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MSF, Mali, Cancer, Oncologie

Mali

Accompagner les patients atteints de cancer à Bamako

Un médecin de MSF examine un patient atteint d'un cancer. Pendant la consultation, qui a lieu au domicile du patient, le médecin vérifie la gestion de la douleur, les paramètres vitaux, les infections et toute autre maladie dont le patient peut souffrir en plus du cancer. Mali. Septembre 2019. © MSF/Mohammad Ghannam
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Depuis un an, les équipes de MSF offrent des soins de supports et palliatifs aux personnes atteintes du cancer à Bamako, la capitale du Mali. Malgré des efforts des pouvoirs publics pour améliorer la prise en charge, les moyens restent limités et de nombreux patients arrivent à l’hôpital à un stade très avancé de la maladie.

    « Depuis ce jour, je n’ai fait que souffrir et dépenser », c’est ainsi qu’Hawa*, une quarantaine d’années, résume l’errance thérapeutique qui l’a menée de Tombouctou, sa ville natale, à Bamako, où elle a été diagnostiquée avec un cancer.

    Depuis 2009, au gré des analyses, biopsies, chirurgies, elle a multiplié les rendez-vous médicaux et les allers-retours entre la capitale du Mali et sa région d’origine qui s’enfonçait dans la crise, mais plusieurs années se sont écoulées avant que le diagnostic de cancer ne soit clairement posé.

    Elle bénéficie aujourd’hui des consultations de soins palliatifs et de support fournies par MSF, dans le cadre d’un nouveau projet mis en œuvre à Bamako en partenariat avec le ministère de la Santé malien.

    « Durant tout ce temps passé à traîner sur les bancs des cliniques et des hôpitaux, on me disait que les tests étaient négatifs, que ce n’était rien. Quand on m’a finalement dit que c’était la tumeur, je n’avais plus la force », explique-t-elle.

    Le cancer, un défi sanitaire en expansion

    Le cas d’Hawa est loin d’être isolé, au contraire. L’Organisation mondiale de la Santé estime le nombre de nouveaux cas de cancer en Afrique en 2018 à plus d’un million.

    Les maladies non transmissibles, au premier rang desquelles le cancer, pourraient devenir une des toutes premières causes de mortalité en Afrique dans les prochaines décennies, alors que le continent lutte toujours contre les ravages des maladies infectieuses telles que le paludisme, la tuberculose et le VIH/sida.

    Les données sont éparses, mais un registre existe au Mali pour le district de Bamako, et celui voisin de Kati, et d’après l’agence internationale de recherche sur le cancer il y a plus de 13 000 nouveaux cas de cancer au Mali aujourd’hui ; majoritairement des cancers du sein et du col de l’utérus.

    En raison de la difficulté d’accès à des soins spécialisés, de la méconnaissance de la maladie et de croyances tenaces (en Bambara le cancer est désigné par le terme « bô », c’est-à-dire une malédiction), les patients s’orientent fréquemment vers des guérisseurs et marabouts à l’annonce de la maladie.

    Malgré des efforts des pouvoirs publics dans la prise en charge des cancers, les cas de rémission sont encore rares au Mali et le parcours thérapeutique reste extrêmement compliqué et financièrement hors de portée pour beaucoup.

    Des possibilités de prise en charge encore limitées

    Certains médicaments anticancéreux ainsi que les cures de chimiothérapie et de radiothérapie sont mises à disposition gratuitement par l’État.

    Mais tout le reste – imagerie, biopsies, consultations, bilans entre chaque cure de chimiothérapie, antidouleurs et médicaments, demeure payant. Un simple scanner peut coûter plus de 100 000 francs CFA (environ 152 euros).

    En pratique, les médicaments injectés lors des cures de chimiothérapie sont fréquemment en rupture de stock et les patients et leur famille doivent alors se les procurer en pharmacie. Sur la durée, c’est un coût financier impossible à supporter pour certaines familles et l’on constate alors des interruptions de traitement. 

    Pour le personnel soignant, le sentiment de prescrire ce que les patients n’auront pas les moyens de payer est particulièrement frustrant.

    Aux coûts financiers dissuasifs, s’ajoute aussi le manque de spécialistes et de services dédiés – il n’y a par exemple qu’une seule unité de radiothérapie dans tout le pays. Située à l’Hôpital du Mali à Bamako, le service est débordé : les patients peuvent attendre des mois avant leur première séance de radiothérapie.

    Il ne s’agit plus de guérir, mais d’accompagner

    Ces barrières financières et matérielles expliquent en grande partie pourquoi la plupart des patients pris en charge dans le service public d’hémato-oncologie du pays à l’Hôpital Universitaire du Point G à Bamako se trouvent à un stade avancé de la maladie.

    Pour ces patients, avec un cancer de stade 3 (lorsque la tumeur a envahi les ganglions lymphatiques ou les tissus avoisinants) ou 4 (lorsque qu’il y a des métastases dans d’autres organes), les options thérapeutiques sont réduites voire inexistantes.

    La rémission n’est plus possible, et pour l’équipe soignante, il ne s’agit alors plus de guérir mais de soulager et d’accompagner. C’est pourquoi MSF a commencé à fournir des soins palliatifs et de support gratuits depuis novembre 2018 à l’hôpital du Point G et au domicile des patients.

    Bamby, une patiente de 77 ans souffrant d’un cancer du sein, avait tellement mal qu’elle ne pouvait plus parler au début de sa prise en charge par les équipes MSF.

    En plus de la gestion de la douleur, les soins proposés par MSF incluent les effets secondaires de la chimiothérapie, les pathologies autres que le cancer et les plaies tumorales.

    Ces plaies sont généralement larges, surinfectées, malodorantes et visuellement impressionnantes. Elles contribuent à l’exclusion sociale du patient, y compris une mise à l’écart dans son entourage le plus immédiat à la maison. Mais avec un suivi infirmier adapté, ces plaies peuvent être réduites et nettoyées.

    Pour de nombreux patients suivis par MSF, cela constitue un vrai changement dans leur vie quotidienne.

    Atteint d’un cancer oral, Maady ne pouvait plus s’alimenter et ses blessures repoussaient sa famille. Aujourd’hui, il peut à nouveau interagir avec ses proches, il est entouré et peut à nouveau manger.

    La communication avec le patient et sa famille représente un aspect essentiel du travail engagé par MSF : il s’agit d’expliquer la maladie, d’instaurer une relation de confiance et d’étudier tout ce qui peut améliorer le confort du patient – du matelas sur lequel il est installé à son régime alimentaire.

    Depuis novembre 2018, près de 1 750 consultations ont été réalisées par les équipes MSF auprès de patients atteints de cancer à Bamako.

    103 patients ont été suivis à leur domicile entre janvier et septembre 2019.

    En plus de l’organisation de formation pour le personnel soignant et de l’appui apporté au fonctionnement du service d’hémato-oncologie de l’Hôpital Universitaire du Point G, l’objectif est de continuer à étendre les activités dans le domaine de l’oncologie en partenariat avec les autorités sanitaires.

    Notamment pour renforcer le dépistage précoce et le diagnostic et faciliter l’accès à une prise en charge thérapeutique.

    *Le prénom a été modifié