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Irak

«Les conditions de vie des familles dans les camps de réfugiés sont tout simplement intolérables»

Témoignages 
Pierre Braquet - Médecin MSF
Pierre Braquet, médecin d’origine luxembourgeoise, était en mission en Irak durant les 6 derniers mois. Il partage son expérience.

    Quelle est la situation en Irak et dans la région où tu es basé ?

    Dans la région irakienne de l’Anbar, le conflit contre l’État islamique a laissé des traces: des familles décimées, des maisons détruites et des populations déplacées. En 2018 la paix est revenue, les familles commencent à retourner dans leurs communes d’origine, souvent pour y trouver leur maison détruite ou minée. Certaines familles sont accusées de complicité avec les anciens occupants et ne peuvent pas rentrer chez elles. Les services de l’État irakien se remettent en place petit à petit, mais la sécurité, l’éducation et la santé sont encore très basiques.

    Quels sont les besoins et quelle est la réponse de MSF ?

    L’action de MSF est centrée sur les besoins de santé de populations déplacées. Nous essayons au mieux de couvrir les insuffisances temporaires du système de soins. Nos centres dans les camps de déplacés offrent des consultations de médecine générale, des maladies de longue durée, des pansements et des consultations de santé mentale. Nous sommes flexibles pour répondre à de nouveaux besoins, par exemple accompagner les personnes sur leur chemin de retour avec des cliniques mobiles. MSF a aussi mis en place une filière de soins pour les blessés de guerre comprenant rééducation et chirurgie reconstructrice.

    Quel est ton rôle sur place et quels challenges rencontres-tu au quotidien ?

    Mon rôle principal sur place est de former et accompagner les soignants de l’équipe MSF. Les médecins irakiens avec qui nous travaillons sont jeunes et dynamiques, mais leur formation a été raccourcie par la guerre. MSF porte beaucoup d’attention à la qualité des soins qui n’est pas facile dans ce contexte. Le climat désertique, la culture traditionnelle et le manque en médicaments sont des exemples qui empêchent des soins de qualité. Il est par exemple difficile pour un médecin homme d’examiner une femme, même pour une simple auscultation. Et les femmes médecins sont encore rares.

    Qu’est-ce qui te motive au quotidien ?

    La vie des familles dans les camps de déplacés est simplement intolérable. Il n’y a pas de raison valable à ce que ces enfants vivent dans une tente, avoir un accès limité à l’école et à la nourriture. MSF arrive à aider les familles les plus vulnérables dans le domaine de la santé. Ceci contribue à rétablir un brin de justice sociale, perdue depuis longtemps à cause des guerres successives. Les équipes mixtes (internationaux, comme moi, et irakiens) sont un mélange stimulant pour aboutir aux soins les plus utiles pour les patients. L’intégration des forces des uns et des autres est une façon moderne de progresser. L’organisation et les débats internes de MSF favorisent l’innovation, ce qui rend le cadre de travail très positif.

    As-tu une anecdote à partager ?

    Il y en a beaucoup ! En arrivant, mes collègues irakiens étaient très accueillants, hospitalité arabe oblige. À tel point qu’ils m’ont donné un nom de tribu locale ! Selon eux n’avoir qu’un prénom et un nom de famille n’était pas suffisant, pour être complet il fallait absolument appartenir à une tribu aussi. J’ai dû aussi expliquer que les Européens ne pouvaient marier qu’une seule femme en même temps. Au début ils étaient satisfaits de ma réponse, mais peu après ils m’ont dit que je pourrais faire quelques efforts pour m’adapter à la culture.

    Photo principale : Ramadi est la capitale de la province de l'Anbar. On estime que 80% de la ville a été détruite suite aux combats acharnés des dernières années. Décembre 2017. © Florian SERIEX/MSF