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Libye, Mer Méditerranée

MSF interdite d’accès aux migrants débarqués de force du navire Nivin

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Depuis l'évacuation du cargo Nivin mardi dans le port de Misrata, les équipes de MSF se sont vu refuser l'accès aux quelques 80 réfugiés et migrants amenés de force à terre. Pendant dix jours, l'organisation a soigné à plusieurs reprises les personnes à bord, dont certaines souffraient de graves brûlures et présentaient des séquelles de torture. MSF est extrêmement préoccupée par leur bien-être, car aucune information n’est donnée sur leur lieu de détention et sur leur état de santé.

    Le 20 novembre 2018, les forces de sécurité libyennes ont mené une opération dans le port de Misrata, pour débarquer contre leur gré 81 réfugiés et migrants restant à bord du cargo Nivin. En parallèle, une équipe MSF qui traitait les blessés à bord s’est vue empêchée d'accéder à la zone. Parmi le groupe débarqué de force, on comptait plus de 20 mineurs, certains ayant déclaré avoir été victimes de la traite des êtres humains ou de torture et d'autres déclarant être enregistrés auprès du Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR).

    Depuis lors, les équipes MSF n’ont eu aucun accès aux membres du groupe qu’elles ont traité et suivi pendant 10 jours à bord du Nivin. MSF est extrêmement préoccupée par le manque d'informations officielles concernant leur localisation et leur statut médical actuel.

    Les migrants à bord du Nivin n'auraient pas dû être ramenés à Misrata, mais dans un port sûr, conformément aux lois internationales et maritimes. Sur la base du positionnement officiel du HCR, la Libye ne peut être considérée comme telle.

    Une situation toujours plus compliquée pour les acteurs de l’action humanitaire

    Entre le 11 et le 18 novembre, avant le débarquement forcé, le personnel médical MSF a effectué plus de 90 consultations médicales à bord du navire. Le 14 novembre, 14 personnes vulnérables ont été transférées au centre de détention officiel. Le reste du groupe a continué de refuser de débarquer en Libye par crainte d'avoir à faire face à des détentions arbitraires et à d'autres dangers déjà rencontrés pendant leur séjour dans le pays.

    MSF est consternée de constater que pendant 10 jours, malgré ses appels répétés à éviter une issue violente, aucun compromis n'a été trouvé pour mettre en œuvre une alternative à la détention. La situation actuelle démontre, une fois encore, l'incapacité de la Libye d’offrir une protection indispensable aux personnes en quête de sécurité.

    Aujourd’hui, les personnes interceptées en mer et ramenées sur les côtes libyennes, en violation du droit international et des conventions maritimes, n'ont d'autre choix qu’une détention arbitraire illimitée.

    Cette situation tragique est le résultat d'efforts délibérés et concertés de l'Europe pour empêcher, a tout prix, les réfugiés, les migrants et les demandeurs d'asile d'atteindre ses rives. Plus récemment, l'Italie a entériné sa politique de stigmatisation des personnes qui fuient pour sauver leur vie, en demandant la saisie du bateau de sauvetage Aquarius pour de prétendues anomalies dans l’élimination des déchets à bord. Cela fait suite à deux années de campagne de diffamation, d'enquêtes judiciaires et d'obstacles bureaucratiques contre notre travail humanitaire.

    Photo principale : à l’intérieur du centre de détention de Khoms, dans lequel MSF offre des soins aux migrants retenus de façon arbitraire par les autorités libyennes. Libye, septembre 2018. © Sara Creta/MSF