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Palestine, santé mentale, MSF

Palestine

Une journée dans la vie d’un conseiller MSF à Gaza

Octobre 2019. Palestine. © Loay Ayyoub
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Dans la bande de Gaza, en Palestine, MSF prend en charge les victimes de brûlures et de lésions traumatiques. En plus de l’aspect physique des soins que nous prodiguons, nos équipes psychosociales, composées de conseillers, de promoteurs de la santé et de travailleurs sociaux, travaillent avec nos patients et leurs familles dans chacun de nos établissements, afin de les soutenir durant leur processus de rétablissement.

    La première intervention de MSF à Gaza date de 1989. L’association y est présente de façon continue depuis 2000.

    Nous y dirigeons cinq cliniques, deux services d’hospitalisation et trois unités de chirurgie afin de prendre en charge les victimes de brûlures et de lésions traumatiques.

    Une grande majorité de nos patients traumatiques sont des blessés par balle lors de manifestations, sous le feu de l’armée israélienne.

    MSF a pris en charge 4 600 personnes sur un total d’environ 7 600 blessés par balle depuis le 30 mars 2018.

    En plus de leur apporter notre aide sur le plan physique, nous proposons également un soutien psychosocial au sein de nos cliniques et de nos hôpitaux pour la prise en charge d’éventuelles séquelles psychologiques et afin de soutenir les patients et les familles tout au long de leur traitement.

    Sur ces clichés, Rania Samour, conseillère MSF, travaille dans l’une de nos cliniques dotées d’un service externe, un jour d’octobre 2019.

    Rania Samour est conseillère pour MSF à Gaza, en Palestine. Elle évolue au sein d’une équipe offrant un soutien psychosocial à nos patients et à leurs familles tout au long de leur traitement.

    « Ici, la plupart de nos patients sont traumatiques, explique-t-elle. J’essaie de les aider, pour que leur traumatisme ne devienne pas un problème à long terme. »

    Sur cette photo, Rania discute des rendez-vous de la journée avec une collègue.

    Ahmed, 21 ans, son premier patient de la journée, fait partie des plus de 7 600 blessés par balle sous le feu de l’armée israélienne lors des manifestations à Gaza depuis le 30 mars 2018.

    On lui a tiré dessus il y a plus d’un an, en juin 2018, mais le processus de rétablissement est long.

    « Je viens ici pour me libérer l’esprit, dit-il à propos de ses séances avec Rania. Avant, je faisais énormément de sport : rester assis sans rien faire est vraiment lassant. »

    Rania enseigne à Ahmed des exercices de respiration, parmi d’autres techniques de relaxation et de concentration.

    Cela lui est bénéfique surtout lorsqu’il a envie d’une cigarette, le tabac ralentissant énormément la régénération osseuse.

    D’après Rania, les personnes blessées que MSF prend en charge présentent des séquelles psychologiques assez marquées. « Je pense que presque tous les blessés par balle souffrent de dépression ou d’anxiété », affirme-t-elle. 

    MSF soigne également les patients brûlés comme Mariam, 5 ans, électrocutée à son domicile après avoir touché un générateur.

    Nombre de Gazaouis sont contraints d’utiliser des générateurs parce qu’il n’y a pas assez d’énergie pour alimenter l’unique centrale électrique de la ville, soumise à un blocus par Israël depuis 12 ans.

    Pour sa première séance avec Rania, Mariam est venue accompagnée de ses parents, afin que ceux-ci puissent exprimer leurs inquiétudes face à certaines réactions de leur fille après sa blessure.

    Rania a joué avec Mariam pour la mettre à l’aise, puis s’est entretenue avec ses parents et leur a donné des conseils.

    « La première séance avec un nouveau patient et sa famille est très importante, indique Rania. Ils parlent de leur vécu, et moi je leur donne des pistes et leur pose des questions pour qu’ils m’orientent sur la source du problème. »

    Certaines personnes n’ont besoin que de quelques séances, tandis que d’autres travaillent avec Rania sur une période plus longue.

    Rania assiste également les équipes médicales pour expliquer les traitements aux patients et aux familles.

    Sur cette photo, elle montre à Mohammed, 5 ans, et à son père, comment appliquer un vêtement compressif pour limiter les cicatrices.

    « Nous utilisons une approche psychoéducative pour faire en sorte d’impliquer les familles dans le traitement », explique-t-elle.

    Rania a donné des conseils à Um Bilal, une femme de 54 ans blessée lors des manifestations et qui souffre d’une infection après une fracture du bras.

    « Nous avons manifesté car nous voulions faire pression sur les Israéliens afin qu’ils lèvent le siège qu’ils nous imposent », confie-t-elle.

    Désormais, elle peine à vivre avec les conséquences de cette blessure : « Je ne peux rien faire dans la maison, à part prendre des antidouleurs. »

    « J’ai peur pour l’avenir, peur que mon bras ne redevienne pas comme avant. Je ne peux pas m’habiller. Mon mari m’aide, mais c’est difficile pour lui aussi. Je veux pouvoir m’habiller seule, me laver seule. »

    La douleur que subissent les blessés par balle, associée à la longue période d’incertitude à laquelle leur rétablissement est soumis, occasionne de nombreuses séquelles psychologiques.

    En fin de journée, Rania consigne les observations de ses séances avec ses patients. En dix ans, depuis qu’elle travaille à Gaza, elle a remarqué une évolution des comportements : les victimes viennent davantage consulter et se faire suivre.

    « Il y a dix ans, les gens refusaient de parler de leurs séquelles psychologiques, affirme-t-elle. Maintenant, ils acceptent de le faire parce qu’ils voient bien que cela les aide à aller mieux. Et ils ont arrêté de traiter de "fous" les gens ayant des troubles psychologiques. D’ailleurs, les personnes qui viennent nous consulter présentent moins de risques de développer des troubles que celles qui ne viennent pas. »