Drapeau avec le logo arabe de MSF au milieu du projet de l'hôpital Kajo Keji. © Frederic Seguin/MSF
Actualité
InternationalSoudan du SudPresse

Soudan du Sud : une offensive imminente contraint la population et MSF à évacuer la ville d’Akobo

Le lundi 9 mars 2026

En 1 clic, aidez-nous à diffuser cette information :

Juba, 9 mars 2026 — Des centaines de milliers de personnes à Akobo, dans l’État de Jonglei au Soudan du Sud, sont confrontées à un choix impossible alors qu’une offensive menée par les forces gouvernementales contre la ville est imminente, à la suite d’ordres d’évacuation émis le 6 mars.

La ville, actuellement sous contrôle de l’opposition, accueille notamment plus de 17 000 personnes récemment déplacées par le conflit en cours. Les habitants d’Akobo ont désormais 72 heures pour fuir sans aucune garantie de protection, ou rester au risque d’être tués, tout en perdant l’accès aux soins de santé et à d’autres services essentiels.

Médecins Sans Frontières (MSF) appelle l’ensemble des parties au conflit à protéger les civils et à établir des zones sûres pour les personnes cherchant refuge, à garantir un accès sécurisé à l’aide humanitaire et aux soins médicaux vitaux, et à protéger les structures de santé pour qu’elles puissent continuer à sauver des vies.

En raison de l’ordre d’évacuation, les préparatifs essentiels en vue de la saison du paludisme à venir, ainsi que les activités de soins primaires et de vaccination destinées aux communautés locales et déplacées, ont été brutalement interrompus.

Les conséquences pour la population sont dévastatrices », déclare Christophe Garnier, chef de mission MSF au Soudan du Sud. « Des familles sont contraintes d’abandonner leurs maisons encore et encore, sans alternative sûre. Pour beaucoup, déjà déplacées plusieurs fois, il n’y a tout simplement plus aucun endroit où aller. »

Le 7 mars, l’équipe MSF à Akobo a elle-même dû être évacuée, laissant des centaines de milliers de personnes sans accès aux services essentiels de santé primaire. Certaines ont déjà commencé à fuir vers l’Éthiopie ou vers le village voisin de Meer. L’hôpital d’Akobo, où MSF soutient le service pédiatrique, a été pillé, tout comme notre pharmacie, entraînant la perte de tous les médicaments et équipements médicaux. Nos bureaux ont également été saccagés au cours du week-end par des assaillants non identifiés.

Cette attaque s’inscrit dans une tendance préoccupante visant les structures de santé au Soudan du Sud. 

Depuis mars 2025, douze incidents visant le personnel MSF ou des établissements soutenus par MSF ont été recensés, entraînant la fermeture de trois hôpitaux. Rien qu’au cours des deux premiers mois de 2026, trois attaques ont déjà eu lieu.

Cette dernière évacuation survient alors que la violence s’intensifie dans l’État de Jonglei. Le 29 janvier, les équipes MSF ont quitté Pieri en raison de combats armés. Le 3 février, des frappes aériennes à Lankien ont tué des civils et détruit le dernier hôpital encore fonctionnel de la ville. Près de 280 000 personnes ont été déplacées, dont 80 000 dans le comté d’Akobo.

Akobo est une zone isolée où les structures de santé sont extrêmement limitées, et MSF fait partie des rares organisations qui assurent des soins pour environ 112 000 personnes. Trois semaines seulement après avoir retrouvé l’accès à cette zone, à la suite de restrictions imposées par les autorités bloquant les vols et les fournitures médicales, les équipes MSF ont à nouveau été contraintes au départ. Elles venaient à peine de commencer à évaluer les besoins des nouvelles populations déplacées et de lancer une réponse vitale contre le paludisme. ​

Ces évacuations répétées imposées par les autorités laissent les populations piégées, exposées à la violence et coupées de l’aide humanitaire », alerte Garnier. « Nous craignons profondément que l’hôpital d’Akobo ne soit pris pour cible, privant les communautés des soins médicaux dont elles ont besoin pour survivre. »

Les personnes récemment déplacées, épuisées et traumatisées par les derniers affrontements, vivent dans des abris de fortune, sans accès à l’eau potable, à une alimentation suffisante, ni à une protection adéquate. 

Privées de soins essentiels, elles se retrouvent démunies, exposées aux maladies, à la faim et à la menace permanente d’une violence extrême.

Les évacuations répétées, les attaques contre les personnels et structures de santé, et les restrictions imposées par les autorités paralysent la capacité de MSF à intervenir, à un moment où les populations du Soudan du Sud ont plus que jamais besoin d’assistance, et non l’inverse.

Nos actualités en lien