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Shatila ist ein nur 4 Kilometer von  der Innenstadt Beirut (Lebanon) entferntes Flüchtlingslager. © Elisa Fourt/MSF

Liban

«Les réfugiés dépendent principalement de l’aide humanitaire»

Témoignages 
Wilma van den Boogaard - Coordinatrice médicale MSF
Wilma van den Boogaard, membre de l’équipe LuxOR à Luxembourg, s’est rendue en tant que coordinatrice médicale au Liban pour une période de deux ans. Après près de huit mois sur place, elle fait le point sur son expérience.

    Quelle est la situation au Liban?

    Le Liban, c’est un contexte et une histoire de cohabitation. Une cohabitation entre différentes communautés, différentes religions, entre réfugiés et locaux, qui semblent vivre en harmonie sous les regards des nombreux touristes. En réalité, lorsque l’on s’attarde un peu sur les relations entre ces différents groupes, des tensions sont palpables.

    Ces tensions s’expliquent dans un premier temps par la diversité au sein des communautés libanaises (Chrétiennes, Sunnites, Chiites, Druze, ...) qui coexistent les unes à côté des autres. S’ajoute à cela le fait que le Liban compte plus de 1,5 million de réfugiés pour environ 6 millions d’habitants. Une grande partie est composée de Syriens, mais aussi de Palestiniens, pour certains, réfugiés depuis les années 50.

    Avec une telle diversité et un tel accroissement de population, les tensions sont compréhensibles, mais pas toujours faciles à gérer, car elles sont aussi présentes au sein des équipes MSF, souvent très hétérogènes.

    Quels sont les besoins et comment MSF y répond ?

    La connaissance du contexte et de la situation au Liban nous amène rapidement aux besoins les plus manifestes : ceux des réfugiés, qui dépendent principalement de l’aide humanitaire, car ils n’ont que très peu de droits sur le territoire libanais. Les besoins en soins de santé sont donc nombreux et MSF y répond à travers des activités en soins de santé primaires, de soins en santé mentale, de santé reproductive, par le traitement des maladies chroniques ou encore avec un nouveau volet de soins à domicile pour les 10% de personnes qui en sont atteintes et qui ne peuvent plus se déplacer dans les cliniques et centres de santé MSF.

    Les activités de MSF que je supervise se situent au nord du Liban, dans les gouvernorats d’Akkar et dans la vallée de la Bekaa où l’organisation va ouvrir un hôpital spécialisé en chirurgie générale, à Beyrouth dans le camp de Chatila où MSF gère un centre de soins primaires et un centre de santé maternelle et dans le camp de Burj El-Barajneh où MSF a lancé le programme de soins à domicile pour les personnes atteintes de maladies chroniques, ainsi qu’à Saïda dans le camp d’Ein-el-Hihweh où une équipe continue d’offrir des soins à domicile et propose un renforcement des capacités pour le personnel paramédical de la région pour la prise en charge des cas urgents dus aux violences.

    Quel est ton rôle sur place ?

    Je suis coordinatrice médicale pour MSF au Liban, c’est-à-dire que je suis co-responsable de la stratégie médicale de MSF dans le pays. Je passe beaucoup de temps à questionner les équipes médicales sur la qualité de notre réponse afin d’avoir l’avis de ceux qui travaillent au quotidien dans nos différents projets. Le Liban est un pays très (voire trop !) médicalisé, mon rôle est donc d’encourager un changement de perception au sein de nos équipes, nos partenaires et la population en général. Par exemple, au Liban, la césarienne est devenue systématique lors d’un accouchement, il est important pour la santé des patientes que les équipes MSF, en partenariat avec le ministère de la Santé, les hôpitaux, les médecins et la population, s’émancipe de ces habitudes et revienne vers une prise en charge plus simple, tout aussi efficace.

    Une autre partie de ma fonction consiste à représenter MSF auprès de nos partenaires nationaux pour tout ce qui concerne les activités médicales. Je participe donc, en lien avec le chef de mission, aux discussions avec le ministère de la Santé et autres partenaires au Liban sur les objectifs et les accords à conclure.

