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Syrie, personnes déplacées, Idlib

Syrie

L’intensification de l’offensive condamne les habitants d’Idlib à une fuite éperdue

Dans le nord-ouest de la Syrie, les frappes aériennes, associées à une offensive terrestre, menées par les forces armées syriennes et leurs alliés russes ont déclenché une immense vague de déplacements de populations. Février 2020. © MSF
Communiqués de presse 
Dans le nord-ouest de la Syrie, les frappes aériennes, associées à une offensive terrestre, menées par les forces armées syriennes et leurs alliés russes ont déclenché une immense vague de déplacements de populations dans le dernier bastion rebelle du pays, condamnant les civils à fuir vers un étau qui se resserre, entre la ligne de front à l’est et la frontière turque à l’ouest.

    Les 14 et 15 février derniers, une attaque a visé des camps situés près de la ville de Sarmadah.

    Depuis le 13 février, la ville de Takad, à une vingtaine de kilomètres à l’est, a aussi été la cible de tirs à plusieurs reprises qui ont provoqué la fuite de la plupart des habitants de la ville.

    Selon Moustafa Ajaj, directeur du centre de santé soutenu par MSF à Takad, les seules personnes qui sont restées sont celles qui n’ont pas les moyens de se déplacer ou ne savent où aller.

    Il y a la mort sous les bombes et il y a une autre mort dans le camp, pas immédiate mais retardée.
    Un homme dans un camp où MSF intervient

    « Les gens sont dans une situation désespérée, déclare Julien Delozanne, chef de mission MSF pour la Syrie. Les attaques visent maintenant des zones qui étaient avant considérées comme sans danger et qui accueillaient des personnes déplacées dans des camps aux conditions déjà terribles. Si l’offensive militaire se poursuit, la situation sera encore plus dramatique. »

    À Al-Atareb, l’hôpital soutenu par MSF, qui avait récemment reçu des kits d’urgence a dû fermer le 16 février à la suite d’attaques sur la ville et l’hôpital de Darat-Izaa a dû aussi fermer le 17 février de peur d’être bombardé. Résultat, il n’y a plus un hôpital ouvert dans la province d’Alep ouest.

    « Personne ne sait ce qui se passera demain, on sait seulement qu’il y a des bombardements et que l’armée avance, dit une médecin MSF travaillant dans le camp de Deir Hassan à 30 km à l’ouest d’Alep. Nous vivons dans la peur et le stress. »

    Selon les Nations unies, plus de 875 000 personnes ont été déplacées dans le nord-ouest de la Syrie depuis le 1er décembre dernier. La situation changeant constamment, les habitants du nord de la province d’Idlib et de l’ouest de la province d’Alep – dont beaucoup ont fui à plusieurs reprises - sont complètement perdus.

    Les camps de personnes déplacées sont surpeuplés. N’ayant nulle part où aller, les gens installent des tentes sur des collines et le long des routes ou ils dorment dehors.

    Nous vivons dans la peur et le stress.
    Une médecin MSF dans le camp de Deir Hassan

    Le nord de la province d’Idlib et l’ouest de la province d’Alep sont maintenant parsemés de campements où les déplacés vivent dans des conditions très dures, au cœur d’un hiver particulièrement froid.

    Une famille de quatre personnes est morte étouffée pour avoir utilisé du carburant de mauvaise qualité pour chauffer leur tente.

    En réponse à cette situation, les équipes de MSF ont distribué des biens de première nécessité – couvertures, vêtements, combustibles - dans différents endroits dans la province d’Idlib, pour répondre en urgence aux besoins vitaux à plus de 13 000 personnes récemment arrivées dans une vingtaine de camps et campements à Harim, Salqin, Sarmadah, Killi et Marrat Misrine.

    MSF distribue par ailleurs de l’eau potable à des dizaines de milliers de personnes dans des camps.

    Quant aux équipes médicales de MSF, elles ont traité de nombreux patients pour des infections respiratoires, dues aux conditions de vie et aux températures hivernales. Les équipes ont aussi pris en charge ces dernières semaines un nombre important de femmes enceintes et d’enfants.

