Les membres du personnel de MSF apportent leur aide aux rescapés de tentatives de traversée de la Manche pour rejoindre l'Angleterre
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Calais, France : Face à l’exil sans issue, MSF répond par le soin

Le vendredi 6 mars 2026

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Dans la ville côtière de Calais, au nord de la France, environ un millier de personnes survivent chaque jour à la frontière, en attendant de traverser la Manche. Beaucoup sont des femmes ou des familles avec enfants, souvent contraintes de tenter leur chance au Royaume-Uni après avoir rencontré des obstacles pour s’installer dans d’autres pays européens. L’équipe de Médecins Sans Frontières (MSF) apporte soins, soutien et dignité à celles et ceux qui survivent à la frontière, dans des conditions humanitaires extrêmement précaires.

« Je m’appelle Hadir*, j’ai 33 ans et je suis mécanicien automobile. Il y a deux mois, j’ai dû quitter l’Irak à cause de problèmes sociaux. Je savais que je devais partir pour protéger ma famille, mais je ne pensais pas que le chemin serait si long, ni si dur. Depuis, j’ai traversé une dizaine de pays en suivant la route des Balkans occidentaux », raconte-t-il, la voix fatiguée mais déterminée.

Hadir voyage avec sa femme et leurs trois enfants de 3, 4 et 8 ans. Ils ont quitté leur maison avec presque rien : quelques vêtements et un peu de nourriture pour les petits. « Nous avons affronté beaucoup de difficultés, mais c’est en Croatie que nous avons ressenti le plus de rejet », confie-t-il.

La famille est arrivée à Calais la veille, avec l’espoir de traverser la Manche pour rejoindre des proches installés au Royaume-Uni. Après une nuit passée dehors, sous un abribus balayé par le vent, ils se sont rendus au centre d’accueil de jour du Secours Catholique, association partenaire de MSF à Calais, pour y chercher de l’aide et des informations.

« À cause de chaussures trop petites, j’ai du mal à marcher. La douleur est continue », explique Hadir, qui vient d’être soigné par une infirmière de l’association No Border Medics. Son plus jeune enfant, âgé de trois ans, a été vu par l’infirmière de Médecins Sans Frontières (MSF), qui propose des consultations l’accueil de jour du Secours Catholique. Il souffrait de problèmes de peau, aggravés par le froid et l’humidité.

Comme beaucoup de familles en errance à Calais, ils ne savent pas où ils dormiront la nuit suivante. « Nos plus grandes préoccupations sont de pouvoir manger et de ne pas avoir froid », dit-il simplement, conscient que les jours à venir restent incertains.

Les membres du personnel de MSF apportent leur aide aux rescapés de tentatives de traversée de la Manche pour rejoindre l'Angleterre

Les associations estiment qu’il y a environ 1 500 personnes qui survivent dans des campements de fortune à Calais et environ 2 500 à Dunkerque. Parmi elles, certaines arrivent directement à Calais, tandis que d’autres ont transité par différents pays de l’UE. Les tentatives de traversée semblent loin de s’arrêter. Hadir et sa famille, comme tant d’autres, attendent, espèrent, et tentent simplement de tenir jusqu’au lendemain.

Traversées plus dangereuses : la militarisation des frontières

Chaque mois, des centaines de personnes migrantes, réfugiés et demandeurs d’asile tentent de traverser la Manche pour rejoindre le Royaume-Uni, au péril de leur vie. Depuis 2023, les équipes MSF constatent à quel point l’intensification de la militarisation de la frontière contribue à rendre les traversées plus dangereuses.

Les conditions d’embarquement et de traversées sont extrêmement périlleuses et beaucoup de tentatives se soldent par des échecs. En cas de naufrage, ces personnes blessées et traumatisées sont livrées à elles-mêmes sur les côtes du littoral Nord français, avec parfois, des morts à déplorer.  

Depuis des décennies, les politiques répressives et coûteuses mises en œuvre par le Royaume-Uni et la France n’ont pas empêché ces traversées, mais ont poussé les personnes migrantes à emprunter des routes de plus en plus dangereuses, au péril de leur vie. Selon un décompte de l’AFP, au moins 27 sont décédées entre janvier et la fin du mois de septembre 2025. 

L’accord « One in, one out » : sauver des vies n’est pas la priorité

Depuis des décennies, les politiques répressives et coûteuses mises en œuvre par le Royaume-Uni et la France n’ont pas dissuadé les personnes migrantes, les réfugiés et les demandeurs d’asile de tenter de traverser la Manche, mais les ont contraints à entreprendre des parcours de plus en plus dangereux, au péril de leur vie. L’accord franco-britannique signé en juillet 2025, surnommé « One in, one out » par la presse britannique, illustre une fois de plus l’absurdité des politiques migratoires mises en œuvre. Entre son entrée en vigueur le 6 août 2025 et le 31 octobre 2025, plus de 11 000 personnes ont atteint le Royaume-Uni sur des embarcations de fortune. 

