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RD Congo

La face cachée de la riposte contre Ebola : un système de santé en péril

Le laboratoire de l’hôpital général de Mabalako, où MSF a contribué à rénover les infrastructures. L’hôpital souffre d’une grave pénurie de personnel. Septembre 2019. République démocratique du Congo. © Samuel Sieber/MSF
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À Mabalako, zone sanitaire rurale située dans la province du Nord-Kivu, en République démocratique du Congo (RDC), l’épidémie d’Ebola a fortement fragilisé un système de santé déjà précaire.

    De nombreux médecins et professionnels de santé sont mobilisés pour la riposte à Ebola, alimentée par des financements internationaux, ce qui crée des pénuries de personnel dans les centres de santé locaux et l’hôpital régional, ainsi qu’un manque de moyens financiers.

    Or, les conséquences peuvent s’avérer mortelles. C’est pourquoi dans quatre structures de santé, MSF vise à améliorer l’accès aux soins de santé primaire et à réduire les risques d’infections nosocomiales en plein cœur d’une zone de transmission active d’Ebola.

    Au premier abord, la petite clinique de Metale ressemble davantage à un avant-poste qu’à un centre de santé. L’équipe de MSF a réaménagé l’intérieur du bâtiment en bois, qui abrite désormais des espaces de consultation, plusieurs lits pour les patients, un service de maternité, une pharmacie et un laboratoire. Dans le petit bâtiment érodé d’à côté, l’ancienne maternité, dotée d’une simple table d’accouchement en bois, est encore en service.

    La route jusqu’à Metale est un long périple à travers la campagne de Mabalako et la zone de transmission active d’Ebola. C’est là, dans la zone de santé de Mabalako, que l’épidémie a éclaté en août 2018. Rien que dans cette zone, près de 400 personnes ont été dépistées porteuses du virus Ebola, et plus de 300 sont décédées.

    Alors qu’il commence à pleuvoir, les personnes marchant le long de la route entre deux villages se couvrent la tête avec des feuilles de bananier, et la piste étroite se transforme rapidement en bain de boue.

    Nous avons perdu des enfants dans le service de pédiatrie parce qu’ils n’ont pas été placés sous le bon traitement antipaludique immédiatement.
    Brian Da Cruz, médecin de MSF

    « Nous avons installé une citerne pour récolter l’eau de pluie des gouttières ainsi que de nouvelles latrines, et construit une zone de décharge équipée de deux réservoirs sécurisés pour éliminer les déchets médicaux et autres éléments contaminés en toute sécurité », explique Isai Sanou, spécialiste MSF des questions d’hygiène et d’assainissement.

    Le respect des normes d’hygiène et d’eau potable est essentiel pour prévenir et maîtriser les maladies contagieuses telles qu’Ebola, mais s’avère également bénéfique pour le service de maternité et le laboratoire.

    Les postes et centres de santé comme celui de Metale constituent le noyau dur du système de santé congolais. Ils sont en première ligne pour toutes les questions de santé primaire des personnes nécessitant des conseils ou des soins médicaux.

    Les maladies contagieuses communes telles que le paludisme, la rougeole ou le choléra, sont souvent dépistées et soignées ici, et de nombreux centres sont équipés de petites maternité ou d’unité de pédiatrie.

    Les patients qui présentent des complications ou des blessures graves sont envoyés vers des centres de santé plus grands ou à l’hôpital général de chaque zone de santé.

    Néanmoins, le système présente de nombreuses pénuries, et manque de ressources et de personnel ; d’autant plus depuis que la riposte à Ebola, soutenue par des organismes internationaux, bat son plein.

    Il n’y a pas l’électricité à Metale, donc pas de réfrigérateur où conserver les vaccins pour les activités de vaccination de routine pourtant essentielles contre la rougeole, la diphtérie et le tétanos.

    Plusieurs campagnes de vaccination au Nord-Kivu ont été suspendues ou retardées car l’attention et les ressources sont entièrement dédiées à la lutte complexe contre Ebola.

    Pour les centres de santé et les hôpitaux de la région, l’intensification de la riposte à Ebola, soutenue par des organismes internationaux, est à la fois une bénédiction et une malédiction.

    Là où les équipes de riposte à Ebola et les organisations internationales ont établi des structures de soins et d’isolement, elles améliorent généralement les infrastructures, paient du personnel supplémentaire et soutiennent les services de santé primaire.

