Warde (nom modifié) se souvient de sa maison à Deir Al Zahrani, qu’elle a dû quitter à cause de la guerre guerre menée par Israël au Liban, qui a débuté le 2 mars 2026. Liban, juin 2026 © Salam Kabboul/MSF
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Entre mémoire et déplacement : le foyer à l’épreuve du déracinement

Le mardi 4 août 2026

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« Ma maison a la couleur du ciel et porte le parfum de la terre » : les voix des personnes déplacées de force et les souvenirs du Sud

Une collaboration entre Médecins Sans Frontières (MSF) Liban et l'artiste Aya Debes.

À son apogée, la guerre menée par Israël a provoqué le déplacement de plus d’un million de personnes au Liban. Au 22 juillet, plus de 375 000 d’entre elles ne peuvent toujours pas rentrer chez elles, ou n’ont tout simplement plus de domicile où retourner, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Les personnes déplacées de force subissent les conséquences persistantes de la guerre et du déplacement, qui vont bien au-delà de la perte de leur logement et de leur stabilité.

© Aya Debs
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Comme un enfant décrivant une maison aperçue dans un rêve, Warde* nous a parlé de son foyer à Deir Al Zahrani, dans le gouvernorat de Nabatiyeh, au sud du Liban.

Une petite pente qui commence en bas avec un grand margousier. En montant un peu, on trouve un néflier aux gros fruits délicieux sur lequel nous grimpions sans cesse… Une petite maison chaleureuse, avec deux pièces, une cuisine et une salle de bain. J’y étais tellement heureuse. »

Après la dernière escalade de la guerre menée par Israël au Liban, qui a débuté le 2 mars dernier, Warde est restée chez elle pendant 18 jours avec son mari, son fils et ses trois filles, malgré le fracas des bombardements et les frappes aériennes incessantes. La famille n’a quitté les lieux que lorsque des missiles israéliens ont frappé juste derrière leur maison, faisant des morts et des blessés et les contraignant à fuir pour trouver un endroit sûr. 

Warde est l’une des femmes que nous avons rencontrées dans des centres d’hébergement à Beyrouth et à Jiyeh, dans le Mont-Liban, où les équipes de MSF fournissent des soins médicaux grâce à des cliniques mobiles déployées dans le cadre de la réponse d’urgence à l’escalade de la guerre au Liban.

La guerre, le déplacement et des souffrances qui s’accumulent

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de personnes déplacées à travers le Liban au plus fort de la guerre israélienne.

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personnes qui ne peuvent toujours pas rentrer chez eux, ou qui n'ont plus de domicile où retourner.

jours pendant lesquels la famille de Warde s'est réfugiée chez elle sous les bombardements avant de fuir.

Les personnes déplacées de force subissent les conséquences durables de la guerre et du déplacement, qui vont bien au-delà de la perte d’un foyer et d’une certaine stabilité. La violence des avions de guerre israéliens et les déflagrations assourdissantes qu’ils provoquaient ont entraîné une fausse couche chez Walaa. Originaire de Mayfadoun, dans le gouvernorat de Nabatiyeh, elle a été déplacée avec son mari, son fils et sa fille. 

Walaa raconte : 

Le bruit des avions de guerre était terrifiant. Quelle que soit la foi que l’on puisse avoir en Dieu, la peur échappe à tout contrôle. » 

Avant de s’installer dans le sud du Liban en 2011, Walaa vivait avec son mari, Mohamad Ali, originaire de cette région, à Jabal el-Cheikh (Mont Hermon), en Syrie, où il était né.*

Halime (nom modifié), déplacée de son village avec son mari et sa fille de 13 ans, se souvient avec émotion de sa maison et de son balcon transformé en espace chaleureux où sa famille se réunissait. Liban, juin, 2026 © Salam Kabboul/MSF

Pour Halime*, déplacée avec son mari et sa fille de Qaaqaaiyet El Jisr, dans le gouvernorat de Nabatiyeh, vers une école publique de Beyrouth, le déplacement a eu de lourdes conséquences, tant sur le plan physique que psychologique. 

