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Mer Méditerranée

SOS Méditerranée et MSF appellent les dirigeants européens à autoriser d'urgence le débarquement de 104 survivants

Vue d'un bateau en caoutchouc en détresse depuis le pont de l'Ocean Viking. MSF et SOS Méditerranée sont intervenues pour secourir les 104 personnes à bord. © MSF/Stefan Dold
Communiqués de presse 
SOS Méditerranée et Médecins sans Frontières (MSF) lancent un appel pour qu’une large coalition d’États européens s’engage sans délai à faciliter la désignation d'un port à l'Ocean Viking et à mettre enfin en place un mécanisme de débarquement prévisible et coordonné, tel que discuté à Luxembourg ce mois-ci.

    L'Ocean Viking, navire de sauvetage affrété par SOS Méditerranée et opéré en partenariat avec Médecins sans Frontières (MSF), est toujours bloqué dans l'attente d'un lieu sûr pour débarquer 104 personnes secourues dans les eaux internationales au large de la Libye il y a dix jours.

    « Au cours des quatre derniers mois, plusieurs dirigeants européens se sont réunis à trois reprises (à Paris, à Malte et à Luxembourg), manifestant ainsi leur volonté de mettre en place un mécanisme temporaire de débarquement et de répartition des personnes secourues en Méditerranée centrale », a rappelé Louise Guillaumat, directrice adjointe des opérations de SOS Méditerranée.

    « Pourtant, aujourd'hui encore, 104 survivants sont une fois de plus relégués à l’oubli et doivent patienter sur le pont d'un navire de sauvetage, sans solution de débarquement en vue - un tourment de plus après l’épreuve de la mer. L'Europe peut et doit faire preuve d'une plus grande solidarité envers ses États côtiers », a-t-elle ajouté.

    Parmi les 104 personnes secourues par l'Ocean Viking le 18 octobre, on compte deux femmes enceintes et 41 enfants de moins de 18 ans - les plus jeunes n'ayant que deux et onze mois dont l’un a vu le jour dans un centre de détention en Libye selon ce qu’a dit la mère.

    La majorité des mineurs à bord (76 %) déclarent voyager seuls, sans parent ni tuteur. De nombreux survivants disent avoir été pris au piège en Libye pendant plusieurs années, et plusieurs racontent avoir fui en raison des combats qui ont commencé en avril de cette année.

    Tous les patients examinés jusqu'à présent à la clinique de MSF ont déclaré avoir été victimes ou témoins de violences physiques et sexuelles à un moment ou à un autre de leur voyage. Les femmes ont confié à notre équipe médicale qu'elles avaient fui leur pays d'origine en raison de mariages forcés, de mutilations génitales féminines ou de violences sexuelles.
    Michael Fark, chef de mission de MSF

    « Il est inacceptable que, depuis dix jours, ces personnes vulnérables aient non seulement dû endurer les éléments et être bloquées en pleine mer, mais doivent en plus affronter l'incertitude de ne pas savoir ce qui va leur arriver. Cette attente prolongée et inutile en mer doit prendre fin. Nous exhortons les dirigeants européens à respecter les principes qu’ils disent défendre et à permettre aux survivants d’enfin débarquer en lieu sûr », a déclaré Michael Fark.

    Alors que l'Ocean Viking reste bloqué, de nouveaux cas de détresse sont signalés en Méditerranée centrale, avec deux sauvetages effectués par des navires humanitaires au cours du week-end, dont un cas critique opéré par le navire Alan Kurdi. Comme cela a souvent été le cas au cours de l'année écoulée, ce sauvetage semble avoir été mené dans un contexte de confusion avec les autorités compétentes.

    Au moins 692 personnes sont mortes en tentant de traverser la Méditerranée centrale cette année seulement. Les navires de sauvetage ne doivent pas être retardés ou gênés dans leurs activités de secours en raison de longues périodes d'attente inutiles en mer.

    Une réunion de ministres de l'UE tenue à Luxembourg en octobre aurait abouti à un accord sur un « projet pilote » de six mois impliquant sept États membres, soit sept de moins que l'objectif initial de quatorze pays annoncé lors d'une autre réunion à Paris en juillet.

    En octobre, des indications prometteuses laissaient présager le démarrage d'un système de débarquement fondé sur le respect du droit international. En effet, peu de temps après cette réunion, l’Ocean Viking s'est vu offrir de débarquer 176 personnes à Tarente, en Italie, dans les 26 heures suivant le sauvetage. Malheureusement, moins d'une semaine plus tard, l'Ocean Viking est de nouveau bloqué sans lieu sûr.

    « La situation actuelle de l’Ocean Viking montre à quel point le projet pilote de débarquement annoncé par l'UE est fragile. Cette situation dure depuis trop longtemps. Revenir à des solutions au cas par cas comme ces 16 derniers mois serait un pas en arrière. Les blocages inutiles ne prendront fin que si une coalition plus large d’Etats européens volontaires fait front pour soutenir sans plus tarder les pays de débarquement », a déclaré Louise Guillaumat, directrice adjointe des opérations de SOS Méditerranée.

    Le 18 octobre, l'Ocean Viking a secouru 104 personnes d'un bateau pneumatique en détresse, à 50 milles marins des côtes libyennes. L’embarcation en péril a été repérée à l'aide de jumelles.

    Peu de temps après, l'Ocean Viking a demandé aux autorités maritimes compétentes un lieu sûr pour les débarquer. Le jour même du sauvetage, le Centre conjoint de coordination des opérations de sauvetage libyen (JRCC) a désigné le port de Tripoli comme « lieu sûr », ce que l’Ocean Viking ne pouvait accepter. En effet, aucun port en Libye ne peut être considéré comme lieu sûr selon la définition du droit international.

    Le 20 octobre, l'Ocean Viking a donc demandé aux centres de coordination de sauvetage en mer (MRCC) italiens et maltais d’assigner un lieu sûr, leur demandant de se coordonner avec ceux qui sont les plus aptes à aider les MRCC pour faciliter le débarquement le plus tôt possible. Aucun lieu sûr n’a été attribué à l’Ocean Viking depuis lors.