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Le rude combat des familles déplacées pour survivre à l'hiver à Hérat

Campements de fortune des familles qui se sont réfugiées dans la ville d'Hérat, Afghanistan. Décembre 2018. © Adhmadullah Safi/MSF
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L'étendue du conflit et la sécheresse extrême ont contraint plus de 150 000 personnes à fuir leurs villages dans le nord-ouest de l'Afghanistan, et à se réfugier dans la ville d'Hérat. Leur situation reste extrêmement précaire, car elles doivent faire face à des pénuries de nourriture et à un accès limité aux soins. MSF a ouvert une clinique d'hiver afin de fournir une assistance plus que nécessaire à cette population vulnérable.

    La petite Bibi Hawa a quatre ans. Elle souffre d'une pneumonie et de fièvre depuis quatre jours. Son père, Agha Muhammad, est très inquiet. « J'ai amené ma fille ici pour qu'elle puisse être soignée », nous explique-t-il d'une voix calme dans la salle d'attente de la clinique d'hiver de MSF pour personnes déplacées à Hérat. Faire face à l'hiver afghan n'est pas une tâche facile. « Nous vivons en tente alors que la température est très basse dehors. Nous n'avons pas assez de couvertures. Nos enfants ne cessent de tomber malades. »

    Agha Muhammad, soixante ans, vivait avec sa famille à Naqchiristan, petit village de la province de Bâdghîs aux paysages accidentés et battus par les vents, l'une des régions les plus pauvres du nord-ouest de l'Afghanistan. Sa famille fait partie des quelque 30 000 foyers (près de 150 000 personnes) qui ont été contraints de fuir les zones rurales où ils vivaient, à cause d'une longue sécheresse combinée à une insécurité généralisée. En effet, une grande partie de l'Afghanistan reste en état de guerre, et les combats entre forces gouvernementales et groupes armés sont endémiques dans la région. Les quelques trêves ne sont déclarées qu'en cas de fort enneigement. « Une partie de ma famille est encore au village, je suis inquiet parce que je ne sais pas comment ils vont s'en sortir. Il n'y a pas d'eau, nous avons perdu notre bétail et il n'y a pas de travail pour nourrir nos enfants », explique-t-il.

    La plupart de ces familles déplacées se sont réfugiées dans la province d'Hérat. Toutefois, la population locale s'oppose à l'installation de camps organisés, contraignant les personnes déplacées à improviser des campements de fortune, et à dépendre de l'aide humanitaire. Les conditions de vie sont insalubres et particulièrement inadaptées en matière de logement, d'approvisionnement en eau et d'assainissement. Le manque de nourriture est un autre problème, qui affecte particulièrement les enfants et les femmes enceintes ou allaitantes, qui nécessitent des nutriments de bonne qualité pour nourrir leurs bébés.

    Afin de fournir une assistance médicale à ces groupes vulnérables, MSF a établi une clinique en périphérie d'Hérat où le personnel médical propose des soins gratuits : consultations médicales, dépistage, traitement de la malnutrition et vaccination des enfants pour pouvoir affronter la saison la plus froide de l'année.

    Nous avons ouvert cet établissement pour proposer des soins durant les durs mois d'hiver. Nous assurons également un service d'ambulance pour les patients qui doivent être transportés à l'hôpital.
    Abdul Azim Toryalai, assistant du référent médical du projet MSF

    Jamala, quarante ans, a cinq enfants et est enceinte de son sixième. Sa famille est originaire du village de Dara-e-Bam, dans la province de Bâdghîs. Elle s'est rendue dans la clinique de MSF pour recevoir des soins prénatals : les consultations de grossesse sont une intervention standard dans la quasi-totalité du monde, mais pas dans cette région, où le manque d'offre et d'information empêchent un suivi complet des femmes.

    « Nous n'avions d'autre choix que de quitter notre village, parce que notre unique source de revenu était notre terre, et nous avons été fortement touchés par la sécheresse. Nous ne savons pas combien de temps ça va durer », explique Jamala. « Mais depuis notre arrivée à Hérat en août dernier, mon mari ne trouve pas de travail donc nous n'avons pas de revenu. Je ne sais pas où, ni comment je vais accoucher. » 

    La population déplacée à Hérat n'a pas d'argent pour acheter des médicaments ou payer les transports. Cela vient s'ajouter au manque de personnel médical dans la région, et réduit encore leurs possibilités de soins.

    À la clinique d'Hérat, les médecins et infirmiers de MSF effectuent en moyenne cent consultations par jour de femmes enceintes et allaitantes et d'enfants de moins de cinq ans, et vaccinent environ cent personnes par semaine.

    MSF propose également des transports en ambulance et adresse environ 25 cas graves aux structures locales, notamment des patientes en obstétrique. Une majorité des patients souffrent de maladies liées au temps hivernal ou au manque de nourriture. 

    Baloch Khan, trente ans, a l'air plus âgé et plus mûr que son âge. Son histoire ressemble à celle de nombreux autres patients de la clinique de MSF : il a quitté Bâdghîs pour Hérat en juin 2018, et vit maintenant en tente avec sa famille, dans un campement de fortune. Son fils de quatre ans et demi, Asadullah, a de la fièvre depuis plusieurs jours et n’arrive pas à dormir la nuit.

    « Avant, j'étais agriculteur, mais ces deux dernières années, l'insécurité et le manque d'eau nous ont rendu la vie impossible. Nous ne pouvions plus vivre de l'agriculture et de l'élevage, nos deux seules sources de revenu. » Il a quitté ses soucis à Bâdghîs, pour en retrouver d'autres à Hérat. « Mes frères et d'autres membres de ma famille sont restés à Bâdghîs, et je m'inquiète beaucoup pour eux, je ne sais pas à quel point ils souffrent. Mais notre vie ici est également très difficile. Le plus dur, c'est que nous n'avons aucune idée de ce que nous réserve le lendemain. Mes enfants grandissent dans des conditions difficiles, sans pouvoir aller à l'école ni recevoir d'éducation. »

    Bien qu'il y ait un hôpital public dans la ville d'Hérat, celui-ci se trouve à plus de dix kilomètres des campements, et les soins n'y sont pas pleinement gratuits, ce qui les rend difficilement accessibles pour la population déplacée. De plus, beaucoup racontent que même s'ils trouvaient l'argent nécessaire pour se rendre à l'hôpital et payer la consultation, ils en sortiraient avec une prescription pour des médicaments coûteux, largement au-dessus de leurs moyens.

    « Nous dépendons de l'aide que nous recevons des organisations humanitaires », explique Khadija, vingt ans, dont la fille de deux ans, Bibi Aysha, consulte pour diarrhée aiguë. « Je suis inquiète. Ma fille ne cesse de perdre du poids depuis que nous vivons ici. » 

    100 000 autres personnes déplacées restent toujours dans la province de Bâdghîs, et risquent de rejoindre eux aussi les campements d'Hérat, à moins que la situation ne change dans ces zones rurales.