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MSF, Burkina Faso, santé mentale

Burkina Faso

Les cicatrices invisibles de la violence

L'équipe de santé mentale MSF échange avec une patiente. Burkina Faso. Juin 2020. © MSF
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En deux ans, les attaques répétées des groupes armés dans le nord et l'est du Burkina Faso ont forcé plus d'un million de personnes à fuir leur foyer. En raison d'une intensification des violences, la moitié de ces déplacements de population ont eu lieu depuis le début de l'année. Les équipes MSF accompagnent les victimes et les témoins des affrontements en fournissant notamment des soins de santé mentale.

    Les assassinats, les enlèvements et les pillages sont désormais monnaie courante dans cette région, l'une des plus touchées par le conflit armé qui oppose les forces de sécurité nationales et les différents groupes armés. En juillet, après que des hommes armés ont tué des membres de la communauté de Fondioga, dans l'est du Burkina Faso, ainsi que des habitants des villages alentours, O.K.*, un homme âgé de 45 ans, s'est enfui avec sa famille dans la ville voisine de Matiacoli, à 25 km de là. Il raconte : 

    « Nous avons réalisé que si nous restions, ils tueraient tout le monde. Nous avons donc fui avec nos femmes, nos enfants et nos parents. Nous avons laissé nos biens et nos animaux derrière nous. Nous ne savons pas s'ils seront encore là quand nous rentrerons chez nous. Ici, nous n'avons rien du tout. C'est épuisant, nous sommes inquiets en permanence. »

    Certaines personnes ont du mal à se projeter dans le futur. Certaines veulent même mettre fin à leurs jours.
    Issaka Dahila, psychologue MSF

    * Le prénom a été modifié

    La plupart des déplacés vivent dans des conditions précaires : l'accès à l'eau et à la nourriture sont limités, les abris ne sont pas adaptés et l'offre de soins de santé est très restreinte. Les populations vivent dans la crainte constante de nouvelles attaques. Pendant la saison des pluies, actuellement en cours, les personnes déplacées et les communautés d'accueil sont confrontées à des défis supplémentaires, comme la recrudescence des cas de paludisme et de malnutrition.

    Un autre problème de santé moins visible, mais à l’impact tout aussi dévastateur

    « Les personnes ayant été témoin d'une violente attaque développent souvent un traumatisme. Elles se posent d'abord des questions « Pourquoi est-ce que cela m'arrive à moi ? ». Puis elles se sentent coupables parce qu'elles ont survécu ou parce qu'elles n'ont pas pu sauver les autres. Les gens qui ont été obligés de fuir leur maison souffrent encore plus », explique Issaka Dahila, psychologue MSF.

    Face à la violence et aux déplacements forcés, les gens réagissent et s'adaptent de différentes manières. Certains développent des mécanismes d'adaptation grâce au soutien de la famille ou de la communauté. D'autres répriment leurs émotions et tentent de les contenir.MSF, don, médecins sans frontières, santé, maladie

    « Nous voyons les personnes qui arrivent des jours, des semaines, voire des mois plus tard, avec des sentiments persistants comme la tristesse, la peur, le déni ou la colère. Certains disent qu'ils ne valent rien », explique le psychologue.

    D'autres ont du mal à se projeter dans le futur et veulent même mettre fin à leur vie. Cet été, une jeune mère d'un garçon d'un an s'est suicidée après que des hommes ont attaqué son village et tué son mari. « La décision de mettre fin à sa vie est le résultat d'une souffrance psychologique importante qu'une personne ne peut plus contenir », poursuit Issaka Dahila.

    Bien que de tels cas ne soient pas très fréquents, ils sont révélateurs du traumatisme que vivent les personnes touchées par la violence. La prévalence des troubles mentaux augmente dans les situations de conflit : environ 5 % des personnes développent des troubles mentaux graves et 17 % des troubles légers ou modérés.

    Pour soulager les souffrances des familles déplacées et des communautés d'accueil, fin 2019, MSF a démarré des activités de santé mentale dans la région est du Burkina Faso. Depuis le début de l'année, notre équipe a effectué 432 consultations individuelles.

    MSF, Burkina Faso

    Si certains viennent directement chercher de l'aide, beaucoup se présentent après avoir été orientés par d'autres services médicaux, par la communauté ou après une session de groupes de psychoéducation. « Pendant les premières consultations, les personnes parlent de ce qu’ils observent chez eux : problèmes de sommeil, maux de tête, rythme cardiaque plus élevé, ou le fait de sursauter sans raison apparente. En général, les gens savent mieux identifier les problèmes physiques que les problèmes psychologiques et émotionnels », explique Dahila.

    Selon lui, les enfants ont leur propre façon de réagir à la violence et aux déplacements forcés dont ils ont été victimes. Ils peuvent manifester des signes comme le fait d’uriner pendant leur sommeil à un âge où la propreté était préalablement installée ou de faire des cauchemars. Ils peuvent être dans le déni, ou utiliser des mécanismes de résilience via des jeux pour reproduire l’évènement traumatique.

    L'équipe de santé mentale de MSF offre un certain nombre de services pour identifier la détresse psychologique des personnes touchées par les violences, les conflits ou les changements brusques de vie.

    Ces activités comprennent des sessions individuelles, familiales et de groupe, au cours desquelles les spécialistes en santé mentale se concentrent sur les mécanismes d'adaptation et des outils pour surmonter les périodes difficiles, les traumatismes, qu’elles traversent. Des questions spécifiques telles que la violence sexuelle, les maladies comme le VIH/sida et la malnutrition sont également abordées.

    Pour les personnes qui ont récemment vécu un événement traumatique, les spécialistes de santé mentale MSF proposent ce que l'on appelle les premiers secours psychologiques, une technique conçue pour réduire l'apparition d’éventuels troubles mentaux.

    Si la difficulté d'accès aux services psychologiques dans les zones reculées et peu sûres est déjà un défi, celui-ci est renforcé par la stigmatisation associée aux problèmes de santé mentale au Burkina Faso.

     

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