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République centrafricaine

En période de Covid-19, le paludisme continue d’être la première cause de mortalité infantile

Une équipe MSF à Batangafo fait du porte-à-porte pour distribuer un traitement préventif contre le paludisme, République centrafricaine, août 2020. © Lorène Giorgis/MSF
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En République centrafricaine (RCA), le paludisme est la première cause de décès chez les enfants de moins de cinq ans. Avec la saison des pluies, les cas se multiplient et les complications engendrées par la maladie, dont l'anémie et la déshydratation, augmentent. À Batangafo, dans le nord de la RCA, MSF mène une campagne de traitement préventif du paludisme auprès de la population.

    Situé dans la préfecture de l’Ouham au nord de la République centrafricaine, Batangafo a été témoin de fortes tensions politiques, ethniques et religieuses, notamment lors de ces dix dernières années. La situation sécuritaire est toujours volatile et cette instabilité risque de s’accentuer à l’approche des élections, prévues pour décembre 2020.

    L’hôpital de Batangafo – une ville de 31 000 personnes, dont 22 000 déplacés originaires d’autres régions de la Centrafrique – déborde d’activités. Alors qu’une attention particulière est portée sur les mesures de prévention et de contrôle des infections afin d’identifier et d’isoler des cas suspects de Covid-19, une autre maladie affecte profondément la vie des personnes habitant ici.

    Le mois de septembre est marqué par la saison des pluies, lorsque le paludisme devient plus meurtrier que jamais chaque année en Centrafrique. C’est la première cause de décès des enfants âgés de moins de cinq ans dans le pays.

    Durant la pleine saison, huit sur dix consultations pédiatriques au sein de l’hôpital de Batangafo soutenu par MSF concernent des complications liées au paludisme telles que l’anémie ou la déshydratation sévère.

    Depuis le début de l’année, MSF a traité 39 631 cas de paludisme à Batangafo, contre 23 642 l’année dernière au cours de la même période. 1 074 enfants de moins de cinq ans ont été hospitalisés à cause du paludisme cette année. 28 d’entre eux n’ont pas survécu.

    J’ai donné à mon autre enfant de 11 mois les médicaments contre le paludisme que nous a donné MSF. J’ai pris le traitement aussi. Je sais que, cette fois-ci, nous serons épargnés.
    Chancella Gbtoum, mère de Yakota Abbias agé de cinq ans

    « Mon fils est très faible parce qu’il a le paludisme. Les docteurs disent qu’il est anémié. Ils essaient de stabiliser son état pour éviter d’autres complications qui pourraient le tuer. J’ai tellement peur de le perdre, a confié Chancella. Elle et son plus jeune enfant ont tous les deux reçus de MSF le traitement préventif contre le paludisme. J’ai donné à mon autre enfant de 11 mois les médicaments contre le paludisme que nous a donné MSF. J’ai pris le traitement aussi. Je sais que, cette fois-ci, nous serons épargnés. »

    Afin d’atténuer l’impact de cette maladie meurtrière et protéger la communauté, MSF a lancé au début de la saison des pluies une campagne de traitement préventif, aussi appelée distribution massive de médicaments contre le paludisme.MSF, don, médecins sans frontières, santé, maladie

    Dans l’objectif d’atteindre un maximum de personnes et de s’assurer que la population comprenne l’importance de cette initiative, la campagne a été menée en trois étapes.

    Tout d’abord, MSF a sensibilisé les habitants de Batangafo sur cette campagne avec l’aide des leaders communautaires et à travers la diffusion de messages sur la radio locale.

    Ensuite, les équipes ont fait du porte à porte pour distribuer le traitement préventif.

    Pour finir, les équipes sont retournées voir chaque ménage afin de vérifier si toutes les personnes ont bien pris le traitement et si des effets secondaires ont été identifiés.

    La distribution massive de médicaments préventifs est un moyen efficace pour éviter les complications liées au paludisme.
    Carmen Terradillos, coordinatrice médicale pour MSF

    Apporter les médicaments directement au domicile de chaque famille a permis d’éviter le regroupement de personnes autour des sites de distribution et a ainsi réduit le risque potentiel de transmission du Covid-19. Les équipes MSF ont aussi adopté des mesures de protection telles que le port du masque et la distanciation physique d’un mètre entre chaque individu. 

    L’augmentation du nombre de patients atteints du paludisme ne se limite pas à la région limitrophe du Tchad, mais concerne l’ensemble du territoire centrafricain.

    « À chaque saison des pluies, le paludisme fait des ravages au sein des communautés qui ont un accès limité aux soins de santé et aux mesures préventives. Tous les ans, nous observons une montée en flèche du nombre de cas de paludisme sur tous les projets MSF en République centrafricaine. En 2019, nous avons traités 578 072 patients atteints du paludisme dans le pays », annonce Carmen Terradillos.

    « La possibilité de recevoir un traitement efficace contre le paludisme demeure insuffisante dans ce pays qui a connu des années de conflit et de négligence. Les moustiquaires imprégnées d’insecticide sont chères et financièrement inaccessibles pour la plupart des centrafricains. La distribution massive de médicaments préventifs est un moyen efficace pour éviter les complications liées au paludisme », poursuit Carmen Terradillos.

    La communauté de Batangafo s’est montrée désireuse de se protéger contre cette maladie qui a déjà tué beaucoup trop de ses enfants.

    « Je suis enceinte et je ne veux pas attraper le paludisme. C’est dangereux pour mon futur enfant, dit Félice. Je sais que je suis plus vulnérable et je dois vraiment prendre ces médicaments. »

    Lors de la première session de cette campagne, MSF a distribué le traitement préventif à un total de 32 670 personnes, dont 6 531 enfants et 135 femmes enceintes. La prochaine distribution est prévue pour la fin du mois de septembre.

    MSF travaille à Batangafo depuis 2006 et appuie le ministère de la Santé et de la Population au sein de l’hôpital et dans les périphéries en assurant des soins d’urgence, de chirurgie, de maternité, de pédiatrie, ainsi que le traitement contre le VIH/sida et la tuberculose, la prise en charge des survivant(e)s de violences sexuelles et les services de santé mentale.