Elle explique : 

Tout est difficile ici. Je n’arrive pas à m’y faire. Le stress est devenu si intense que je ne peux plus rester debout ni marcher. Pour me relever du sol, mon mari doit m’aider à me tirer vers le haut. J’ai consulté un médecin et passé des examens, qui ont révélé une inflammation dans tout mon corps. »

Les enfants portent un fardeau encore plus lourd

Les personnes déplacées par la récente guerre menée par Israël ont souvent été contraintes de quitter leur lieu d’hébergement à plusieurs reprises en raison de la poursuite des attaques militaires israéliennes, y compris après le soi-disant cessez-le-feu annoncé en avril dernier. Cette instabilité permanente et cette incertitude ont aggravé les difficultés auxquelles elles étaient déjà confrontées, qu’il s’agisse des conditions précaires dans les centres d’hébergement, notamment en matière d’accès à l’eau et à l’assainissement, de la perte des moyens de subsistance, des difficultés financières ou encore des obstacles à l’accès aux soins de santé.

En plus des difficultés qu’ils partagent avec leurs familles, les enfants ont vu leur scolarité interrompue et ont été arrachés à leur environnement quotidien. 

Warde* raconte : 

Aucun enfant n’est serein. Ils sortent parfois jouer un peu dans un club sportif, mais le véritable problème, ce sont les études. Rien n’est disponible. Tous les enfants souffrent aujourd’hui de détresse psychologique et de dépression, avec ce sentiment permanent de ne plus être chez eux. Ils ne voient aucun avenir. »

Mohamad Ali et Walaa (noms modifiés) se souviennent de leur maison à Mayfadoun, de leur jardin et des moments partagés en famille, tout en espérant pouvoir y retourner.** Liban, juin 2026 © Salam Kabboul

Mohamad Ali* et son épouse, Walaa*, nous ont confié l’état psychologique préoccupant de leur fille après la mort de sa meilleure amie lors d'une frappe aérienne israélienne : 

Notre fille a énormément souffert et souffre encore de cette perte. Elle échangeait des messages avec son amie en lui disant : "Je veux venir te voir", puis leur maison a été bombardée. Son amie, la mère de son amie, sa tante et ses cousins ont tous été tués. Nous avons traversé une période très difficile avec elle ; elle a développé des problèmes de santé ainsi que des troubles psychologiques. »

De nombreux centres d’hébergement souffrent d’une surpopulation importante et de mauvaises conditions d’hygiène, compromettant l’intimité des personnes qui y vivent. 

Halime raconte à propos de sa fille de 13 ans : 

Quand elle est arrivée dans cette école publique, sa première réaction a été de dire qu’elle ne voulait pas vivre ici. Mais il a fallu lui dire la réalité : "Ma chérie, il n’y a plus de maison. Pour l’instant, cette école est notre seul refuge. Il faut l’accepter." Les premiers jours ont été très difficiles pour elle, puis elle s’est adaptée. Malgré tout, elle passe la plupart de son temps dans la chambre. »

Les souvenirs du foyer et l’espoir du retour

Nisrine* a été déplacée de son village de Seddiqine, dans le district de Tyr. Elle y est retournée lorsque le cessez-le-feu a été annoncé pour la première fois, avant d’être à nouveau contrainte de partir en raison du retour des menaces militaires israéliennes contre son village. 

Elle confie : 

Tout me manque de ma maison. Absolument tout. Pendant la trêve, nous y sommes retournés en pensant que c’était terminé. Mais lorsque j’ai vu les destructions, j’ai compris que le chemin serait long. J’ai récupéré tout ce dont j’avais besoin : la mouneh (les provisions traditionnelles conservées), l’huile d’olive, les aubergines conservées dans l’huile et mes épices. »

Début juillet, après la désescalade dans le sud du Liban, Nisrine a pu regagner son village, mais elle ne peut toujours pas retourner vivre dans sa maison.