    Enfin, je suis au cœur des discussions médicales lorsque MSF décide de mettre un nouveau projet en place sur le terrain, tel qu’un nouvel hôpital, une nouvelle activité ou un nouveau type de prise en charge. Je pose la question des ressources nécessaires, du matériel, des partenaires, etc.

    Tu travaillais auparavant pour LuxOR, continues-tu tes travaux de recherche sur place ?

    Les activités de LuxOR me tiennent toujours à cœur et j’y investis mon temps libre. Je suis encore active sur plusieurs études notamment celle sur les «Perceptions et croyances sur les problèmes et les services de santé mentale parmi les réfugiés syriens et la population d'accueil à Wadi Khaled, dans le nord du Liban» que l’une de nos psychologues a  pu présenter à la MEMA (Middle East Medical Assembly) conférence à Beyrouth, le 19 avril 2018. Notre épidémiologiste a aussi présenté une étude sur «L’évaluation sur le terrain du score clinique de Joachim et du test de diagnostic rapide pour la pharyngite bactérienne pédiatrique dans un camp de réfugiés à Beyrouth au Liban» lors de la Journée de la Recherche Opérationnelle le 1er juin à Bruxelles. Ces deux présentatrices ont suivi une formation sur la façon de mener une recherche au sein des opérations, formation que je coordonne ou que je donne en tant que mentor.

    Je me suis aussi rendue à Johannesburg en mars pour le cours SORT-IT en recherche qualitative. Dans ce cadre, je suis mentor pour l’étude suivante : «Quel est l’effet médical et psycho-social des soins à domicile pour les patients atteints de maladies chroniques et pour leurs soignants dans deux camps de réfugiés palestiniens au Liban.»

    De nombreux projets de recherche opérationnelle sont donc en cours et j’y participe autant que je le peux !

    Comment vis-tu l’expérience de l’expatriation en famille ? Quels sont les challenges ?

    C’est une expérience très enrichissante, mais bien sûr parsemée de challenges.
    Le plus gros challenge, ce sont mes enfants de 14 et 17 ans… l’adolescence. Un âge déjà bien compliqué, auquel il faut donc ajouter l’adaptation à une nouvelle culture, de nouvelles rencontres, et la distance avec les amis. Même dans le lycée français de Beyrouth les étudiants sont uniquement arabophones et échangent donc en arabe lors des pauses, cela ne facilite vraiment pas leur intégration.

    L’autre challenge est de savoir arrêter de travailler ! Mon mari et moi travaillons tous les deux pour MSF et ceux qui en ont déjà fait l’expérience savent que c’est bien plus qu’un emploi, c’est un engagement. Comme je l’ai mentionné plus tôt, je prends aussi sur mon temps libre pour continuer mes activités et recherches pour LuxOR et, de surcroît, j’ai décidé de prendre des cours d’arabe : cela rempli bien mes journées et ne me laisse pas beaucoup de temps en famille.

    C’est un investissement de 2 ans et un apprentissage extrêmement passionnant qui à mon avis en vaut la peine.

    As-tu une anecdote à partager ?

    Dans le camp de réfugiés palestiniens d'Ain El Helwe, près de la ville de Saïda, nous avons commencé à fournir des soins à domicile aux patients atteints de maladies chroniques qui ne peuvent plus se rendre à la clinique.

    Une femme atteinte de diabète avait une grosse blessure au pied, en raison de son diabète insulinodépendant dérégulé. Elle ne pouvait plus marcher, ne pouvait plus sortir de chez-elle et devenait totalement dépendante de sa famille.

    Notre équipe composée d'un médecin, d'une infirmière et d'une assistante sociale lui a rendu visite, l'a soignée pour sa blessure au pied et a essayé de trouver quelqu'un disposé et capable de lui faire l'injection d'insuline tous les jours à un moment régulier. Comme la famille ne voulait pas le faire, l'assistante sociale est allée voir les voisins, et elle a trouvé une voisine dévouée qui a été formée par l'infirmière sur la façon de faire les injections et par le médecin sur l'importance de ces injections.

    Après 3 mois de soins, la femme pouvait à nouveau marcher et sortir de chez-elle. Il est difficile d'exprimer à quel point la qualité de vie de cette femme s'est améliorée… avec si peu d'aide.