
La pénurie organisée d'huile de moteur à Gaza : une arme israélienne pour empêcher ambulances et hôpitaux de fonctionner
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- Pour entraver le fonctionnement des générateurs dans les hôpitaux, mais aussi celui des ambulances, des pompes à eau et des camions-citernes, les autorités israéliennes bloquent l’entrée d’un bien en apparence anodin, mais dont le manque crée un effet dévastateur.
- A Gaza, il devient presque impossible, mais aussi extrêmement coûteux, de trouver de l’huile de moteur. L’enclave risque la paralysie, et des milliers de personnes pourraient mourir si les autorités israéliennes ne lèvent pas leurs restrictions sur l’huile de moteur.
- MSF appelle Israël à mettre immédiatement fin à son blocus et à autoriser l’entrée durable et sans entrave de tous les approvisionnements médicaux, humanitaires et commerciaux nécessaires pour répondre aux immenses besoins de la population.
À Gaza, les hôpitaux dépendent désormais presque entièrement de générateurs, l’approvisionnement en électricité ayant été presque totalement coupé par les autorités israéliennes, tandis qu‘une grande partie des infrastructures électriques ont été bombardées. Or sans huile moteur ni pièces de rechange, les générateurs tombent en panne.
Lorsque les générateurs tombent en panne, les hôpitaux sont privés d’électricité et cela met les patients en danger », explique Ola Bardawil, coordinatrice adjointe de MSF. « Les premières victimes sont les nouveau-nés en couveuse, les personnes qui sont oxygénées, ou celles qui ont besoin d’une intervention chirurgicale vitale. »
Si les générateurs cessent de fonctionner, il n’existe pas de systèmes solaires ou de source d’énergie alternative. L’entrée de nouveaux générateurs ou de nouveaux véhicules a également été bloquée par les autorités israéliennes. Dans certains établissements, MSF dispose d'à peine assez d’huile moteur pour tenir un mois, et une partie de notre équipement a déjà été affecté par ces pénuries. Les équipes de MSF sont contraintes de chercher des bidons d’huile sur le marché local à des prix exorbitants. L’huile de moteur est devenue si rare que son prix a été multiplié par 20 au cours des six derniers mois. Fin juillet, un litre coûtait 1 300 dollars américains.
Le 5 août, l’un des groupes électrogènes de l’hôpital de campagne de MSF à Deir Al Balah est tombé en panne. Nos équipes ont été contraintes de se rabattre sur un groupe électrogène de secours plus petit, et ont dû rationner drastiquement l’électricité. Nous n’avons pu faire fonctionner le bloc opératoire que pour les personnes dans un état critique ; les infirmières ne pouvaient pas stériliser le matériel essentiel, les services de radiologie ont été interrompus et les personnes souffrant de brûlures douloureuses ont dû endurer une chaleur extrême sans climatisation.
« Ce à quoi nous assistons à Gaza n’est pas une série de pénuries isolées, mais une politique d’usure délibérée », déclare Filipe Ribeiro, chef de mission de MSF en Palestine. « Depuis plus de deux ans, nous observons que les politiques israéliennes entravent l’acheminement des fournitures.
Ces politiques ne se contentent pas de retarder l’aide ; elles démantèlent les systèmes mêmes dont dépendent les populations pour survivre. »
« Aujourd’hui, ce sont l’huile moteur et les pièces de rechange. Demain, ce sera autre chose », ajoute Filipe Ribeiro. « Les produits changent, mais la logique reste la même : réduire les gens à des conditions où la vie devient insupportable, où la dignité est systématiquement bafouée par le refus de leur fournir les biens les plus courants et les plus essentiels. Ce n’est pas de la bureaucratie : c’est un effort délibéré pour rendre l’existence elle-même impossible. »
Le blocage de l’huile de moteur et des pièces de rechange n’est pas un cas isolé. Il s’inscrit dans le cadre de restrictions plus larges, qui font partie intégrante des éléments utilisés par Israël pour perpétrer un génocide, en coupant l’accès aux services et aux biens vitaux.
Tous les moyens de transport pourraient être interrompus
Les conséquences s’étendent bien au-delà des hôpitaux. Actuellement, l’accès à l’eau potable dépend des camions qui acheminent l’eau vers les zones où la population trouve refuge. Une enquête menée en juillet par des organisations de surveillance de l’eau et de l’assainissement a révélé que 90 % des foyers sont confrontés à une insécurité hydrique modérée à élevée.
Sans huile moteur, tous les moyens de transport risquent d’être interrompus, y compris les camions-citernes indispensables en plein cœur de la canicule estivale.
Cela concerne également les ambulances, les bus permettant au personnel médical de se rendre au travail et les camions collectant les fournitures humanitaires. Les boulangeries et les minoteries fonctionnent également grâce à des générateurs, ce qui signifie que la production alimentaire pourrait être affectée.
L’un des générateurs du centre de dessalement d’eau de MSF est déjà endommagé en raison de la pénurie d’huile de moteur et de pièces de rechange pour remplacer les éléments défectueux. En juin, nous avons dû commencer à réduire son utilisation de 12 à 7 heures par jour, ce qui a entraîné une baisse de la production d’eau potable de 600 000 litres à 350 000 litres par jour. Cela signifie que 40 000 personnes à qui nous fournissions de l’eau chaque jour n’en reçoivent plus.
Les restrictions imposées par Israël ne cessent de s’étendre, empêchant non seulement l’entrée de générateurs et de véhicules, mais aussi celle de produits de première nécessité, allant des pommades pour les maladies de peau aux joints en caoutchouc nécessaires au nettoyage du matériel médical. Les pénuries touchent désormais pratiquement tous les aspects de la vie à Gaza, privant les hôpitaux et les organisations humanitaires de fournitures de base.

