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MSF Pakistan cutaneous leishmaniasis

Pakistan

La seule option pour le traitement de la leishmaniose cutanée dans le Khyber Pakhtunkhwa

Un père calme sa fille alors qu'elle reçoit une injection dans une lésion due à la leishmaniose cutanée au sein de l'hôpital mémorial de Naseerullah Babar Khan, à Peshawar. Pakistan. Juin 2019. © Nasir Ghafoor/MSF
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Les cas de leishmaniose cutanée (LC), véritable fardeau pour la santé publique au Pakistan, se sont multipliés dans la province pakistanaise de Khyber Pakhtunkhwa au cours des six derniers mois. Les autorités sanitaires ont signalé environ 28 000 cas depuis novembre 2018.

    La plupart des cas proviennent de districts fusionnés, auparavant appelés zones tribales sous administration fédérale, près de la frontière avec l'Afghanistan. Une récente recrudescence dans les districts les plus méridionaux de la province, en particulier dans le Waziristan du Sud, a poussé les gens à se rendre dans le district voisin de Bannu ou même dans la capitale provinciale, Peshawar, pour y être soignés.

    En mai 2018, en collaboration avec le ministère de la Santé, MSF a ouvert un centre de traitement spécialisé au sein de l'hôpital mémorial de Naseerullah Babar Khan, à Peshawar, et en ouvrira prochainement un autre à l'hôpital général du district de Bannu pour répondre aux besoins urgents des districts du sud de Khyber Pakhtunkhwa. 

    Le centre de traitement de Peshawar accueille 250 à 300 nouveaux patients chaque mois et a pris en charge plus de 2 300 personnes depuis son ouverture en mai 2018. L'établissement fonctionne à plein régime et le nombre de patients ne cesse d'augmenter. 

    Il s’agit du seul centre de traitement spécialisé pour la Leishmaniose cutanée de toute la province de Khyber Pakhtunkhwa. Notre taux de guérison en 2019 est supérieur à 95%, et nous recevons de plus en plus de patients, ce qui montre bien les besoins importants de la province.
    Dr Pervez Khan, responsable du centre de traitement de MSF à Peshawar

    MSF soigne également la maladie à Quetta et à Kuchlak, dans la province du Baloutchistan, où elle est le plus important fournisseur de soins contre cette maladie.

    La leishmaniose cutanée, infection cutanée causée par un parasite transmis par morsure de phlébotome, est un problème de santé publique majeur au Pakistan. Bien que non mortelle, elle peut causer de graves stigmates et des traumatismes psychologiques. Les personnes qui présentent des lésions et des cicatrices sont souvent victimisées et exclues de la vie publique. « Je porte un masque pour cacher mon visage. Je ne sors plus jouer au cricket avec mes amis. Mes amis se moquent de mon nez. Je ne peux vous décrire à quel point ces derniers mois ont été difficiles pour moi », explique Shahbaz, qui a reporté son mariage à cause de la lésion sur son visage. 

    De nombreuses personnes n’ont pas accès aux soins car ils sont trop coûteux, voire totalement indisponibles. La plupart des hôpitaux publics possèdent un nombre limité de médicaments et ne disposent pas de personnel spécialisé, ce qui oblige les malades à acheter eux-mêmes les médicaments ou à parcourir de longues distances pour être pris en charge gratuitement dans les grandes villes – ce que beaucoup ne peuvent se permettre. 

    Dans le district de Karak, neuf des dix membres de la famille de Muhammad Jannat souffrent de leishmaniose cutanée. Deux de ses fils reçoivent un traitement, à savoir des injections pendant au moins 21 jours consécutifs, à l'hôpital mémorial de Naseerullah Babar Khan, à Peshawar. Chaque trajet pour rejoindre Peshawar coûte 1 400 roupies (17€ ). Muhammad Jannat a demandé à l'administration de l'hôpital s’il pouvait y laisser ses enfants car il ne peut assumer cette dépense. « Les besoins sont énormes dans mon district. Il faudrait y installer une structure médicale. Une personne pauvre ne peut pas venir jusqu'ici », explique Muhammad Jannat à Peshawar. Il amènera deux autres membres de sa famille pour qu'ils soient soignés une fois que ses fils auront terminé leur traitement.

    L'antimoniate de méglumine, traitement de première intention contre la leishmaniose cutanée, n'est pas produit localement au Pakistan. Les autorités sanitaires dépendent donc largement des importations d'organisations internationales telles que l'Organisation mondiale de la Santé et MSF. Dans de nombreux cas, les doses reçues par les patients sont insuffisantes, en raison de la disponibilité limitée du médicament et du manque de personnel médical dûment formé. 

    « L'antimoniate de méglumine est la seule solution pour les personnes atteintes de LC au Pakistan. Nous n'avons aucune preuve de l'existence d'autres médicaments ou solutions thérapeutiques efficaces contre la leishmania tropica, la forme de LC la plus répandue dans les provinces du Baloutchistan et du Khyber Pakhtunkhwa. Il est absolument nécessaire de chercher de nouveaux traitements », déclare Suzette Kämink, spécialiste MSF des maladies tropicales, qui supervise les recherches au Pakistan pour trouver de nouveaux traitements contre la leishmaniose cutanée.

    MSF a également lancé des activités de proximité pour remédier au manque de sensibilisation des communautés à la maladie et aux solutions permettant de la prévenir. À ce jour, le centre de traitement de Peshawar demeure la seule option pour des milliers de personnes atteintes de leishmaniose cutanée dans le Khyber Pakhtunkhwa. Le nouveau centre de Bannu contribuera quelque peu à améliorer l'accès aux traitements pour les habitants des districts du sud, mais il est essentiel que davantage de patients aient accès à des médicaments de qualité à des prix abordables là où ils vivent, afin de lutter efficacement contre la forte prévalence de la leishmaniose cutanée dans cette région. 

    « Au cours de l'année écoulée, nous avons enregistré des résultats bien meilleurs aux prévisions grâce aux nouveaux services de prise en charge de la leishmaniose cutanée », déclare le Dr Siraj Muhammad, surintendant médical de l'hôpital mémorial de Naseerullah Khan Babar à Peshawar.

    Des patients de 25 districts différents bénéficient des services de ce centre. Nous sommes satisfaits des progrès réalisés. Nous sommes reconnaissants à MSF pour ses services et son soutien au ministère provincial pour faire face à ce problème médical majeur.
    Dr Siraj Muhammad, surintendant médical de l'hôpital mémorial de Naseerullah Khan Babar à Peshawar