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MSF République centrafricaine

République centrafricaine

Toujours se déplacer, toujours avec angoisse : une assistance humanitaire dans un pays oublié

Une fois le diagnostic posé au centre de santé MSF de Boguila, les mères et leurs enfants se rendent à pied à la pharmacie voisine pour obtenir les médicaments prescrits. République centrafricaine. Février 2019. © Marcel-Philipp Werdier/MSF
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Quand on regarde la situation désespérée dans ce pays depuis le début de la guerre civile en 2013, le temps semble s'être arrêté en République centrafricaine (RCA). Après la guerre, l’anarchie a suivi, entrainant criminalité et violences. Il ne semble y avoir aucun répit ni progrès.

    Les gens de ce pays sont constamment en mouvement. Ils marchent des kilomètres pour commercer, ils marchent pour pouvoir accéder à des soins médicaux pour eux et leur famille ; ils marchent pour échapper aux combats et à la violence qui éclatent régulièrement.

    Sur 4,6 millions de civils, plus d'un million ont fui à l'intérieur du pays ou au-delà de ses frontières.

    Béatrice (20 ans) doit aussi marcher. Dans le nord de la République centrafricaine (RCA), à trois kilomètres du centre de santé MSF de Boguila, elle a trouvé son chemin sans rencontrer de danger, malgré les nombreux risques. Depuis la signature d'un accord de paix début 2019, la situation dans le pays semble s'être partiellement améliorée. Mais la paix est fragile et la sécurité ne peut être garantie. Il y a quelques semaines à peine, plus de 40 civils ont été tués lors de l'attaque d'un village situé à une centaine de kilomètres à l'ouest de Boguila. Pour Béatrice, notre structure de soins est la seule disponible lorsqu'un de ses enfants tombe malade. Cette fois, c'est sa plus jeune fille, Ketira (10 mois), qui a besoin de soins. 

    À Boguila, les équipes de MSF soignent le paludisme, la malnutrition, organisent des vaccinations et des soins obstétricaux. L'aide humanitaire est vitale dans ce pays. MSF est le plus grand fournisseur de soins de santé en RCA, plus important que le ministère de la Santé.

    Rien qu'en 2018, nos équipes ont dispensé 800 000 examens et traitements médicaux.

    Néanmoins, dans de nombreuses régions, les organisations d'aide humanitaire doivent encore faire face à de nombreux défis. Le dernier incident qui a causé un décès s'est produit en avril 2019. Un de nos collègues a été tué lors d'un braquage sur le chemin du retour, à une centaine de kilomètres seulement de Boguila.

    Le service d’admission : un banc en bois à l’ombre d’un manguier

    Pour Béatrice et Ketira, la visite au centre de santé durera presque la journée entière. Entre-temps, vingt à trente autres mères sont arrivées avec leurs enfants. Parfois, ce sont même des enfants qui ont amené leur jeune frère ou leur jeune sœur malade. À six heures du matin, la salle d'attente est déjà pleine. Sur un simple banc de bois à l'ombre d'un manguier, Béatrice et Ketira attendent le début de leur prise en charge. 

    Sur une journée, les nombreuses étapes de traitement sont lourdes pour la petite. Pour dépister la malnutrition, elle est pesée et la circonférence de son bras est mesurée à l’aide d’un bracelet brachial en plastique (MUAC) – qui permet de déterminer le rapport poids/taille de l'enfant grâce à des codes-couleurs. Le prochain dépistage concerne le paludisme : les médecins prélèvent une petite quantité de sang et l'analysent à l'aide d'un test rapide. Les deux résultats sont positifs.

    Entre chaque étape, elles doivent attendre patiemment. Ensuite, il y a un examen médical de tous les organes. Ce n'est qu'alors que les mères peuvent, avec leurs ordonnances respectives, se rendre à pied à une pharmacie voisine. Le plus grand défi de la journée de Ketira l'attend ici : sa première administration de médicaments et de bouillie. Pour que le médicament soit efficace, il est essentiel que les enfants prennent la même dose que celle prescrite. Mais Ketira montre clairement que ce n'est pas parce qu'il soigne qu'il a bon goût. La mère et la fille sont visiblement épuisées après la prise du médicament. Prendre le premier traitement sur place, aidé de l’équipe, est important parce qu'ensuite, les mères devront administrer toute seule et correctement le médicament, une fois qu'elles auront survécu au dangereux voyage de retour vers leur maison. 

    Violence, peur et résignation : un cycle traumatique

    De la même façon que Béatrice s’est habituée à emprunter des chemins dangereux pour pouvoir se soigner elle et sa famille, les enfants se sont adaptés aux circonstances dans lesquelles ils ont grandi. « Ce qui m'affecte de plus en plus pendant mes missions en RCA, c'est l'énorme souffrance à laquelle les enfants font face avec stoïcisme », raconte Amadeus von der Oelsnitz. Cet infirmier a dirigé des équipes de sensibilisation et de soins à Boguila, qui interviennent dans les régions plus éloignées.

    Beaucoup sont clairement traumatisés par la violence permanente dans laquelle ils vivent.
    Amadeus von der Oelsnitz, infirmier MSF en RCA

    Pendant des années, en RCA, les gens ont vécu dans la peur constante d'être victimes d’abus : coups, chantage, viol et meurtre. En raison de cette angoisse, plus de 575 000 personnes ont fui vers certains des pays voisins (Cameroun, Tchad, République du Congo et République démocratique du Congo), selon le Bureau de Coordination des Affaires Humanitaires des Nations unies (ONU-OCHA). Près de 650 000 personnes sont déplacées dans une autre région, au sein de leur pays. Amadeus von der Oelsnitz a déjà effectué quatre missions en RCA. Quand on lui demande ce qu'il souhaite pour les gens, il répond : « La paix. Une paix réelle et durable ! » On peut s’interroger si l'accord de paix de février 2019 ou l'engagement de la communauté internationale sera suffisant pour y parvenir. 

    MSF en République centrafricaine

    Actuellement MSF gère 12 projets en RCA. Sur place, l’organisation prend en charge la santé materno-infantiles, le traitement du VIH et de la tuberculose, réalise des interventions chirurgicales, notamment pour les blessures dues aux accidents et au conflit. MSF répond également aux épidémies. En ce moment, environ 3 000 employés MSF travaillent en RCA. En 2018, les équipes ont réalisé plus de 800 000 consultations médicales ambulatoires et hospitalières, soigné 4 000 victimes de violences, ainsi que 4 000 victimes de violences sexuelles