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République centrafricaine

Les flambées de violence privent la population d’accès aux soins médicaux

Communiqués de presse 
En dehors de la capitale Bangui, la République centrafricaine s’enfonce depuis de nombreux mois dans l’instabilité : les niveaux de violence en 2017 ont été équivalents à ceux des mois les plus sanglants du conflit en 2013-2014 et les débuts de 2018 ne laissent aucun répit à la population civile. MSF est un témoin direct des conséquences de ce conflit sur le système de santé déjà fragile du pays.

    Presque toutes les provinces de la République centrafricaine (RCA) sont sous le contrôle d’un ou plusieurs groupes armés qui prolifèrent dans ce petit pays d’Afrique centrale. Selon un rapport publié en 2017 (Splintered Warfare), d'un contexte de quatre à cinq grands groupes armés en 2013, on compte aujourd'hui plus de 14 groupes armés identifiés et une multitude de groupes d'autodéfense nouvellement créés.

    Au cours de l’année qui vient de s’écouler, les populations civiles en RCA ont subi des niveaux de violence comparables à ceux des mois les plus sanglants de la période 2013-2014, lors de la troisième guerre civile centrafricaine, qui avait accéléré l’envoi de casques bleus dans le pays pour mettre fin aux massacres entre les belligérants. Certaines zones sont devenues complètement inaccessibles aux travailleurs humanitaires, en raison des risques démesurés de sécurité que prendraient ces derniers s’ils essayaient de les atteindre.

    Cliquez sur le lien suivant pour voir une carte et une chronologie interactives des principaux incidents survenus en 2017 en République centrafricaine.

    C’est la population civile qui paye le plus lourd tribut de ce conflit. Dans ce pays de 4,5 millions d’habitants, une personne sur cinq a été contrainte de quitter son foyer en raison des violences depuis le début de la crise en 2013 : 688 000 personnes sont déplacées dans le pays et 540 000 sont désormais réfugiées dans les pays voisins. Soit plus de 1,2 millions d’hommes, de femmes et d’enfants contraints de vivre loin de chez eux. 

    On constate une augmentation sans cesse croissante des besoins humanitaires, tels que l’accès à la nourriture, l’eau, le besoin d’abris et d’éducation. Des milliers de personnes sont privées d’accès aux soins médicaux, dont beaucoup risquent de mourir de maladies évitables telles que le paludisme, la diarrhée et les infections respiratoires, les trois principales causes de décès d’enfants de moins de cinq ans dans le pays. La couverture vaccinale des enfants a diminué de 66% à 55% d’enfants vaccinés en l’espace de deux ans; la distribution des médicaments antirétroviraux est passée de 74% à 20% pour les séropositifs ; et le diagnostic de la tuberculose est tombé de 60% à 26%. Ces conditions ont placé la population dans une situation d’extrême vulnérabilité. 

    Avec quinze projets répartis dans toutes les zones de conflits, MSF est un témoin direct de l'inquiétante évolution de la RCA. Ce pays est devenu l’un des plus dangereux pour les travailleurs humanitaires : 15 d’entre-eux y ont été tués en 2017. Le nombre croissant d'attaques contre les structures médicales, les ambulances, le personnel médical et les patients sont particulièrement préoccupants.

    En 2017, MSF a enregistré une quarantaine d’incidents de sécurité, notamment des agressions physiques sur le personnel soignant et les patients, des vols à main armée et des meurtres au sein de nos structures de santé. MSF a été victime de trois attaques par mois en moyenne, perpétrées contre ses structures médicales, ses véhicules et son personnel. C'est une situation extrême, même pour une zone de conflit. Dans certains endroits, les équipes sont forcées d'arrêter leurs activités, laissant la population sans soins médicaux.

    « Au cours de l’année écoulée, nous avons pris en charge des patients qui s’étaient fait tirer dessus, poignarder, battre, brûler vifs dans leurs maisons ou violer », explique Frédéric Lai Manantsoa, chef de mission pour MSF en RCA.

    Le système de santé est presque entièrement à l’arrêt et les attaques permanentes contre les structures de santé, les patients et les ambulances aggravent la situation encore davantage.

    Les attaques perpétrées en 2017 dénotent un mépris total des principes humanitaires et empêchent MSF de protéger correctement ses patients et son personnel. Les signes ne sont pas encourageants pour l’année qui vient de débuter. Si rien n’est entrepris pour apaiser les violences, 2018 ne sera d’aucun répit pour les populations qui ne disposent d’aucun endroit sûr où se réfugier. « Le système de santé est presque entièrement à l’arrêt et les attaques permanentes contre les structures de santé, les patients et les ambulances aggravent la situation encore davantage », conclut Frédéric Lai Manantsoa.