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Colombie, Venezuela

Vénézuéliens en Colombie : les laissés pour compte

Chaque mois, plus de 1 000 Vénézuéliens entrent dans la région d'Arauca, en Colombie, pour se rendre dans d'autres villes du pays ou des pays voisins. Novembre 2019. Colombie. © MSF/Yves Magat
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La migration des Vénézuéliens vers la Colombie représente le deuxième mouvement de population le plus important au monde, et pourtant la communauté internationale ignore largement la situation désastreuse de ces migrants et de ces demandeurs d'asile. L'action humanitaire reste très limitée, en particulier dans les zones rurales touchées par les conflits armés et la criminalité.

    Ces dernières années, plus de 1,6 million de Vénézuéliens ont franchi la frontière colombienne, fuyant une profonde crise politique et économique qui les empêche d'accéder aux conditions fondamentales de subsistance.

    Ce chiffre sous-estime les dimensions réelles de la crise migratoire, car de nombreuses personnes ne s'enregistrent pas auprès des autorités en raison du manque d'accès à la documentation. En outre, entre 25 et 75 % des personnes entrent en Colombie par des points de passage irréguliers, ce qui rend difficile leur recensement.

    Ce qui est clair, c'est que les migrants vénézuéliens en Colombie sont confrontés à une situation sans précédent par rapport à d'autres mouvements massifs de population dans l'histoire récente.

    La plupart d'entre eux quittent une situation de détresse dans leur pays d'origine, mais ils n'atteignent pas un endroit sûr de l'autre côté de la frontière, en particulier lorsqu'ils s'établissent dans des régions périphériques et éloignées du pays.

    Ils sont exposés à être recrutés par des groupes armés ou à travailler dans la production de cultures illicites. Ils sont victimes de discrimination, de violences sexuelles et de prostitution forcée.

    Situation précaire en Colombie

    Contrairement à la plupart des pays de la région, la Colombie a gardé ses frontières ouvertes pour recevoir des Vénézuéliens, même si le pays n'a ni l'expérience ni les ressources nécessaires pour couvrir leurs besoins de manière adéquate.

    De nombreux migrants dorment dans les rues à leur arrivée, puis s'installent dans des bidonvilles ou des maisons bondées. Les mauvaises conditions de vie et le manque d'accès à l'eau et à l'assainissement ont un impact direct sur leur santé.

    Depuis fin 2018, MSF a mis en place trois projets de santé primaire et de santé mentale pour les migrants vénézuéliens dans les régions frontalières de La Guajira, Norte de Santander et Arauca.

    En novembre 2019, nos équipes ont réalisé plus de 50 000 consultations médicales. Bien que ces consultations ne reflètent pas l'ampleur de la situation, elles indiquent les énormes difficultés auxquelles ces personnes sont confrontées pour accéder aux soins médicaux, à de la nourriture, à un logement, et à une protection.

    En ce qui concerne l'accès aux soins, la réponse offerte aux migrants par le système public est assez limitée : elle n'englobe que les urgences vitales, les naissances et la vaccination. Cependant, les besoins dépassent de loin ces services. Les patients atteints de maladies chroniques ont besoin de traitements continus, et leur orientation vers d'autres niveaux de soins n'est pas assurée. De plus, il n'y a pas de services de santé mentale pour prendre en charge ceux qui en ont besoin.

    Le financement international influence le manque d'accès aux soins de santé

    L'accès limité aux soins de santé sexuelle et reproductive est particulièrement préoccupant. Environ 68% de toutes les ressources allouées en 2019 à la crise migratoire vénézuélienne en Colombie provenaient des États-Unis.

    La politique américaine connue sous le nom de « Global Gag Rule » (officiellement: « Mexico City Policy ») coupe le financement américain des programmes à l'étranger qui sont impliqués dans des activités liées à l'avortement, y compris l'information et les conseils donnés aux femmes sur leurs choix en matière de reproduction.

    De nombreuses organisations en Colombie ont restreint les services liés à l'avortement pour éviter de perdre un financement américain vital, ont réduit les services de santé sexuelle et reproductive, en raison du manque d'accès aux fonds provenant d'autres sources, ou ont été forcées de fermer complètement.

    La demande pour les services de santé sexuelle et reproductive, y compris les soins d'avortement médicalisé, est très élevée parmi les femmes migrantes vénézuéliennes. Dans les projets MSF œuvrant dans les départements frontaliers, par exemple, environ une consultation sur cinq est est liée à cette question.

    MSF appelle à un plus grand engagement de la part de la communauté internationale pour faire face à cette crise humanitaire.

    Nous sommes confrontés à un exode de plus de 4,7 millions de Vénézuéliens, dont environ un tiers se sont installés en Colombie, un pays qui n'a pas les ressources nécessaires pour les accueillir convenablement.

    Il est urgent de cesser de minimiser la souffrances des migrants et des demandeurs d'asile vénézuéliens, et de fournir un financement accru, sans condition pour soutenir une réponse stable et cohérente à cette situation.