    « Les besoins restent immenses et malgré nos efforts, il est de plus en plus difficile pour MSF de fournir aux personnes déplacées l’aide dont elles ont besoin », conclut Julien Delozanne.

    « La guerre dure depuis presque neuf ans, observe la médecin MSF, mais cette seule année vaut les neuf années passées si l’on pense à toutes les difficultés que l’on traverse aujourd’hui. »

    « Plus vous vous rapprochez de la frontière turque, plus vous voyez de tentes » - Témoignage d'une médecin MSF en Syrie

    La semaine dernière, l'armée a progressé rapidement dans l’ouest de la province d’Alep. Les gens ne s’y attendaient pas. Ils ont quitté leur maison à Al Atarib, Abian, Kafr Naha, Kafr Nouran ou Maarat. 

    Ceux qui n’avaient pas trouvé de voiture sont partis à pied. Ils ont marché des kilomètres dans le froid, sans affaires, ni rien pour se réchauffer. Certains ont fui uniquement avec les vêtements qu'ils portaient alors qu’il neige depuis deux ou trois jours ici et dans toute la province d’Idlib.

    Vous voyez des enfants assis dans la neige sous les oliviers.

    Vous voyez des gens assis sur le bord des routes avec des couvertures. Vous voyez des femmes avec leurs enfants dans les bras, enveloppés dans des couvertures. Vous voyez des enfants assis dans la neige sous les oliviers. Cela vous fait pleurer.

    Beaucoup vont vers les villes d’Afrin et d’Azaz. Ils savent qu'il n'y a pas de maisons à louer, mais peut-être qu’ils trouveront de la place chez des gens qu’ils connaissent. Sinon, ils devront rester dehors jusqu'à ce que quelqu'un leur donne une tente. D'autres personnes errent sans but, ne sachant pas où aller.

    Dans la ville d'Al-Dana, il y en a qui vivent dans des bâtiments toujours en chantier, avec un toit, des murs, mais pas de fenêtres. La plupart ne trouvent pas de logement en ville, et ils sont obligés de planter des tentes, n’importe où ils peuvent.

    Personne ne sait ce qui se passera demain, on sait seulement qu'il y a des bombardements et que les forces régulières avancent. 

    La région est couverte de tentes, et plus vous vous rapprochez de la frontière turque, plus vous en voyez. Ceux qui n'ont pas les moyens d'acheter une tente s’installent avec d'autres familles sous leur tente. Il y a des personnes qui mettent leurs affaires par terre parce qu’elles n’ont pas encore d’abris et vivent comme ça, dehors. Elles ont très froid, c'est catastrophique.

    Quel que soit leur âge, les gens sont malades à cause du froid. Ils n’ont rien pour se chauffer et n’ont pas non plus de médicaments. Ils sont partis de chez eux sans rien, alors ils ont besoin de tout.

    Moi aussi je suis une déplacée. Dans le village où je vis désormais, nous entendons les bombardements des lignes de front pas loin. C'est effrayant et c’est stressant. J’ai maintenant l’expérience des déplacements et je suis prête à prendre la fuite à tout moment.

    J’ai maintenant l’expérience des déplacements et je suis prête à prendre la fuite à tout moment.

    La guerre dure depuis près de neuf ans, mais cette seule année vaut les neuf années passées si l'on considère toutes les difficultés que nous traversons. Cette année, les attaques ont été plus brutales, avec toutes sortes d'armes : artillerie, frappes aériennes, lance-roquettes, mitrailleuses… On sait que le pire peut arriver n’importe quand.

    Les gens sont complètement perdus et ne comprennent pas ce qui se passe. La peur nous a terrassés. Nous ne savons pas ce qu’il se passe sur le plan politique et nous ne savons pas ce qui va arriver.

    Personne ne sait ce qui se passera demain, on sait seulement qu'il y a des bombardements et que les forces régulières avancent. 

    Tout ce que nous voulons, c'est un endroit sûr où vivre.