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Sierra Leone

Première mission avec MSF d'un résident luxembourgeois

L'entrepôt de la pharmacie de l'hôpital MSF de Kenema. Sierra Leone. © Vincenzo Livieri
Témoignages 
Tristan Bierry - Responsable d’entrepôt pour MSF
En novembre 2019, Tristan Bierry est parti en Sierra Leone en tant que Responsable d’entrepôt pour une mission MSF de huit mois. De retour au Luxembourg, il vous partage son expérience.

    Il s’agissait de ta première mission avec MSF, en quoi consistait-elle ?

    Je m’occupais de la gestion de l’entrepôt général à Freetown, la capitale, qui centralise le stock médical et logistique pour les projets MSF en Sierra Leone. Avec mon équipe de six personnes, j’ai d’abord commencé par faire un inventaire complet du stock pour remettre en lien ce que j’avais physiquement dans l’entrepôt et ce qui se trouvait dans mon système de gestion.

    L’écart entre les deux était vraiment énorme à mon arrivée… Il était donc temps de remettre de l’ordre ! J’ai aussi organisé le stock médical, préparé les commandes pour nos projets, organisé le transport des produits médicaux et réceptionné les commandes internationales qui arrivent de MSF Supply à Bruxelles.

    Avant de travailler pour MSF, tu étais responsable logistique et des ventes pour du matériel de construction. Est-ce différent de gérer du stock médical ?

    Il y a effectivement plusieurs particularités à cela.

    Chaque produit médical a un code MSF qui permet de le tracer dans le système de suivi, un numéro de lot et une date d’expiration. Avec les nombreuses urgences que nous avons dû affronter, beaucoup de codes MSF s’étaient mélangés et je devais donc faire appel au pharmacien pour identifier le bon code sur le bon produit… Il m’est d’ailleurs arrivé de rêver à ces codes à force d’être plongé dedans toute la journée ! D’autre part, il faut prendre garde aux dates d’expiration pour chaque médicament, ce qui apporte une complexité supplémentaire.

    Enfin, au niveau logistique, le respect de la chaîne du froid est un point crucial. Pour livrer ce dont avaient besoin les hôpitaux et centres de santé MSF dans le pays (notamment l’hôpital de Kenema), je devais donc préparer les commandes selon des règles précises.

    Qu’as-tu vu des conditions de vie en Sierra-Leone ?

    Même si j’ai passé la plupart de mon temps dans la capitale, j’ai pu voir beaucoup de misère. Dès que vous vous éloignez de Freetown, vous constatez que les gens vivent dans un grand dénuement et j’ai été témoin de la malnutrition qui sévit dans le pays. Cependant, j’ai vécu plusieurs années au Cambodge, et le « choc » que cette pauvreté peut provoquer chez certains, je l’avais déjà éprouvé.

    MSF, don, médecins sans frontières, santé, maladieEn revanche, j’ai découvert l’existence de la fièvre de Lassa, qui est aussi mortelle qu’Ebola. Je ne connaissais pas cette maladie alors qu’elle fait actuellement des ravages dans le pays. À cela s’ajoute la crainte du virus Ebola, qui, si il ne circule plus, reste pour autant une angoisse bien présente dans la population.

    Justement, comment est perçue la pandémie de Covid-19 dans ces conditions ?

    À vrai dire, pour les Sierra léonais, le Covid-19 n’inquiète pas beaucoup. Ils traversent déjà tant de difficultés que ce virus n’est qu’une menace de plus. Il est d’ailleurs difficile de savoir ce qu’il en est vraiment sur la circulation du virus : peu de cas sont recensés, mais c’est d’abord parce que peu de tests sont réalisés… Quoi qu’il en soit, il est important de nous tenir prêts, en prenant toutes les précautions nécessaires, car le système de santé reste très fragile et risquerait d’être mis à mal en cas de flambée épidémique.

    Par rapport au Covid-19, nous avons malgré tout dû faire face à quelques mauvaises rumeurs : lorsque l’épicentre du virus était en Europe, les expatriés ont été perçus comme une menace qui pouvait apporter le virus dans le pays. D’où l’importance d’avoir un vrai dialogue avec toutes les communautés et de dissiper les craintes. Malgré tout, MSF a une très bonne image dans le pays, tout le monde nous connaît. Beaucoup de Sierra léonais que j’ai pu croiser me confiaient d’ailleurs : « c’est grâce à MSF que nous avons pu arrêter l’épidémie d’Ebola en 2015 ».


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