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Mauritanie

Traiter les causes, et non pas seulement les symptômes : Prise en charge des patients atteints de maladies non transmissibles en Mauritanie

Recherche opérationnelle 
Anita Williams - Chargée de support et documentation pour LuxOR
Anita Williams, Operational Research Support Officer auprès de MSF, agit en qualité de référent LuxOR pour les maladies non transmissibles (NCD). Anita a récemment rendu visite à l'équipe MSF qui travaille dans le camp de réfugiés de Mbera, à Bassikounou en Mauritanie. Elle a contribué à mettre en place une base de données qui servira pour son prochain projet de recherche opérationnelle, l’objectif de cette base de données étant de recueillir les données thérapeutiques des patients atteints de NCD, comme l’hypertension ou le diabète.

    Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur Bassikounou et sur les projets de MSF dans le pays ?

    Bassikounou est une ville très isolée, qui se situe dans la région du Sahel. Elle se trouve à deux jours de route de la capitale, Nouakchott, et le camp de Mbera est lui à 17 km de Bassikounou. MSF y est présent depuis début 2012 à la suite d’un afflux de réfugiés maliens. Le nombre de réfugiés arrivant en Mauritanie ayant diminué ces derniers mois, MSF se prépare à confier ce projet à d’autres organismes.

    Depuis janvier 2013, MSF gère un bloc opératoire dans le centre de santé de Bassikounou, qui est destiné aux interventions chirurgicales vitales, principalement des suites de complications obstétriques. MSF gère également un centre de santé de 60 lits, doté d’un laboratoire entièrement équipé, pour les 50 000 réfugiés du camp de Mbera. Les équipes géraient également deux postes sanitaires à l’intérieur du camp, mais leur gestion est désormais assurée par le ministère de la Santé.

    C’est au centre de santé du camp de Mbera que MSF traite les patients atteints de NCD. Ce centre est le seul à dispenser des soins spécialisés pour des maladies comme l’hypertension ou le diabète. Certains patients font le trajet depuis Bassikounou pour recevoir leur traitement au centre de santé du camp.

    Pouvez-vous nous en dire plus sur la priorité donnée au traitement des maladies non transmissibles dans le cadre de ce projet ?

    C’est une composante très intéressante du programme, qui a pris forme au sein même du projet. Les médecins et les infirmiers avaient remarqué que les patients se présentaient souvent au centre de santé avec des complications dues à des NCD, comme l’hypertension ou le diabète. La priorité du projet a donc été modifiée pour pouvoir prendre en charge ces patients : au lieu de traiter uniquement les conséquences des NCD, le projet s’est attaqué aux NCD en elles-mêmes.

    L'impact des NCD se fait ressentir sur tous les aspects ayant trait à la santé. Par exemple, si un patient est atteint d’hypertension ou de diabète, ces facteurs doivent être pris en compte en cas d’intervention chirurgicale. Les NCD peuvent aussi avoir un impact sur la santé mentale des patients. MSF avait par exemple précédemment mis en place un programme de soutien psychologique aux patients dans le camp de Mbera.

    Quel est le rôle de la recherche opérationnelle dans ce projet et quel sera le transfert aux autorités de santé locales ?

    LuxOR a été chargé d'évaluer le programme NCD du camp de Mbera et de documenter les NCD au sein de la communauté car les réfugiés délaissent leur mode de vie nomade pour un mode de vie sédentaire à leur arrivée au camp.

    La plupart des réfugiés du camp de Mbera appartiennent au groupe ethnique des Touaregs, un peuple traditionnellement nomade. Ces six dernières années, ils se sont de plus en plus sédentarisés et leurs habitudes de vie et régime alimentaire ont ainsi connu de profondes modifications. Ils n'ont désormais plus besoin de parcourir de longues distances pour avoir accès aux écoles ou aux centres de santé, ou encore pour aller chercher de l’eau et de la nourriture, puisque toutes ces infrastructures sont disponibles dans le camp. Certaines personnes ont toutefois conservé leur troupeau et parcourent toujours de longues distances pour s’en occuper.

    Afin de pouvoir traiter les NCD de manière efficace, les patients doivent régulièrement se rendre à la clinique pour le suivi de leur maladie. Notre projet de recherche a pour objectif d’évaluer l’efficacité de la clinique en analysant les tendances en matière d'hypertension et de glycémie au fil du temps, d'évaluer combien de patients ne reviennent pas en consultation et d’examiner les complications et les effets secondaires rapportés.

    Une fois publiés, à quelles fins ces résultats seront-ils utilisés ?

    Pour le moment, nous avons deux codeurs de données qui transfèrent les données des dossiers papiers des patients vers la base de données électronique. Lorsque ces données seront disponibles en janvier, nous commencerons à les analyser et nous espérons que les résultats seront disponibles aux alentours de mars 2019.

    Ces résultats permettront d’orienter les programmes NCD et de les adapter à d’autres contextes similaires de prise en charge des réfugiés dans le cadre de futurs projets MSF. Nous pourrons aussi utiliser ces résultats afin d’améliorer les initiatives de promotion de la santé ou de formations sanitaires, et les partager avec d’autres acteurs de la santé.

    Quels défis particuliers avez-vous rencontrés lors de cette visite de terrain ?

    Même si plus de 50 000 personnes vivent dans le camp, Mbera donne l’impression d’être extrêmement isolé. Le camp est littéralement en plein milieu du désert et l’accès peut y être difficile. Pour accéder au camp depuis Nouakchott, il a fallu prendre un tout petit avion à hélices puis faire 30 minutes de route en plein désert. C'était la première fois que je visitais un camp de réfugiés et, bien que je sois déjà allée dans des régions reculées, Mbera m’a semblé désert : j’ai vraiment eu l’impression d’être « coupée » du monde, tant d’un point de vue géographique que technologique. Cela m’a permis de me rappeler que l’une des missions de MSF est de dispenser des soins aux habitants de régions isolées, d’aller là où les autres ne vont pas.


    Photo principale : le centre de santé du camp de Mbera, en Mauritanie, où MSF traite les patients atteints de NCD. © Anita Williams / MSF