Nisrine (nom modifié), déplacée de Seddiqine, conserve les souvenirs de sa maison et de la mouneh préparée avec sa mère, en attendant de pouvoir y retourner.Liban, juin, 2026 © Salam Kabboul/MSF

Sanaa*, déplacée avec son mari Saïd* à Beyrouth, a perdu sa maison à Hariss, dans le gouvernorat de Nabatiyeh, qui avait pourtant résisté aux précédentes escalades israéliennes. 

Elle raconte : 

Quand pourrai-je retrouver mon canapé, m’asseoir dans ma cuisine avec ma tasse de café à côté de moi ? J’ai le cœur brisé à l’idée que cela ne sera peut-être pas possible avant longtemps. Si Dieu le veut, nous resterons en vie jusqu’à ce que la maison soit reconstruite et que je puisse revivre ces moments. Cette douleur est immense, immense. » 

Son mari Saïd partage le même sentiment : 

Je veux simplement pouvoir m’asseoir sur ma terre. Ils nous ont privés de tant de choses qui nous étaient chères. Cette maison est la mienne, et la maison fait partie de nous, comme notre propre peau. »

Said et Sanaa (noms modifiés) ont perdu leur maison à Hariss lors de l’escalade du conflit. Ils gardent aujourd’hui les souvenirs d’un foyer auquel ils espèrent pouvoir retourner. Liban, juin, 2026 © Salam Kabboul/MSF

Leur fille se remémore les heureux moments passés en famille lorsqu’ils avaient pu rentrer chez eux pendant la trêve, notamment à l’occasion de la Fête des pères : 

Je leur ai dit : "Il faut que nous nous retrouvions comme avant, malgré tout ce que nous vivons." Je voulais simplement que mes parents retrouvent un peu de l’ambiance qu’ils connaissaient autrefois. Nous leur avons apporté un gâteau, réuni toute la famille et passé un moment ensemble. Je me souviens que mon père était dans la salle de bain ; nous lui avons fait la surprise à sa sortie. Il était malade à ce moment-là. Il avait fait un AVC et avait passé dix jours en soins intensifs. Je voulais lui remonter le moral, alors nous lui avons préparé cette surprise. »

Le jardin de sa maison manque profondément à Warde. Pendant son déplacement, elle a même acheté des fleurs et des plantes, rêvant de les emporter avec elle lorsqu’elle pourra rentrer chez elle. 

Elle raconte :

 J’aime les fleurs plus que tout. J’ai une longue allée entièrement bordée de fleurs… Des roses, des brugmansias, des fleurs d’été… Chaque fleur a une histoire, un nom, et je m’en occupe comme de mes propres enfants. » 

Warde vit toujours loin de son village, déplacée à Jiyeh.

Walaa* attend avec impatience le jour où elle pourra rentrer chez elle, d’autant qu’elle ne peut plus cuisiner comme avant, faute d’une cuisine équipée dans le centre d’hébergement. 

Elle explique : 

J’adore cuisiner et préparer des pâtisseries. Le dernier plat que j’ai préparé, c’était des feuilles de vigne farcies à l’huile d’olive lorsque nous sommes rentrés pendant la trêve, et j’ai aussi fait des ghraybeh (biscuits sablés traditionnels). Cela me fait mal de ne plus avoir cuisiné depuis si longtemps. Chez nous, nous dînions dans la cour, sous la vigne. Nous avions l’habitude de nous asseoir par terre, d’étendre un tapis et des matelas, puis de partager le repas tous ensemble. »

Malgré la dureté du déplacement, Mohamad Ali garde précieusement quelques souvenirs : 

S’il y a une chose que nous retiendrons de cette période de déplacement, ce sont les belles personnes que nous avons rencontrées, celles qui nous ont aidés et celles qui nous ont accueillis. Elles nous ont fait sentir que nous n’étions pas des étrangers. »

*Les prénoms ont été modifiés afin de préserver la vie privée des personnes concernées.

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