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Liban

Santé mentale dans le camp de Chatila

Ella Baron, caricaturiste, a rencontré des réfugiés à Chatila ayant besoin de services de santé mentale et a illustré leurs témoignages. © Ella Baron
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L'artiste Ella Baron, illustratrice, a rencontré des réfugiés à Chatila ayant besoin de services de santé mentale et a recueilli leurs témoignages.

    Chatila est un camp de réfugiés qui se trouve à seulement 4 kilomètres du centre de Beyrouth au Liban. MSF a commencé à travailler à Chatila en septembre 2013 en ouvrant une clinique de soins de santé primaires et d'un centre de santé pour femmes. Parmi les patients, un certain nombre de réfugiés ont besoin de services de santé mentale.

    Beaucoup sont des femmes.

    Ella Baron, caricaturiste en mission avec le Guardian, a rencontré certaines de ces femmes et a recueilli leurs témoignages. Soutenus par les psychologues de MSF, elles partagent des extraits de leurs histoires, témoignant des défis psychologiques et émotionnels que les femmes de leur communauté doivent relever et surmonter.

    Patiente :
    Un bon souvenir de mon pays? Le jour où j’ai fini mes examens, à l’université. Dans la soirée, on est allés passer du temps ensemble et faire un barbecue dans un parc public. 

    Psychologue MSF :
    Les bons souvenirs nous  font tenir quand les choses se compliquent. Je leur conseille de prendre un temps spécifique, chaque jour, pour se rappeler des lieux et des personnes que l’on a perdu. Mais pour vivre dans le présent, il est aussi important d’accepter la réalité et le fait qu’on ne pourra pas retourner dans le passé.

    Patiente :
    Quand la bombe s’est écrasée sur notre maison, mes jambes se sont retrouvées coincées sous les gravats. Je ne pouvais rien faire et j’ai vu ma famille mourir devant moi. Ma mère, ma sœur, mes deux enfants… ils sont morts et je n’ai rien fait. Depuis que l’on est arrivé au Liban, je passe la plupart de mes journées enfermée à la maison, avec les enfants. Cela fait presque cinq semaines que je ne suis pas sortie.

    Psychologue MSF :
    J’essaie de lui faire oublier ce sentiment de culpabilité, de lui dire que sa famille aurait compris qu’elle ne pouvait rien faire. Nous travaillons encore sur la différence entre le fait d’oublier et celui d’aller de l’avant. 

    Patiente :
    Ma fille de six ans a été kidnappée en rentrant de l’école maternelle du camp. Mon mari est en prison pour les dettes que nous avons accumulées et je dois élever les enfants seule. Je n’ai pas le temps de les ramener de l’école. 

    Psychologue MSF :
    Parfois, je dis que faire le deuil de son traumatisme, c’est comme ouvrir une armoire remplie d’habits. Quand tu ouvres la porte, une montagne de vêtements s’écroule sur toi ; il faut d’abord les organiser avant de pouvoir les plier et les ranger à leur place. 

    Psychologue MSF :
    Travailler ici peut être difficile. Quand j’ai besoin d’une pause, je vais sur le toit de notre clinique. Regarde ici, tu vois tous les oiseaux ? Les gens les nourrissent ! Etrange, quand ils ont eux-mêmes si peu. Peut-être que cela les aide à ressentir ce que peut être la liberté. 

    Patiente (à l’illustratrice) :
    S’il fallait me dessiner, j’aimerais ressembler à une vraie dame. Ne me dessine pas dans ce pantalon large…

    Sage-femme MSF :
    Est-ce un garçon ou une fille? C’est la première question à chaque échographie. Si une femme attend une fille, cela peut causer de la tension avec sa famille, alors on dit toujours qu’on ne sait pas. Je lui dis que notre priorité est la santé de l’enfant, je lui montre son corps, ses pieds, ses mains, son visage ; je lui laisse écouter son cœur. Je ressens toujours de la joie quand je participe à un accouchement. Mais cela peut aussi être très dur. Un jour, j’ai eu une patiente de douze ans. Elle accouchait de son deuxième bébé.

    Patiente :
    Nous sommes onze personnes dans ma famille, donc j’ai dû commencer à travailler quand j’avais treize ans. Je travaillais à l’usine, juste à l’extérieur de Chatila, je triais des vêtements. Mon employeur était un homme de 45 ans. Un soir, alors que je travaillais seule, il m’a violée. Je n’ai rien dit, car je ne voulais pas faire honte à ma famille. Mais un jour, ma grande sœur a remarqué les bleus sur mon corps et je lui ai tout raconté. Et elle m’a emmenée à la clinique MSF.