, en Amérique latine ou en Europe du Sud-Est, où ils commenceront à collecter et à analyser des données. Consistant en un atelier de rédaction, la dernière semaine de cours aura lieu à la mi-2018 ; un mois plus tard, les manuscrits seront soumis pour publication.

    Les études réalisées dans le cadre des cours SORT-IT précédents ainsi que l’ensemble des travaux de Recherche Opérationnelle publiés de MSF sont disponibles sur MSF Field Research.

    * Image principale: la salubrité de l’eau et la prise de mesures adéquates en matière d’assainissement et d’hygiène sont des facteurs clés bien connus pour garantir l’efficacité de n’importe quelle intervention sanitaire. Photo prise au lac Chilwa au Malawi en 2016 dans le cadre de la lutte contre le choléra. © Aurelie Baumel