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Libéria

Coronavirus et santé mentale : « Le virus a renforcé la vulnérabilité de nos patients »

Un travailleur psychosocial de MSF parle de l'épilepsie aux étudiants. Les enfants épileptiques sont parfois exclus de l'école en raison de la stigmatisation sociale. Libéria. Février 2020. © Armelle Loiseau/MSF
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Au Libéria, la pandémie de Covid-19 a accentué l’isolement social et réduit l’accès aux soins de centaines de personnes vivant avec des troubles mentaux ou épileptiques dans la capitale, Monrovia, où MSF intervient.

    Plus de 1 400 personnes vivant avec des troubles mentaux ou épileptiques sont accompagnées par les équipes de MSF, qui travaillent en collaboration avec cinq établissements de santé de Monrovia. Des travailleurs sociaux et des bénévoles sensibilisent notamment les familles et les communautés aux troubles mentaux afin qu’elles puissent prendre soin des malades.

    Ces activités ont été interrompues en mars 2020 avec l’apparition du Covid-19 au Libéria. « Nous avons dû travailler différemment pour protéger le personnel et les patients à cause du virus, explique Justine Hallard, coordinatrice du projet MSF de santé mentale à Monrovia. Au lieu de voir les patients à domicile ou dans les centres de santé, nous avons fait des téléconsultations et distribué des médicaments en extérieur, tous les mois. »

    Beaucoup trop de personnes ont interrompu leur traitement et ont rechuté alors que nous ne pouvions pas leur rendre visite.
    Emmanuel Ballah, référent en santé mentale chez MSF

    Le pic de cas positifs au Covid-19 a été atteint en juin, tandis que les tests n’étaient disponibles qu’en quantité limitée. Après un confinement dans tout le pays, le gouvernement libérien a décidé de lever les restrictions, et les établissements de santé soutenus par MSF ont pu reprendre leurs activités en juillet.

    140 nouveaux patients ont ainsi pu bénéficier d’un traitement et 30 autres ont été suivis à domicile par les équipes MSF parce qu’ils présentaient des troubles sévères les empêchant de se déplacer.

    Interruption de traitement

    « Beaucoup trop de personnes ont interrompu leur traitement et ont rechuté alors que nous ne pouvions pas leur rendre visite, raconte Emmanuel Ballah, référent en santé mentale chez MSF. Nombre d’entre elles ont quitté rapidement Monrovia par peur du coronavirus et ne pouvaient pas revenir à cause des restrictions de mouvements. D’autres n’avaient pas de téléphone portable pour qu’on puisse les joindre et ne pouvaient pas récupérer leurs médicaments lors des distributions mensuelles. »MSF, don, médecins sans frontières, santé, maladie

    Les personnes atteintes de maladies telles que l'épilepsie, la dépression ou la schizophrénie courent un plus grand risque lorsque leur traitement est interrompu. Dans les pays à faible revenu, comme le Libéria, trois personnes atteintes d’un trouble mental ou neurologique sur quatre ne reçoivent pas de traitement médical, selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

    L’absence de traitement conduit souvent à des symptômes incontrôlés, un plus grand isolement social et peut mener à l’exclusion de l’école ou du travail.

    Au Libéria, les médicaments appropriés ne sont pas souvent disponibles, y compris dans le seul hôpital psychiatrique du pays. Cette pénurie a été amplifiée par la pandémie de Covid-19, qui a affecté les services médicaux libériens et l’ensemble de l’économie. 

    Augmentation des décès

    « Le coronavirus a renforcé la vulnérabilité de nos patients, continue Justine Hallard. Les familles ont encore plus de mal à prendre en charge les malades à domicile. On a constaté 22 décès de patients au cours des neuf premiers mois de 2020, contre 17 sur l’ensemble de l’année dernière. Cela peut être lié à leurs conditions médicales ou à des négligences de la part de leur entourage. »

    L'une des principales causes de décès chez les patients épileptiques au Libéria est la noyade. Elle est souvent causée par des crises incontrôlées lors d'un bain ou en allant chercher de l’eau à la rivière.

    Des soins inadéquats de la part de la famille, notamment lorsque les symptômes sont plus accrus, sont une autre source de souffrance pour les patients.

    [Suite à des crises d'épilepsie], nous avons souvent besoin de plusieurs semaines pour ajuster le traitement.
    Marieke van Nuenen, responsable des activités de santé mentale

    « Nous avons récemment vu un garçon de 11 ans qui souffrait de crises d'épilepsie incontrôlées, raconte Marieke van Nuenen. Le garçon avait cessé de venir à la clinique en juin. Sa famille est très pauvre, ils vivent dans une usine abandonnée dans une zone rurale. Alors que nous parlions à sa famille, il a eu plusieurs crises d'épilepsie et semblait très angoissé. Il ne pouvait pas marcher, souffrait de malnutrition et a dû être hospitalisé. »

    Son état s'est amélioré après avoir été admis dans le service pédiatrique de l'hôpital de Bardnesville Junction, situé à Monrovia. Ses crises se poursuivent et l’équipe MSF le suit à domicile.

    « Nous avons souvent besoin de plusieurs semaines pour ajuster le traitement, poursuit Marieke van Nuenen. Nous l’avons augmenté sur les conseils de notre pédiatre et le garçon va mieux, il a moins de crises et sa famille est heureuse de voir que les médicaments fonctionnent. »

    Le soutien des familles et des communautés dans la prise en charge des personnes atteintes de troubles mentaux et neurologiques, ainsi que le suivi des patients qui ont interrompu leur traitement, restent une priorité pour l’équipe MSF au Libéria.
     

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