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RD Congo

Comprendre les défis associés à la prévention et au traitement du paludisme

Test de dépistage du paludisme sur un patient au centre de santé de Gbagayaembo, l’une des 17 cliniques soutenues par MSF à Bili, en RDC. © Vincenzo Livieri/MSF
Recherche opérationnelle 
Katie Whitehouse - Qualitative Research Mobile Implementation Officer
En octobre 2018, Katie Whitehouse, chercheuse qualitative au sein de l’unité de recherche opérationnelle LuxOR de MSF, a mené deux études qualitatives portant sur les moyens de prévention et le traitement du paludisme dans l’une des régions les plus reculées de la République démocratique du Congo.

    Le paludisme est une maladie infectieuse transmise par les moustiques pouvant entraîner une forte fièvre, des sueurs abondantes, des frissons, des vomissements et des convulsions. Près de la moitié de la population mondiale est susceptible de contracter le paludisme et pourtant il n’existe aucun vaccin disponible à ce jour. En 2015, 200 millions de cas de paludisme ont été signalés à travers le monde. Les jeunes enfants et les femmes enceintes sont particulièrement vulnérables face à cette maladie. Le paludisme représente la première cause de décès en République démocratique du Congo (RDC) ; il est responsable d’environ un décès sur cinq chez l’enfant de moins de cinq ans. 

    Le paludisme peut être soigné à l’aide de traitements combinés à base d’artémisinine (Artemisinin-based Combination Therapy, ACT) qui nécessitent une prise quotidienne de comprimés, à la même heure pendant trois jours. Mais afin de prévenir toute maladie transmise par les piqûres de moustiques, il convient avant tout d’utiliser des moustiquaires imprégnées d’insecticide pour mieux protéger la population. Si ces mesures de contrôle et de prévention ont permis une diminution du taux mondial de mortalité causée par le paludisme ces dernières années, elles ne sont pas toujours suffisamment et correctement mises en œuvre. Selon l’équipe MSF sur place à Bili, une meilleure compréhension de ces mesures et traitements permettrait d’améliorer la portée et la qualité du projet.

    Ces études ont été menées sur des sites d’étude à Bili, une région reculée située au nord-ouest de la RDC. Comment avez-vous accédé à cette région ?

    Certaines régions en RDC sont particulièrement difficiles d’accès. Les quatre sites d’étude, Baya, Bili, Gbagayaembo et Pandu, sont situés à proximité de la frontière avec la République centrafricaine (RCA), une région en proie à de nombreux conflits ayant conduit à un déplacement important de populations en RDC. En 2016, MSF a démarré un projet à Bili afin de répondre aux besoins médicaux des réfugiés de RCA. L’année suivante, nous avons redéfini l’objectif du projet qui se concentre désormais sur le traitement du paludisme chez l’enfant de moins de 5 ans, une population particulièrement vulnérable face aux maladies infectieuses, potentiellement mortelles.

    Pour se rendre à Bili, il nous a fallu prendre un avion affrété par le service aérien humanitaire des Nations unies (UNHAS). Puis nous avons parcouru un long voyage de 120 kilomètres en voiture. Il nous a fallu pas moins de sept heures de voyage pour arriver à destination, en raison de l’état des routes et de l’éloignement géographique de cette région. En outre, il n’y a que très peu de stations radio dans la région et le réseau de télécommunication est très limité, ce qui restreint considérablement les communications.

    Accompagnée d’une équipe de recherche ainsi que d’une autre chercheuse qualitative LuxOR, Emilie Venables, vous vous êtes rendue en RDC afin de mener des études qualitatives sur l’adhérence au traitement antipaludique et aux mesures de prévention. Ce projet visait essentiellement à mieux comprendre pourquoi certains patients interrompent ou arrêtent leur traitement. Pouvez-vous nous en dire plus sur les activités menées dans le cadre de ces études ?

    En recherche qualitative, les entretiens sont essentiels. À Bili et sur les autres sites d’étude, nous avons interrogé des « mamans » (des mères ou soignantes), des chefs de village ainsi que des professionnels de santé afin de comprendre pourquoi certains patients adhèrent ou non aux traitements antipaludiques ACT. Nous avons également observé les interactions entre médecins et patients ainsi que la façon dont les informations posologiques sont relayées. Nous avons mené des entretiens supplémentaires afin d’évaluer la compréhension du rôle des moustiquaires et leur utilisation.

    La collecte d’informations menée par votre équipe est désormais terminée sur tous les sites d’étude. Deux agents promotion de la santé sont sur place afin de poursuivre les recherches. Disposez-vous de premiers résultats ?

