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VIH, Malawi, MSF

Malawi

Un nouveau modèle de soins vise à réduire le nombre de décès chez les patients atteints du VIH à un stade avancé

Un assistant médical du Centre de santé de Ndamera effectuant un examen médical. Octobre 2019. Malawi. © Isabel Corthier/MSF
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Malgré les immenses efforts entrepris pour réduire la prévalence du VIH et le nombre de décès qui en découlent, de nombreuses personnes continuent d'être infectées au Malawi et de développer un stade avancé du VIH. Cependant, un nouveau modèle de soins pourrait aider les communautés à repérer les symptômes du VIH et à accélérer le processus de transferts médicaux afin que les patients séropositifs reçoivent des soins rapidement et efficacement.

    Environ 300 000 personnes vivent dans le district de Nsanje, dans le sud du Malawi, à la frontière avec le Mozambique. Selon les estimations gouvernementales, 12,5 pour cent d'entre elles, soit environ 24-25 000 personnes, sont séropositives. C'est largement plus que la moyenne nationale de 9,2 pour cent.

    À l'extérieur du seul hôpital public du district, on observe un flux constant de personnes en quête de soins. 

    En octobre 2019, Austin a été transporté en ambulance et admis à l'hôpital du district de Nsanje. Il avait perdu beaucoup de poids et devait uriner souvent. Il avait été déclaré séropositif en 2016 et était sous traitement antirétroviral (ARV) depuis, hormis une période de trois mois durant laquelle il était en conflit avec sa femme et a cessé de prendre ses médicaments. Une décision qui a eu des conséquences immédiates.

    « Je me suis disputé avec ma femme ; je lui ai dit qu'il valait mieux que je meure. J'ai arrêté de prendre mes médicaments pendant trois mois, et mon état s'est très vite dégradé », se souvient-il.

    Les situations telles que celle d'Austin sont fréquentes. Depuis que MSF est présente au Malawi, son personnel a constaté que les patients ne suivaient pas assidûment leur programme de traitement ARV, et ce, pour diverses raisons.

    « Certains pensent qu'il vaut mieux consulter un guérisseur traditionnel », explique Brains Kamanula, qui travaille avec l'équipe de soutien et de mentorat psychosocial au sein de l'hôpital du district de Nsanje.

    D'autres invoquent la distance ou des difficultés économiques. La structure de santé la plus proche peut en effet être éloignée et les transports pour y parvenir sont coûteux. Plutôt que de se rendre à l'hôpital, beaucoup font passer le travail en priorité pour survivre et soutenir leurs familles.

    « Les personnes manquent également de connaissances basiques sur les signes avant-coureurs du VIH. Bien que les promoteurs de la santé de MSF se rendent dans les communautés pour informer sur les signes d'alerte, on ne peut atteindre tout le monde, indique Brains Kamanula. Au final, quand ils arrivent à l'hôpital, la plupart des patients sont déjà gravement malades. »  

    Présentation tardive

    Le Malawi est depuis longtemps aux prises avec une forte prévalence du VIH, et le VIH/sida reste la cause principale de décès, avec environ 13 000 décès liés au SIDA par an.

    Ces dernières années, d'importants investissements ont été consentis par le Fonds mondial et le President's Emergency Plan for AIDS Relief (Pepfar − plan d'aide d'urgence à la lutte contre le sida lancé par le président George W. Bush) pour prendre en charge et réduire le nombre de personnes infectées par le VIH, et atteindre l'objectif 90-90-90 de l'ONUSIDA d'ici 2020.

    Cet objectif engage un pays à faire en sorte que 90 pour cent des personnes vivant avec le VIH connaissent leur statut sérologique, que 90 pour cent de toutes les personnes infectées par le VIH dépistées soient placées sous traitement antirétroviral durable et que 90 pour cent des personnes recevant un traitement antirétroviral présentent une charge virale durablement supprimée.

    Toutefois, dernièrement, les progrès réalisés dans la réduction du nombre de décès liés au VIH sont en stagnation. Afin d'améliorer les soins apportés aux personnes présentant un stade avancé du VIH* dans le district de Nsanje, MSF et le ministère de la Santé ont établi un nouveau modèle opérationnel intitulé le « cercle de soins ». 

    « Le modèle de cercle de soins vise à réduire la mortalité au sein des patients atteints du VIH grâce à la détection précoce et à un renforcement du système de transferts médicaux au sein du cercle, par exemple entre la communauté, le centre de santé et l'hôpital. Pour y parvenir, nous apprenons aux communautés à identifier les patients malades, nous assurons un diagnostic et une initiation efficaces dans les centres de santé, ainsi qu'une évaluation approfondie et des soins de qualité dans l'hôpital du district », explique Jomah Kollie, chef de l'équipe médicale du projet à Nsanje. 

    Quand un patient arrive à l'hôpital du district de Nsanje, il est amené à l'unité d'examen rapide, où nous stabilisons et évaluons rapidement son état. Ensuite, le patient peut être soumis à un traitement adapté et admis dans le service. 

