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« On ne peut pas les abandonner » - Traiter le VIH dans une ville dévastée par un cyclone

Des patients - pas tous séropositifs - dans la salle d'attente du centre de santé de Munhava le 9 avril, premier jour de la réouverture complète du programme VIH de MSF après le cyclone Idai. Mozambique. Avril 2019. © Pablo Garrigos/MSF
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Quand le cyclone Idai a frappé le 15 mars la ville portuaire de Beira, au Mozambique, il a fortement endommagé ou détruit les bâtiments et les infrastructures, et arraché les toits de la plupart des centres de santé, les rendant pour certains totalement inutilisables.

    Laisser d’innombrables patients sans structures de soins constituerait un problème sanitaire majeur dans n’importe quel pays, mais les rues boisées de Beira cachent une vulnérabilité supplémentaire ; cette ville de plus de 500 000 habitants est la capitale d’une province où un adulte sur six est atteint du VIH

    Les communautés stigmatisées, telles que les travailleurs/euses du sexe, qui sont certes peu nombreux mais présentent statistiquement un risque plus élevé d’infection au VIH, sont particulièrement vulnérables. 

    Avant l’arrivée du cyclone, MSF gérait un programme de traitement du VIH à Beira. Teodora Tongouche, travailleuse du sexe qui a bien compris les enjeux liés au virus, est également l’une des éducatrices communautaires de MSF.

    « Certaines de ces personnes [qui ont perdu leurs foyers] ont honte », explique-t-elle. « Elles vivent désormais avec dix autres personnes dans le même espace, et ne souhaitent pas que leur séropositivité soit connue. Mais il est difficile d’entrer en contact avec elles parce que les réseaux téléphone et Internet ne fonctionnent pas bien. »

    Face à la réduction progressive de la réponse humanitaire post-cyclone, son rôle d’éducatrice MSF auprès des autres travailleurs/euses du sexe sur la prévention et le traitement du VIH est plus important que jamais.

    Filipe Francisco Luis est travailleur du sexe et également membre de l’équipe d’éducateurs communautaires de MSF. Lui-même atteint du VIH, Filipe sait à quel point il est essentiel que les personnes séropositives puissent poursuivre leur traitement contre le VIH, malgré le passage du cyclone Idai.

    Il est très important de trouver ces personnes au plus vite, et de leur rappeler l’importance de prendre leurs comprimés. En effet, la poursuite du traitement n’est pas leur principale inquiétude en ce moment, ce qu’elles cherchent avant tout, c’est un abri, un endroit où dormir et de quoi manger. On ne peut pas les abandonner parce que si elles cessent leur traitement, leur charge virale va augmenter.
    Filipe Francisco Luis, travailleur du sexe et membre de l’équipe d’éducateurs communautaires de MSF

    Comme des centaines de milliers d’autres personnes, Filipe a presque tout perdu dans le cyclone et les fortes inondations qui ont suivi. « Je n’ai presque plus que mes vêtements et un matelas », explique-t-il. « Le cyclone Idai n’a épargné personne. »

    Paula (pseudonyme) est travailleuse du sexe. Elle fait partie des patients de MSF atteints du VIH. Elle évoque certaines des conséquences du cyclone sur son salaire et sa sécurité professionnelle en tant que travailleuse du sexe.

    « Mon travail est plus risqué maintenant », explique-t-elle. « Beaucoup d’endroits où j’avais l’habitude de rencontrer mes clients ont été détruits par le cyclone Idai. Je suis contrainte de me rendre dans des lieux plus dangereux. Récemment, en quittant un de ces endroits, j’ai été abordée par trois hommes armés. J’ai dû leur donner tout ce que j’avais. »

    « J’ai moins de clients depuis le cyclone », poursuit-elle. « Je pense qu’ils n’ont plus les moyens de payer la même somme qu’avant. Tout le monde a été affecté par le cyclone.» 

    Depuis 2014, le programme MSF de traitement du VIH à Beira se concentre sur l’assistance aux communautés les plus à risque : les travailleurs/euses du sexe et les hommes qui ont des relations sexuelles avec d’autres hommes. De plus, à l’hôpital principal de Beira, des soins d’urgence sont proposés aux patients présentant un état avancé du VIH et des infections graves associées, telles que la tuberculose.

    À la suite du cyclone, MSF a d’abord concentré sa réponse sur les conséquences les plus visibles du cyclone, notamment le manque d’eau potable et l’épidémie de choléra.

    Dans les jours qui ont suivi, les besoins moins visibles liés au VIH ont été intégrés à la réponse humanitaire. Cependant, il a fallu près d’un mois pour que la totalité du programme MSF de traitement et de prévention du VIH, notamment les cliniques de nuit dans les bordels et autres hauts lieux de la prostitution, soit de nouveau opérationnel.

    « Dans l’une de nos cliniques de traitement du VIH à Beira, nous recevions en moyenne 125 patients atteints du VIH par jour avant que le cyclone ne nous frappe », explique le Dr Antonio Flores, spécialiste MSF des maladies contagieuses.

    « Mais ensuite, le toit du centre a été arraché et les activités ambulatoires ont plus ou moins fermé pendant dix jours. C’est alors que notre équipe d’éducateurs communautaires a commencé à entendre parler de patients, y compris des travailleurs/euses du sexe, qui n’avaient pas pu renouveler leur ordonnance. Cela nous a beaucoup préoccupé parce que certaines travailleurs/euses du sexe prennent ces médicaments en prévention du VIH, et d’autres pour maintenir leur charge virale à un niveau suffisamment faible pour que le VIH ne présente pas de risque pour leur santé et s’assurer de ne pas transmettre le virus à leurs partenaires sexuels », continue le Dr Flores.

    L’impact financier du cyclone risque également d’accroître la propagation du VIH. « À la suite de catastrophes naturelles, les conditions de vie difficiles contraignent souvent la population à chercher de nouvelles solutions, un ultime recours pour tenter de gagner leur vie et survivre », explique le Dr Flores.

    Selon les informations que nous recevons, les relations sexuelles tarifées - ou prostitution de survie - auraient augmenté, notamment chez les personnes n’ayant jamais vendu leur corps auparavant. Nous devons absolument placer le VIH au rang d’urgence prioritaire dans notre réponse post-catastrophe. L’épidémie de VIH était déjà très meurtrière avant l’arrivée du cyclone, donc si nous négligeons cette urgence médicale, les conséquences à long terme risquent d’être catastrophiques.
    Dr Antonio Flores, spécialiste MSF des maladies contagieuses

    MSF à Beira

    Depuis 2014, MSF gère un programme de traitement et de prévention du VIH à Beira. L’équipe propose des services de santé sexuelle et reproductive, notamment des tests de dépistage du VIH et des soins aux groupes vulnérables et stigmatisés, tels que les travailleurs/euses du sexe et les hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes (HSH), dans le cadre du projet « corridor », projet transnational de MSF le long des axes commerciaux entre le Malawi et le Mozambique.

    Plus récemment, depuis 2018, l’équipe travaille dans la salle des urgences de l’Hôpital central de Beira afin de réduire les maladies et la mortalité chez les patients présentant un état avancé du VIH en améliorant le diagnostic, le traitement et la continuité des soins, et en soutenant le laboratoire et la pharmacie de l’hôpital. Alors que la réponse humanitaire d’urgence suite au cyclone est progressivement réduite, cette équipe restera sur place afin de maintenir son soutien au ministère de la Santé avec ce programme de lutte contre le VIH absolument essentiel.