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Mer Méditerranée

MSF reprend les opérations de recherche et de sauvetage en mer

Dr Joanne Liu, présidente de MSF International, s'exprime lors d'une conférence de presse annonçant la relance des opérations de recherche et de sauvetage en mer Méditerranée en collaboration avec SOS Méditerranée. Paris, juillet 2019. © MSF
Opinions et débats 
Dr Joanne Liu - Présidente internationale de Médecins Sans Frontières
Joanne Liu, présidente de MSF International, a prononcé le discours suivant à Paris, suite à l'annonce de la décision de MSF de retourner en mer pour des opérations de recherche et de sauvetage.

    Depuis le début de l’année plus de 8 000 personnes ont tenté la traversée de la mer Méditerrannée. Pourtant, durant cette période il n’y avait quasiment pas de navires humanitaires en mer. 426 personnes sont déjà mortes.

    Nous retournons en mer, parce que les gens meurent.

    Nous retournons en mer, car il s’agit avant tout d’un acte humanitaire destiné à sauver des vies.

    Nous retournons en mer, alors que les combats font rage à Tripoli et que de plus en plus de migrants et réfugiés perdent la vie en Libye. 

    Cette traversée mortelle de la Méditerranée est pour beaucoup, femmes, hommes, enfants, l’unique échappatoire possible pour fuir les conditions cauchemardesques auxquelles ils sont soumis en Libye : viol, torture et travail forcé.
    Dr Joanne Liu, présidente de MSF International

    La situation ne cesse d’empirer, et les gouvernements européens s’enfoncent dans cette logique meurtrière qui consiste principalement en deux choses : un, que le problème identifié soit de faire disparaître les sauveteurs, et deux, que les solutions envisagées soient la noyade ou le renvoi forcé en Libye des migrants et réfugiés.

    En mer, très peu de navires d’ONG parviennent encore à naviguer en Méditerranée centrale, l’Union européenne a achevé les derniers vestiges des opérations de recherche et de sauvetage.

    Les navires commerciaux sont dans une position intenable, coincés entre leur obligation de sauvetage et le risque d’être immobilisés en mer pendant des semaines, en raison de la fermeture des ports italiens et de la faillite des États membres de l'UE à s'accorder sur un mécanisme de débarquement.

    En 2019, c’est une personne qui meurt pour 10 qui arrivent en Europe via la mer.
    Dr Joanne Liu, présidente de MSF International

    Résultat net, en 2019, c’est une personne qui meurt pour 10 qui arrivent en Europe via la mer. 

    Comme si ce n’était pas suffisant de démanteler les secours, les gouvernements européens sur fonds publics équipent et soutiennent les garde-côtes libyens pour intercepter en mer et ramener en Libye les migrants et réfugiés.

    La France s’est engagée à fournir des navires aux gardes côtes libyens en dépit de rapports accablants sur cette unité, et en sachant pertinemment que cela revient à faciliter les retours forcés vers les centres de détention libyens de ceux qui cherchent à fuir la Libye et ses exactions. 

    Nous retournons en mer parce que les gens meurent.
    Dr Joanne Liu, présidente de MSF International

    Cette traversée mortelle de la Méditerranée est pour beaucoup, femmes, hommes, enfants, l’unique échappatoire possible pour fuir les conditions cauchemardesques auxquelles ils sont soumis en Libye : viol, torture et travail forcé. 

    Nos équipes travaillent en Libye à Tripoli, Zintan, Misrata, Khoms, Zliten et Bani Walid. Elles donnent sans cesse l’alarme sur ce qui attend les migrants et réfugiés interceptés en mer et ramenés en Libye, mais les gouvernements européens continuent d’ignorer ces appels.
     
    En plus, les combats font rage autour de Tripoli, la capitale de la Libye, depuis avril. Les réfugiés et migrants dans les centres de détention sont pris au piège, incapables de fuir, exposés aux tirs et bombardements.

    Le 2 juillet, à Tajoura, près de 60 migrants et réfugiés ont été tués et 70 ont été blessés dans le bombardement, prévisible, du centre de détention.

    Nos équipes travaillaient à Tajoura et étaient sur place quelques heures avant le bombardement. Elles y sont retournées pour aider les blessés ; nos médecins témoignent d’un carnage. 

    En mer, très peu de navires d’ONG parviennent encore à naviguer en Méditerranée centrale, l’Union européenne a achevé les derniers vestiges des opérations de recherche et de sauvetage.
    Dr Joanne Liu, présidente de MSF International

    Rien ou presque n’a été proposé aux survivants de ce bombardement, à part d’être libérés au bout d’une semaine dans Tripoli, une ville en guerre. Malgré l’indignation suscitée par ce massacre - aux niveaux libyen, européen, international - des gens continuent à être ramenés pour être détenus dans ce même centre, exposés aux mêmes risques (environ 200 personnes aujourd’hui), la majorité après avoir été interceptés en mer. 

    Les évacuations humanitaires hors de la Libye ne se font qu’au compte-goutte, presque 1 300 personnes en 2019, tandis que presque trois fois plus, soit 3 686 personnes, ont été interceptées en mer et ramenées en Libye.

    Donc pour chaque personne évacuée, au moins deux personnes sont ramenées en Libye.

    Les combats font rage autour de Tripoli, la capitale de la Libye, depuis avril. Les réfugiés et migrants dans les centres de détention sont pris au piège, incapables de fuir, exposés aux tirs et bombardements.
    Dr Joanne Liu, présidente de MSF International

    Qu’on soit clair, tous ces gens devraient être évacués de Libye.

    Nous faisons face à une guerre d’usure, qui cherche à faire croire au public que la mort et les horreurs vécues par des milliers de personnes en Libye sont le prix acceptable à payer - le prix humain - pour la gestion des frontières de l’Europe et l’organisation des migrations. C’est de la souffrance humaine, organisée à échelle industrielle. 

    Qu’on soit clair, tous ces gens devraient être évacués de Libye.
    Dr Joanne Liu, présidente de MSF International

    Nous, nous avons fait notre choix. Nous sommes déterminés à continuer à porter secours avec Ocean Viking et notre partenaire SOS Méditerranée.

    Nous allons continuer aussi à dénoncer et à témoigner de ce qu’il se passe loin des regards et des conséquences des choix faits par les gouvernements européens au nom du contrôle des migrations. Et nous ne sommes pas les seuls, la société civile se mobilise partout, en France, Allemagne comme en Italie. 

    Merci.