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Des milliers de personnes en quête de sécurité continuent de risquer leur vie pour atteindre l'Europe. Grèce, mai 2018. © Robin Hammond/Witness Change

Grèce

Confinement, violence et chaos

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Comment le camp de réfugiés de Moria traumatise hommes, femmes et enfants à Lesbos.

    Avec une population de migrants et de réfugiés en constante augmentation sur l’île de Lesbos, en Grèce, la situation dans le camp de réfugiés de Moria continue de plonger dans le chaos, avec des émeutes et des affrontements réguliers, des actes de violence sexuelle, et la dégradation de l’état de santé mentale des milliers de personnes coincées dans le camp.

    À Moria, il y a actuellement plus de 8 000 personnes entassées dans un espace conçu pour 3 000. En conséquence, les conditions sont si mauvaises que la santé physique et mentale des personnes sont gravement menacées. Ces derniers mois, MSF a été témoin de l’escalade de la violence, chaque jour, à Moria, et a soigné des cas de violences sexuelles pour des agressions ayant eu lieu dans et autour du camp.

    Une grande partie de cette tension est causée par la surpopulation et le manque de conditions de vies humaines et décentes. Dans la zone principale du camp de Moria et d’Olive Grove, il y a en moyenne une latrine fonctionnelle pour 72 personnes et une douche pour 84 personnes. C’est largement en-dessous des standards humanitaires recommandés lors de situations d’urgence.

    MSF craint que l’insécurité, l’incertitude et les conditions de vie inhumaines dans lesquelles vivent ces personnes pendant des mois ou des années, ne portent gravement atteinte à la santé mentale des habitants. La clinique MSF spécialisée en santé mentale à Mytilène accepte uniquement les cas psychologiques sévères et ne peut accueillir davantage de patient.

    «L’une des raisons pour lesquelles la santé mentale des personnes se détériore si drastiquement ici, à Lesbos, est le fait qu’elles ont vécu des expériences traumatisantes auparavant et qu’elle espéraient retrouver espoir et dignité en arrivant en Europe. Mais elles ne trouvent que le contraire : davantage de violence et des conditions inhumaines», déplore Giovanna Bonvini, en charge des activités de santé mentale dans la clinique de Mytilène. 

    «L'autre jour, un jeune homme victime de violences sexuelles a été amené par un ami à la clinique en pleine crise psychotique. Il avait des troubles de stress post-traumatique, souffrait d’hallucinations et de flashbacks, et ne pouvait pas s’arrêter de pleurer pendant la session qui a duré deux heures», explique Giovanna Bonvini.

    Il ne pourra pas faire plus de progrès, tant qu’il vivra à Moria : il sera bloqué dans un cycle de désespoir et de détresse.

    «Il a peur de l’obscurité et est constamment terrifié à l’idée d’être attaqué à Moria. L’équipe a commencé à lui prodiguer un traitement et il reçoit des sessions psychologiques intensives. Il est maintenant stable. Mais il ne pourra pas faire plus de progrès, tant qu’il vivra à Moria : il sera bloqué dans un cycle de désespoir et de détresse».

    Actuellement, MSF reçoit chaque semaine entre 15 à 18 patients référés par d’autres organisations non gouvernementales pour des problèmes aigus de santé mentale, dont des enfants. Mais il s’agit juste de la partie émergée de l’iceberg ; il y a beaucoup de personnes qui souffrent de graves troubles mentaux que nous n'avons pas la capacité de soigner. Cela s’explique par le fait que MSF est la seule à dispenser des soins spécialisés pour cette population nombreuse.

    «La majorité de ces personnes sont de nouveaux arrivants souffrant de symptômes psychotiques dont des hallucinations, ils sont agités, confus, désorientés et ont de fortes tendances suicidaires ou ont déjà tenté de le faire», explique le Dr Alessandro Barberio, psychiatre MSF à la clinique de Mytilène.

    «Ces quatre dernières semaines, nous recevons un nombre croissant de mineurs souffrant de crises de panique intenses, d’idées suicidaires ou ayant tenté de mettre fin à leurs jours», poursuit le Dr Barberio. «Les conditions de vie déplorables et la violence quotidienne dans le camp de Moria ont un impact sérieusement préjudiciable sur la santé mentale de nos patients et provoquent chez beaucoup d’entre eux d’importants problèmes mentaux.»

    MSF appelle à évacuer les personnes vulnérables de Moria vers des structures où la sécurité est assurée et continue à demander la décongestion du camp. Nous insistons de nouveau sur le fait qu’il est impératif de mettre fin aux politiques de confinement et appelons l’UE et les autorités locales à améliorer l’accès aux soins de santé et la sécurité dans le camp.

    Ce que les équipes observent montre que la politique de dissuasion de l’accord entre l’UE et la Turquie n’est pas efficace ; les gens vont continuer de fuir la guerre et la terreur pour survivre. Piéger ces gens dans des conditions épouvantables et dans l’insécurité ne fait que traumatiser encore davantage des populations déjà extrêmement vulnérables.