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MSF, Carole Thieron, Ebola, RDC

RD Congo

La lutte contre le virus Ebola continue en Equateur

Un épidémiologiste forme et aide le personnel local du centre de santé Le Temps d’un Soir de Mbandaka à enfiler les équipements de protection donnés par MSF. Equateur. RDC. Octobre 2020. © Caroline Thirion
Témoignages 
Une nouvelle épidémie d’Ebola, la onzième, est en cours en République démocratique du Congo (RDC) dans la province occidentale de l’Equateur : moins létale que la précédente, elle se répand petit à petit dans des zones isolées.

    Quelle réponse apporte-t-on aujourd’hui ? Comment utilise-t-on l’expérience acquise lors de la lutte contre les précédentes épidémies ? Guyguy Manangama, responsable de l’intervention Ebola de MSF, était sur place et nous explique la situation.

    Où en est l’épidémie à virus Ebola qui touche actuellement la province congolaise de l’Equateur ?

    La onzième épidémie a été déclarée le 1er juin 2020. Depuis, 130 personnes sont tombées malades et 55 sont décédées du virus Ebola.

    Les premiers cas sont apparus dans la ville de Mbandaka, chef-lieu de la province de l’Equateur, avant de se déclarer par petites grappes, dans des zones de santé plus périphériques. L’épidémie se poursuit avec peu de cas.

    Si la situation est globalement sous contrôle, l’expérience nous permet de dire que de nouveaux petits foyers peuvent toujours apparaître.MSF, don, médecins sans frontières, santé, maladie

    Parallèlement, nous observons des niveaux de charge virale et de mortalité sensiblement inférieurs à ceux qu’on avait connus au cours de la dixième épidémie dans l’est du pays. La létalité s’élève à 43% alors qu’elle atteignait 67% au Nord-Kivu et en Ituri.

    Cette différence pourrait s'expliquer par l'hypothèse suivante : dans une région qui a déjà connu des épisodes épidémiques, certaines populations pourraient avoir subi des expositions de faible intensité au virus Ebola au cours de leur vie et être d’une certaine façon immunisées.

    Il s’agit là juste d’une hypothèse, fondée sur des observations empiriques qu’il faudra analyser. Il faut noter que nous profitons des importants progrès scientifiques réalisés ces dernières années, tels que le vaccin et les traitements curatifs qui ont fait preuve d’une certaine efficacité dans le cadre des essais cliniques menés pendant la dixième épidémie au Nord-Kivu.

    À propos de cette dernière épidémie, il semble en effet que la situation soit très différente aujourd’hui : quelles sont les grandes différences et qu’est-ce que cela implique pour l’intervention de MSF ?

    La dernière épidémie était atypique pour plusieurs raisons, notamment parce qu’elle affectait des zones en conflit qui n’avaient jamais connu la maladie auparavant.

    L’épidémie en cours est très différente : on n’observe pas de gros foyers urbains, mais plutôt des cas sporadiques et une propagation qui ne se fait pas de façon linéaire, le long des axes routiers, mais souvent par voie fluviale, au gré des mouvements des populations d’un petit village à l’autre.

    Résultat : les patients sont éparpillés sur une vaste région qui touche 12 zones de santé sur les 17 que compte cette province.

    Où en sommes-nous avec les nouveaux outils développés pendant la dernière épidémie, le vaccin, désormais homologué, les nouveaux traitements utilisés à titre compassionnel ou encore les tests cliniques dans l’est du pays ?

    Le vaccin a été déployé dès le début de l'épidémie et cela pourrait avoir joué un rôle important dans la réduction de la propagation du virus. La vaccination des personnes qui ont été en contact direct ou indirect avec les malades est privilégiée.

    Mais dans des milieux ruraux et peu peuplés, il est souvent plus pratique et efficace de vacciner la communauté entière d’un village, résultant de facto à un niveau de protection plus élargi. Malgré quelques retards, les nouveaux traitements ont également été utilisés dans les centres de traitement.

    Ces outils permettent de changer radicalement d’approche :  limiter la circulation du virus Ebola reste un objectif très important, mais désormais les efforts se concentrent de plus en plus sur les soins à fournir aux patients et leur guérison.

    Auparavant, on ne pouvait pas faire beaucoup plus qu’isoler les malades et leur administrer des traitements symptomatiques - par exemple pour la fièvre ou la déshydratation. Aujourd'hui, pouvoir s’investir davantage dans les soins curatifs permet de recentrer la prise en charge sur le patient et la qualité des soins.

    Une autre avancée concerne l’utilisation de la prophylaxie post-exposition, c’est-à-dire l’administration d’anticorps monoclonaux aux personnes ayant une probabilité élevée de développer la maladie - ayant été exposées au virus par contact avec le sang d’un patient par exemple-, dans les 72 heures après l’exposition.

    L’un des principaux défis rencontrés dans le Nord Kivu et en Ituri était la réaction de la population à l’arrivée des équipes médicales. Comment se passe la collaboration avec la communauté locale dans la province de l’Equateur ?

    Dans le nord-est de la RDC, on travaillait dans un contexte instable où un conflit très violent entraînait des tensions politiques sur de longues périodes. En Equateur, l’environnement est beaucoup plus calme.

    L’apaisement de la relation entre le personnel soignant et la population locale peut aussi être attribué à l’évolution des modalités d’intervention : une prise en charge décentralisée et fondée sur des microstructures dans les structures de santé existantes, à proximité des patients et des communautés.

    En comptant sur le personnel soignant déjà sur place et en limitant le recours aux structures centralisées et au personnel détaché, nous avons limité au maximum le recours à un système de santé « parallèle ».

    Cette approche, que nous avons promue dès 2019, alors que nous faisions toujours face au virus Ebola dans l’est du pays, est  désormais adoptée par tous les acteurs de la réponse médicale, ainsi que par le ministère de la Santé. Elle présente de nombreux avantages.

    Les gros centres de traitements ne sont pas vraiment appréciés par les populations, ni acceptés par les malades et leurs accompagnants : hermétiques, opaques… on s’en méfie. L’incompréhension, voire l’hostilité, qu’ils ont suscitées en 2018 et 2019 ont donné lieu à de nombreuses réactions, parfois très violentes.

    En ayant la possibilité d’être soignés près de chez eux, dans des structures connues et accessibles aux familles, les patients acceptent plus facilement de se présenter en cas de symptômes. S’ils sont effectivement infectés par le virus Ebola, ils augmentent ainsi leur chance de guérison grâce à une prise en charge précoce.

    Lors des déploiements de nos équipes mobiles, nous avons également pris en compte les besoins de santé de la population au-delà d’Ebola, ce qui a largement contribué à l’acceptation des équipes par les communautés.

    Le « virus létal » commence enfin à ressembler à une maladie certes très grave, mais traitable - et même évitable dans une certaine mesure grâce à  la vaccination.