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Syrie

Dans la poussière et le désespoir, les déplacés de Syrie attendent

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Depuis sept ans, le nombre de tentes plantées dans le gouvernorat d’Idlib ne cesse d’augmenter, au gré de l’arrivée de milliers de Syriens qui fuient les combats dans le pays.

    «C’est la quatrième fois qu’on se déplace», indique Suleiman, originaire des zones rurales de la province voisine de Hama. Avec sa femme et ses quatre enfants, ils ont fui plusieurs fois les affrontements pour finalement échouer dans une des nombreuses tentes blanches, qui leur sert de refuge depuis quatre mois. «Quand nous sommes arrivés, quelques ONG nous sont venues en aide, mais depuis trois mois, il n’y a plus rien.»

    Plus de la moitié de la population d’Idlib est constituée de personnes déplacées, dans une région qui compte près de deux millions d’habitants. L’arrivée de quelque 80 000 personnes supplémentaires ces deux derniers mois, en provenance de la Ghouta orientale, de la banlieue sud de Damas et du nord de Homs, met à rude épreuve la capacité des populations locales et des organisations humanitaires à répondre à leur besoins.

    Si certaines familles ont réussi à louer des logements dans la région, dans lesquelles elles vivent souvent entassées, bon nombre de personnes déplacées vivent dans des camps et certaines font face à un manque d’accès aux services essentiels. «Nous sommes 135 familles dans ce camp, précise Abu Ahmad, qui vit dans un champ à proximité de la ville d’Atmeh, et il y a seulement six ou sept toilettes pour nous tous. Il faut parfois attendre une heure et demie pour les utiliser, et elles ne sont pas propres.»

    MSF a intensifié sa réponse sur le terrain pour apporter des soins de santé aux populations isolées de la région. «Nous avons déployé trois nouvelles cliniques mobiles d’urgence, qui viennent s’ajouter aux deux déjà opérationnelles dans ces camps», détaille Hassan Boucenine, chef de mission MSF pour le nord-ouest de la Syrie. «Ces personnes vivent entassées dans des camps surpeuplés, et certains sont ici depuis des années. Nous faisons de notre mieux pour porter une assistance aux populations dans des endroits où il est difficile de pouvoir consulter un docteur et dans lesquels les soins de santé privés sont souvent inaccessibles financièrement».

    MSF gère également deux hôpitaux dans cette région du nord-ouest de la Syrie, deux cliniques destinées à la prise en charge des maladies chroniques, soutient 14 autres hôpitaux et structures de santé, et dirige ou supporte quatre équipes dédiées à la vaccination.

    En tant que docteurs, nous avons le devoir de rester ici et d’aider toutes ces personnes affectées par le déplacement.

    «En tant que docteurs, nous avons le devoir de rester ici et d’aider toutes ces personnes affectées par le déplacement», déclare le Dr Mohammed Yacoub, chef d’équipe de l’une des cliniques mobiles. «Au début, notre travail consistait à faire des consultations de routine pour la bronchite, les infections de la gorge ou les diarrhées, mais depuis l’arrivée de nouvelles personnes déplacées, des maladies infectieuses se sont propagées parmi les populations, notamment à cause du surpeuplement».

    Une destination risquée

    Depuis un an, de nombreuses enclaves tenues par l’opposition ont été partiellement évacuées suite à des négociations mettant fin aux combats avec le gouvernement syrien. Bien que chacun de ces accords soit différent, ceux-ci ont entraîné le départ de nombreux civils, forcés de partir de chez eux et de rejoindre de nouvelles zones, dans les mêmes convois et par les mêmes routes que les combattants.

    Ces populations, de même que celles qui ont fui les zones du sud du gouvernorat d’Idlib, constituent les arrivées les plus récentes dans une région où les gens se réfugient depuis des années. «Des avions sont venus, ont bombardé notre village et j’ai perdu mon bras», explique Safwan. «Le régime l’a de nouveau bombardé, donc nous nous sommes déplacés pour venir ici, dans les montagnes. Une ONG nous a donné des tentes et nous vivons dedans depuis bientôt quatre ans».

    Mais le gouvernorat d’Idlib n’est pas un lieu sûr pour autant. Les affrontements continuent entre la coalition menée par le gouvernement et des groupes armés aux abords de cette zone. Les bombardements et les raids aériens de la coalition menée par le gouvernement syrien se poursuivent, parfois bien au-delà des territoires que le gouvernement contrôle. Les relations houleuses entre les différents groupes armés présents dans le gouvernorat d'Idlib pourraient également être à l’origine de vagues d’assassinats ces derniers mois. La fuite et le déplacement de ces populations ne marquent donc pas la fin de leur souffrance : aux conditions de vies difficiles dans la région viennent s’ajouter des conditions sécuritaires précaires.