    Le paludisme est bien connu dans la région et de nombreuses personnes ont eu une expérience directe avec cette maladie. Les habitants connaissent bien les moustiquaires et les traitements ACT, à tel point que cet acronyme est entré dans leur vocabulaire quotidien.

    Cependant, la transmission du paludisme est encore très mal comprise et nous avons découvert que beaucoup de personnes associent à tort cette maladie avec la fraîcheur. Les gens n’ont pas toujours conscience que les moustiques sont à l’origine de cette maladie ; ils sont donc moins vigilants et n’ont pas toujours recours aux mesures de protection. Beaucoup utilisent des moustiquaires trouées ou de mauvaise qualité, car ils ne peuvent pas toujours s’en procurer de nouvelles.

    Nous avons également découvert qu’il n’y a souvent pas assez de moustiquaires disponibles pour tous les membres d’un foyer. Lors des entretiens, certaines personnes nous ont confié dormir jusqu’à sept sous une moustiquaire, originellement conçue pour deux personnes. Les enfants, en particulier les nouveau-nés, et les invités sont prioritaires lorsqu’il n’y a pas assez de place pour tous les membres de la famille sous la moustiquaire.

    Les traitements à base d’artémisinine (ACT) s’avèrent particulièrement efficaces pour lutter contre le paludisme dans presque tous les milieux. Quels sont les défis associés à la prise de traitements ACT auxquels les habitants de Bili font face ?

    La prise de ces traitements entraîne de nombreuses difficultés et parfois une certaine confusion, en particulier pour les enfants. Les comprimés ACT doivent être pris à la même heure tous les jours pendant trois jours pour être efficaces. Mais ils sont gros et ont un goût amer ; les enfants ont donc des difficultés à les avaler et ils peuvent provoquer des vomissements. Dans ce cas, il n’est pas évident d’estimer l’heure de la prochaine prise. Et si les soignants ou les « mamans » ne retournent pas au centre de santé pour se procurer des comprimés de remplacement, les enfants reçoivent un traitement incomplet et, par conséquent, inefficace.

    De plus, la personne accompagnant l’enfant malade au centre de santé est parfois un proche ou un voisin. Il ne s’agit pas forcément de la même personne qui assurera le suivi du traitement de l’enfant malade. Par conséquent, la personne responsable des soins de l’enfant n’a pas toujours accès aux informations nécessaires concernant la posologie exacte du traitement.

    Quelles sont les prochaines étapes nécessaires pour continuer à réduire les cas de paludisme en RDC et à améliorer l’adhérence aux traitements antipaludiques à Bili ?

    L’un de nos objectifs consistait à identifier les moyens d’améliorer et de favoriser l’adhérence aux traitements ACT et l’utilisation de moustiquaires. La distribution des moustiquaires se fait actuellement en fonction du nombre de membres d’un foyer ; or elle devrait prendre en compte le nombre total de membres de la famille ainsi que les visiteurs potentiels. En outre, si des programmes de distribution régulière ont été mis en place par le ministère de la Santé, ces derniers ont pris du retard. La distribution régulière de moustiquaires et la vérification de l’état de ces dernières permettraient de mieux protéger la population contre les piqûres de moustiques.

    De nombreux professionnels de santé expliquent le fonctionnement du traitement antipaludique une fois et estiment que cela suffit à changer le comportement de leurs patients. Or, il est essentiel de réitérer ces explications afin d’assurer la compréhension et l’adhérence au traitement.

    Nous recommandons également aux soignants ayant déjà administré un traitement ACT à leurs propres enfants de partager leur expérience avec d’autres parents. Cette approche est similaire à celle utilisée dans le cadre des programmes anti-VIH, dans lesquels des patients « experts » partagent leur expérience avec d’autres patients. De cette façon, les soignants « expérimentés » peuvent donner des conseils pratiques, comme écraser les comprimés ACT dans de l’eau et du sucre pour en masquer le goût amer et ainsi s’assurer que les enfants avalent leur traitement correctement.

    La phase d’entretiens et de collecte de données est désormais terminée sur tous les sites d’étude. La prochaine étape est de transcrire et traduire les informations recueillies du lingala au français, d’analyser les observations, de rédiger nos conclusions et de les partager avec notre équipe sur le terrain et nos partenaires, comme le ministère de la Santé du pays. En outre, MSF continue à gérer des centres de santé et cliniques à Bili, offrant des services de santé gratuits pour les enfants de moins de 5 ans ainsi que des formations aux communautés sur la prévention du paludisme, une mesure essentielle pour lutter contre cette maladie en RDC.