MSF s’inquiète de l’écart entre les objectifs de l’accord et la réalité sur le terrain. « Cet accord était censé « prévenir les traversées dangereuses », mais dans les deux premiers mois de sa mise en œuvre, on a déjà compté neuf morts », explique Sarah Gallitre. Par ailleurs, les conditions très strictes d’admission au Royaume-Uni via cet accord excluent un grand nombre de personnes, qui ne peuvent même pas essayer d’entamer la procédure. Les mineurs non accompagnésn quant à eux, sont exclus de l’accord. 

Sarah Gallitre dénonce également l’absence de consultation des ONG et l’impact de la mise en œuvre de cet accord : « Nous n’avons aucune information sur ce qu’il advient des personnes renvoyées en France, ni sur le respect de leurs droits humains ». 

L’action de MSF auprès des survivants de la Manche

Dans le nord de la France, MSF mène des opérations depuis 2023. L’organisation offre une assistance médicale aux personnes exilées en transit à Calais, vivant dans des campements de fortune, sous des tentes ou à même le sol.

MSF dispose également de psychologues qui proposent des consultations et des actions de sensibilisation à la santé mentale pour des personnes ayant pour beaucoup vécu des traumatismes et nécessitant un soutien psychologique.

En hiver, MSF met en place un dispositif d’hébergement d’urgence pour protéger les enfants, femmes et familles vulnérables qui ne peuvent pas accéder aux centres saturés ou trop éloignés. L’hiver dernier, plus de 100 enfants ont été accueillis grâce à ces solutions, leur offrant un abri sûr face au froid et aux risques liés à l’absence de structures adaptées.

Deux enfants iraniens qui se trouvaient avec leur mère à Calais. MSF leur a fourni un abri. Ici, ils jouent avec un membre du personnel de MSF. © Mohammad Ghannam / MSF
Calais : MSF appelle les autorités françaises à fournir un hébergement d’urgence aux personnes exilées
Face aux défaillances de l’Etat en matière de mise à l’abri, MSF a mis en place un dispositif d’hébergement d’urgence à Calais pour permettre à des enfants, des femmes et des familles, de ne pas dormir à la rue en plein hiver.

MSF propose également un accueil de jour pour les mineurs non accompagnés, leur permettant d’accéder à des services de base : se mettre au chaud, se restaurer, prendre une douche, recharger leur téléphone et participer à des activités avec nos éducateurs.

Un médiateur interculturel MSF échange avec deux mineurs non accompagnés au centre MSF à Calais, France

Les infirmières MSF se déplacent sur les lieux de vie et le long du littoral. Les personnes victimes de naufrages ou de traversées ratées dans de petites embarcations, souvent mouillées et parfois blessées, sont rencontrées par les équipes de MSF. L'une, composée d’une infirmière et d’un médiateur interculture – en collaboration avec l’association Utopia 56 – apporte des soins médicaux, tandis qu’Utopia 56 fournit des vêtements secs et de quoi se restaurer. 

 « Beaucoup des pathologies observées par MSF sont directement liées aux conditions de vie à la rue : infections des voies respiratoires, problèmes dermatologiques, troubles liés aux longues journées de marche et aux déplacements. Nous observons également un phénomène croissant de brûlures causées par le mélange d’eau de mer et de carburant lors des tentatives de traversée dans de petites embarcations, pouvant atteindre le deuxième ou troisième degré et nécessitant une prise en charge urgente. »  

— Sarah Gallitre, Coordinatrice du projet MSF

Les membres du personnel de MSF apportent leur aide aux survivants de naufrages ou de tentatives infructueuses de traversée de la Manche pour rejoindre l'Angleterre
MSF porte assistance aux rescapés des tentatives de traversées de la Manche
Au printemps 2025, MSF a décidé de se joindre à Utopia 56 pour participer à des maraudes sur le littoral Nord français et aller à la rencontre de personnes exilées rescapées de naufrages ou de tentatives ratées de traversée de la Manche.

Sur le terrain, MSF constate que les femmes en migration sont très vulnérables. La plupart ont subi des violences sexuelles, voire des viols, sur le chemin de migration, et certaines même en France. Elles cherchent souvent à s’invisibiliser. Parmi elles, il y a des femmes enceintes, d’autres qui souhaitent avorter et certaines qui ont subi des violences sexuelles. Leur prise en charge est spécifique et demande du temps pour instaurer la confiance et qu’elles puissent confier ces événements.

Elise Houard, infirmière MSF, et Amira Babakar, médiatrice interculturelle MSF, en consultation médicale avec une femme exilée et son enfant, au centre d’accueil de jour du Secours Catholique à Calais

 

J’ai vu de nombreuses patientes à Calais, mais une en particulier m’a marquée : une femme enceinte de neuf mois, avec son mari et ses trois enfants, qui avait fait le trajet enceinte et qui tentait de traverser la Manche malgré son état. Notre objectif a été de lui présenter les services de soins disponibles pour qu’elle puisse se reposer, accoucher en sécurité et se stabiliser jusqu’à l’arrivée du bébé, afin d’éviter tout drame lors d’une traversée. »  

— Elise Houard, infirmière MSF basée à Calais

Malgré les conditions extrêmement difficiles et les risques permanents, des signes d’espoir persistent à Calais. La solidarité de centaines de bénévoles et de citoyens, venus de toute la France et du monde, montre que l’humanité peut l’emporter sur l’indifférence.

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