    S’enfuir sous les bombardements

    Yasir s’est échappé de Hama avec sa femme, ses 12 enfants, sa belle-fille et son petit-fils. «Nous avons attendu la nuit pour partir, nous étions bombardés. J’avais placé toutes les provisions et les vêtements pour mes enfants dans la voiture, mais tout nous a été volé. Nous n’avions plus rien, nous avons dû prendre nos enfants et fuir.»

    Comme beaucoup de gens, il est arrivé dans le camp sans aucun bien ni effet personnel : «J’avais uniquement le t-shirt que je porte actuellement.» Yasir et sa famille vivent désormais dans des tentes qui les exposent au froid de l’hiver et à la chaleur étouffante de l’été. En raison du manque d’eau et d'assainissement dans le camp, des égouts à ciel ouvert courent le long des rues et les résidents se plaignent des quantités d’insectes qui grouillent dans leurs tentes.

    «Nous nous sommes enfuis sous des bombardements intenses, et nous avons marché toute la nuit», témoigne quant à elle Fawzia. «Pas de nourriture, pas d’eau, rien», lance-t-elle pour décrire la situation lors de son arrivée, qui ne semble pas s’être améliorée depuis : «Nous n’avons que cette tente. Une nuit, je n’arrivais pas à respirer et j’ai passé deux heures dehors à essayer de reprendre mon souffle, comme si je suffoquais. Nous sommes 14 dans une seule tente.»

    Les mères de famille décrivent un combat quotidien pour trouver de quoi nourrir leurs enfants. Durant les premiers mois de 2018, 4 % des enfants de moins de cinq ans reçus en consultation lors des cliniques mobiles de MSF présentaient un état de malnutrition modérée. Un chiffre relativement faible, mais qui persiste. «Je me suis rendue dans une clinique privée pour demander du lait, mais ils n’ont pas voulu m’en donner. Nous ne pouvions rien acheter», poursuit Fawzia.

    Offrir des soins aux populations isolées

    Pour installer la clinique mobile de MSF, trois camions se sont rassemblés en cercle, créant ainsi un espace qui, recouvert d’une bâche, va permettre aux équipes de commencer à travailler. Un travailleur MSF enregistre les informations des personnes qui se présentent en consultation avant qu’ils ne rencontrent une infirmière. Un docteur reçoit des patients dans une salle installée dans l’un des camions, une sage-femme pratique des consultations de soins anténatals et postnatals, des infirmières réalisent des vaccinations, tandis qu’un pharmacien délivre les médicaments prescrits.

    Nous voyons également de nombreuses maladies de peau à causes des conditions d’hygiène dans lesquelles ils vivent, et des cas de diarrhées en raison du manque d'assainissement.

    «Comme ces populations vivent dans des conditions précaires, et sont notamment exposées aux intempéries, les infections respiratoires sont les maladies que nous traitons le plus fréquemment dans la clinique mobile à cette saison», détaille le Dr Sonja Van Osch, coordinatrice médicale MSF. «Nous voyons également de nombreuses maladies de peau à causes des conditions d’hygiène dans lesquelles ils vivent, et des cas de diarrhées en raison du manque d'assainissement».

    Les maladies non transmissibles, comme le diabète et l’hypertension, occupent également une part importante du travail de cette clinique mobile : elles nécessitent un suivi et un traitement sur le long terme, difficilement accessibles pour les personnes déplacées.

    De tels services, gratuits, sont d’autant plus importants alors que les personnes vivant dans cette zone, que cela soit les nouveaux arrivants ou les résidents, éprouvent des difficultés à accéder aux services de santé à cause du manque de médecins, les prix élevés et le manque de soins de qualité.

    De nombreuses organisations travaillent à améliorer les conditions de vies des déplacées à Idlib. Pourtant les besoins de ces populations ne sont pas correctement couverts et MSF tente de remédier à cela en organisant ces cliniques mobiles, malgré l’insécurité ambiante.

    «Il arrive que nos voitures et nos équipes soient exposées à des problèmes de sécurité, et quelquefois il y a des explosions», indique le Dr Yacoub. Malgré ces difficultés, il est fier de contribuer à l’assistance amenée aux déplacés et reconnait l’importance des services de la clinique mobile : «Nous offrons quelque chose à des gens malheureux et isolés.»

    MSF en Syrie

    Dans le nord-ouest de la Syrie, MSF gère directement deux hôpitaux et soutient 14 autres hôpitaux et centres de santé. Les équipes de l’association sont également présentes sur le terrain avec cinq cliniques mobiles, deux cliniques dédiées aux maladies non transmissibles et quatre équipes de vaccination. MSF procure aussi un soutien à distance à près de 25 structures de santé à travers le pays, dans des zones où ses équipes ne peuvent être présentes de manière permanente.

    MSF ne peut travailler dans les zones contrôlées par le gouvernement syrien car les demandes de MSF pour pouvoir y accéder n’ont pas donné de résultats. Afin d’assurer son indépendance face à toute pression politique, MSF ne reçoit aucun financement gouvernemental pour son travail en Syrie.