    Cela ne se reproduira pas

    Lita, 25 ans, est assise avec ses parents à l'ombre, devant le service des femmes à l'hôpital du district de Nsanje. Pour elle, tout a commencé quand elle ne se sentait pas bien au début de l'année.

    Sa famille l'a amenée à l'hôpital, où elle a été dépistée séropositive. Le personnel médical lui a conseillé de commencer un traitement ARV. Mais une fois sortie de l'hôpital, elle a cessé de prendre ses médicaments et est retombée malade en conséquence.

    En octobre, Lita a été une nouvelle fois admise à l'hôpital du district de Nsanje avec de la fièvre, le ventre ballonné et les jambes lourdes. Cette fois-ci, son père est déterminé ; il veut s'assurer que sa fille suive son traitement.

    « Cela ne se reproduira pas parce que je veillerai sur elle, déclare son père, Gerrald. Je serai là et veillerai à ce qu'elle prenne ses médicaments quand elle se réveille. De même pour la dose du soir ; je m'assurerai qu'elle prenne ses médicaments avant de se coucher. »

    Il y a quelques jours, Lita ne parvenait à marcher sans assistance. Elle se sent mieux désormais, mais les plats faits maison et sa fille de trois ans lui manquent. La prochaine étape pour Gerrald, c'est de faire dépister sa petite-fille également. 

    « Je veux l'amener ici pour qu'elle se fasse dépister et qu'on connaisse son statut sérologique ; si elle est séropositive ou séronégative », explique-t-il.

    Le travail au sein de la communauté

    Le cercle de soins débute au niveau communautaire. Ici, le personnel médical communautaire de MSF travaille en collaboration avec les autorités traditionnelles, les groupes de patients et les associations locales pour renforcer les structures communautaires existantes et identifier les personnes qui sont malades et nécessitent davantage de soins, tout en sensibilisant la communautés aux symptômes et aux signes d'alerte.

    « Auparavant, la plupart des activités de lutte contre le VIH/la tuberculose étaient menées au niveau des structures de santé, et non au sein des communautés. Par conséquent, les personnes qui n'avaient pas les moyens ne bénéficiaient pas d'un véritable suivi », indique Moses Luhanga, responsable de l'information et de l'éducation.

    Quand une personne est signalée comme nécessitant un traitement supplémentaire, elle est désormais référée à un centre de santé situé à proximité.

    Ici MSF, en collaboration avec le ministère de la Santé, a introduit un programme de soins qui commence par une évaluation rapide et quelques tests : le test CrAG pour la méningite cryptococcique, le décompte des cellules CD4, un test de glycémie et des analyses d'urine.

    S'il s'avère que le patient nécessite une prise en charge médicale plus poussée, il est adressé à l'hôpital de district. 

    Sortir de l'hôpital

    De retour à l'hôpital, Austin se prépare à sortir. Avec sa femme, il range soigneusement ses affaires dans des kitenges, tissus traditionnels utilisés au Malawi.

    Après douze jours à l'hôpital, ils sont contents de rentrer à la maison. On lui a diagnostiqué du diabète ; comme sa séropositivité, c'est une maladie qu'il devra traiter jusqu'à la fin de sa vie.

    Pour s'assurer qu'Austin et tous les autres patients séropositifs qui sortent de l'hôpital restent sous traitement et ne retombent pas dans le cercle vicieux du VIH avancé, MSF applique une procédure post-hospitalisation impliquant la visite de conseillers au domicile des malades.

    Bien que le district de Nsanje soit sur le point d'atteindre les objectifs 90-90-90, le prochain enjeu sera de veiller à ce que les personnes sous traitement antirétroviral poursuivent leur traitement et reçoivent des soins de qualité lorsqu'ils tombent malades.

    Toutefois, le fait que les personnes soient informées de leur statut sérologique et débutent leur traitement constitue déjà un pas dans la bonne direction. Avant que le cercle de soins ne soit mis en place dans le district, les statistiques de l'hôpital du district de Nsanje montraient que 27 pour cent des personnes admises à l'hôpital avec un stade avancé du VIH décédaient.

    Cependant, depuis l'introduction de ce système, on observe une baisse progressive du taux de mortalité parmi les patients hospitalisés à un stade avancé du VIH ; au cours de l'année écoulée, la taux de mortalité est resté sous la barre des quinze pour cent.

    Pour les personnes comme Austin, le fait de recevoir les soins dont il avait besoin lui a non seulement permis d'aller mieux, mais cela lui a également donné envie de s'assurer que les personnes séropositives connaissent leur statut sérologique, et puissent commencer et rester sous traitement antirétroviral.

     « Je veux être la voix du changement au sein de ma communauté. Je veux trouver les personnes qui souffrent du VIH et libérer cette communauté de la maladie. Maintenant qu'on m'a remis sur pieds, je ne peux pas rester sans rien faire en sachant que quelqu'un est dans la souffrance. »

    *   L'Organisation mondiale de la Santé parle de stade avancé du VIH lorsque le nombre de cellules CD4 d’un patient est inférieur à 200 cellules/mm3, que le patient présente un stade clinique 3 ou 4 selon l’échelle de l'OMS, ou pour tous les enfants de moins de cinq ans au moment de la présentation des soins.