    Toutefois, les professionnels de santé nécessaires à la riposte sont presque tous rattachés à d’autres hôpitaux et centres de santé de la zone, qui sont désormais confrontés à des pénuries critiques de personnel.

    À l’hôpital général, dans le village principal de Mabalako, ce manque est particulièrement visible. Plus de la moitié des médecins et infirmiers sont absents, et dans les quatre services autour de la grande cour, aucun membre du personnel n’a suffisamment de temps pour s’occuper des patients.

    Étant donné que les revenus supplémentaires proposés par la riposte à Ebola sont souvent bien plus élevés et plus fiables, beaucoup parmi le personnel restant sont déçus de ne pas avoir été sélectionnés, ce qui affecte leur moral et leur motivation.

    À l’hôpital, le manque de personnel et de traitements, combiné au non-versement des salaires, peut avoir des conséquences dramatiques.

    « Nous avons perdu des enfants dans le service de pédiatrie parce qu’ils n’ont pas été placés sous le bon traitement antipaludique immédiatement ; une erreur qui aurait pu être évitée si nous avions disposé des bonnes ressources humaines et fait preuve d’une plus grande vigilance », déplore Brian Da Cruz, médecin de MSF qui soutient les deux médecins restants en charge d’un bloc opératoire, d’un service de maternité, d’une clinique pédiatrique et d’un service régulier qui compte plus de quarante lits.

    L’hôpital compte également une zone d’isolement basique pour les patients souffrant de maladies contagieuses, mais cette petite structure n’est pas équipée de vestiaires, de zone de décontamination, ni d’accès sécurisé pour que les familles puissent rendre visite aux patients.

    Étant donné que les patients suspectés de présenter le virus Ebola sont transférés dans une autre structure, mieux équipée, les salles de la zone d’isolement sont actuellement utilisées pour suivre quatre enfants atteints de rougeole, maladie évitable par vaccin, mais hautement contagieuse, qui entraîne régulièrement des épidémies en RDC.

    De l’autre côté de la cour, MSF a percé un puits de forage pour installer un point d’eau, qui est utilisé en permanence par les habitants du quartier pour s’approvisionner en eau potable.

    Alors que le soutien de MSF est principalement concentré sur l’amélioration des infrastructures et la collaboration avec le personnel restant dans les centres de santé et l’hôpital régional, l’équipe évalue actuellement la possibilité de mettre en place un modèle différent, notamment un système de paiement régulier pour compléter les salaires du personnel, et de formations au chevet des patients.

    « Nous envisageons de jouer un rôle plus important dans l’hôpital et les trois centres de santé que nous soutenons en assumant une responsabilité de supervision, en proposant des formations sur le travail à effectuer et en garantissant aux patients l’accès à des soins gratuits et au personnel un salaire », a expliqué Amandine Colin, coordinatrice MSF du projet.

    Nous formons les promoteurs de la santé locaux à porter des messages clés pour prévenir le paludisme.
    Wivine Bokotogi, spécialiste MSF des activités de proximité

    De retour à Metale, Wivine Bokotogi, spécialiste MSF des activités de proximité, remet un paquet de « flash cards » (cartes présentant au verso un problème donné, et au verso, la solution) sur la prévention et le traitement du paludisme à deux promoteurs de la santé locaux. Le paludisme est un autre enjeu de santé qui risque d’être négligé car l’attention et les ressources sont entièrement dédiées à l’épidémie d’Ebola.

    En 2016 en RDC, le paludisme a causé treize pour cent des décès chez les enfants de moins de cinq ans, et près de la moitié des personnes dépistées dans les centres de traitement d’Ebola l’année dernière se sont avérées atteintes du paludisme.

    « Nous formons les promoteurs de la santé locaux à porter des messages clés pour prévenir le paludisme, notamment sur l’importance de recouvrir les sources d’eau stagnante, d’utiliser des moustiquaires et d’amener les enfants dans les centres de santé les plus proches pour qu’ils puissent être soignés à temps », explique Wivine.
     
     

    D’importantes ressources et expertises sont déployées pour mettre fin à cette épidémie d’Ebola en RDC, la deuxième plus importante de l’histoire. Toutefois, si l’on ne veille pas à proposer des soins abordables et de qualité, la lutte contre Ebola risque d’avoir des conséquences néfastes et durables sur le système de santé congolais.